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La nostalgie des voiliers
Des bateaux en fibre de verre sont nombreux dans le lagon de Trou-d?Eau-Douce. Seuls deux voiliers en bois, des répliques remontant à l?époque de la colonisation française, se distinguent comme de véritables bijoux. Ils appartiennent à la famille Rosette.
C?est en 1997 qu?Ange Rosette fait construire Caroline I, un magnifique voilier à deux mâts et trois voiles. À la place des pagaies, deux puissants moteurs propulsent le bateau. Celui-ci peut transporter 37 personnes. ?J?ai voulu offrir quelque chose de nouveau aux touristes aimant les promenades en mer. En même temps, j?ai voulu montrer ma passion pour la pêche en construisant le voilier en bois, comme la plupart des pirogues des pêcheurs traditionnels de la région?.
Donc, au lieu d?acheter un speed boat à Rs 600 000, Ange Rosette a préféré investir Rs 1,2 million dans la construction d?un voilier. Sa fille, Laura Trettel, lui a emboîté le pas pour faire construire, à son tour, un autre voilier, le Flor de la Mare qui transporte une quarantaine de passagers. Quant à son fils, Jean-Paul, il a choisi, après des études secondaires, de devenir skipper.
De père en fils, dans la famille Rosette, on est des gens de la mer. A 14 ans, Ange participait déjà, aux côtés de son père, à des parties de pêche à la senne. ?Nous appartenons à une génération de pêcheurs. J?ai aussi travaillé comme mécanicien à la sucrerie FUEL. Lorsque mon épouse est tombée gravement malade, j?ai dû démissionner pour m?occuper d?elle. Par la suite, je suis devenu opérateur de bateaux de plaisance. Je m?occupe surtout du marketing?.
Les deux voiliers ont chacun six membres d?équipage, quatre garçons et deux filles. ?Ce sont des employés polyvalents. Ils savent chanter et danser le séga et faire la cuisine. Nous préparons à bord des mets typiquement mauriciens à base de poulet, de langouste ou de marlin?.
La promenade en voilier dure une journée, soit de 10 heures à 16 heures. Au programme : visite à l?île-aux-Cerfs et à la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est où est aussi proposée une plongée en apnée avec des équipements disponibles à bord. En été, des visites à l?île-au-Phare et l?île-de-la-Passe sont aussi prévues.
Pour les touristes, le tarif est de Rs 1 400 par personne alors que pour les Mauriciens, il est de Rs 750. Ces croisières sont organisées au rythme de trois fois par semaine en hiver et de cinq en été.
Cependant, Ange Rosette est inquiet pour l?avenir. Le revers de la médaille, c?est que la compétition devient de plus en plus féroce et les tours opérateurs se tournent vers les moyens de transport les plus sophistiqués, comme les catamarans. ?Ces opérateurs du tourisme ne collaborent pas avec nous qui proposons un produit à 100% mauricien. Heureusement que quelques hôtels de la région nous font encore confiance?.
Une autre menace pointe à l?horizon : avec la construction du GRSE Waterfront, les bateliers de Trou-d?Eau-Douce, une soixantaine, ne seraient plus autorisés à transporter des passagers jusqu'à la cascade. ?La plupart des opérateurs de bateaux de plaisance se trouvent à Trou-d?Eau-Douce. A GRSE, ils ne sont qu?une quinzaine. Si on nous en interdit l?accès, ce sont les boutiques du front de mer qui ne marcheront pas. A quoi bon desservir cette destination si on n?aura pas le droit d?accès à la cascade??
Ange Rosette se plaint des coûts d?opération énormes . Chaque voilier doit s?approvisionner en dix litres de carburant ( Rs 1 000) et d?un litre d?huile
(Rs 100) par voyage. La trade license par voilier est passée à Rs 10 000 alors que la police d?assurance s?élève à Rs 33 000 pour le Caroline I et à Rs 48 000 pour le Flor de la Mare. ?En sus de ces frais, nous avons à trouver les salaires des six membres d?équipage sur chaque voilier?, explique- t-il.
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