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LA NEF A NEUF
On la voit de loin. Orange et pêche, elle se détache sur le bleu profond et lisse de la mer indienne. Ses murs rugueux de corail, bien que tout jeune celui-là, lui ont gardé tant bien que mal l?aspect artisanal qui fait son charme. Le souffle des vents de Souillac est violent. A mesure qu?on approche, on devine, au bas de la falaise, l?océan qui s?énerve. Surplombant ce déchaînement, à l?opposé? comme elle est apaisante cette humble maison de corail. Une paix, un paysage à inspirer le poète?
A l?intérieur, toutefois, la paix est légèrement troublée. Abdool Cader Kalla et Sahzahan Abdoolrahaman bougent dans tous les sens. lls tentent de reconstituer l?intérieur de la maison exactement comme elle l?était du vivant de Robert Edward Hart. Où donc placer la table de travail ? Ah, face à la porte qui donne sur la petite varangue qui regarde la mer. Forcément ! Le poète ne pouvait s?asseoir que là, pour écrire. Heureusement, l?équipe du Museum Council a été aidée dans sa tâche par ceux qui ont connu le poète. Et Lilian Berthelot, historienne, et Robert Furlong les accompagnent.
Ici et là, on installe les affaires personnelles du propriétaire des lieux. Dans la minuscule chambre à coucher, ses poèmes, ses lettres, ses encres. La pièce sera consacrée à l??uvre. Dans la chambre d?amis, en revanche, on découvre l?homme. Ses médailles, ses diplômes, ses distinctions, ses lunettes, son porte-feuille?
Dans la bibliothèque, des photos inédites du poète, dont des mini-portraits qui représentent Hart de face, de profil et de dos. L?un, célèbre celui-là, le montre penché au-dessus de cette falaise à qui la mer a donné le même profil qu?au poète. Un mystère?
Tout porte à croire que ce musée qu?ils sont en train de concevoir révélera, une fois prêt, bien des surprises. Dans les tiroirs d?une commode, où ils farfouillent tour à tour, Lilian Berthelot, Robert Furlong et Abdul Cader Kalla retirent des vieux documents dont l?existence était inconnue jusqu?à récemment. « On vient de retrouver ce document où il est écrit que Hart a été traduit en italien, en allemand, en malgache. Un autre document dit qu?il a été aussi traduit en malais, en chinois et en japonais. Ce qui veut dire qu dès 1947, Robert Edward Hart était déjà traduit dans le monde entier?», explique Robert Furlong, enthousiaste.
<B>redonner l?Âme poétique</B>
Lilian Berthelot, à l?évidence, se délecte. « Redonner son âme poétique à ce lieu pour que le visiteur y vienne s?enrichir et reparte heureux?. C?est un beau projet. Mais ce n?est pas évident car c?est un lieu d?exception », dit-elle. D?exception par sa simplicité qu?il s?agit de restituer, d?exception parce que s?y se sont succédé de grandes personnalités et les plus humbles enfants du village. D?exception surtout parce que l?atmosphère y est quasi monastique?
« A la Nef, on est plongé dans un monde mystique. Hart, en somme, a fait la synergie entre les religions. Il croyait en un seul Dieu, en une seule race : la race humaine. Un panthéiste. Tout ici va vers Dieu », dit Lilian Berthelot. « Son appellation n?est pas innocente, ajoute Robert Furlong, la Nef est le chemin qui mène vers l?autel dans une église, le chemin vers la spiritualité ».
C?est à restituer cette quiétude digne d?une chapelle qu?oeuvre le Museum Council. Sous le regard du maître des lieux, qui repose en face, au cimetière « fantasmagorique » de Souillac, depuis cinquante ans bientôt.
<B>Coût des travaux : Rs 6 millions</B>
Le bâtiment était en ruines et jugé dangereux. C?est ainsi qu?il a été décidé de détruire La Nef pour la reconstruire. Mais fallait-il pour autant raser le sanctuaire de Robert Edward Hart, un patrimoine culturel mauricien ?
« L?on aurait pu garder les murs en ruines, garder la maison telle qu?elle était et faire le musée dans un autre bâtiment à côté », avoue Abdool Cader Kalla, le président du Mauritius Museum Council (MMC). Mais il en a été décidé autrement.
Aujourd?hui rénovée, La Nef a retrouvé tant bien que mal son allure dans le paysage. Le neuf de l?apparence extérieure fait cependant fausse note dans la poésie du lieu.
La modernité doit également se faire toute petite pour conserver l?aspect artisanal. Les conditions météo n?étant pas les meilleures dans la région de Souillac, des déshumidificateurs ont été installés dans les pièces principales.
La rénovation de La Nef a duré deux années. Coût du projet : Rs 6 millions. Mais les travaux n?en finissent pas. « Il reste encore tout le grillage à faire et la peinture des bâtiments annexes. Nous avons repoussé l?ouverture déjà trois fois et à trois semaines de la date, finalement arrêtée, nous ne sommes toujours pas prêts », rage Abdool Cader Kalla.
De plus, poursuit-il, alors que toute la cour avait été nettoyée, un voisin a nettoyé son terrain et déversé les détritus dans celui de la Nef. Le MMC a fait appel à la police pour régler le problème.
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