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?La nation doit aussi participer à l?actionnariat des hôtels?

4 août 2007, 00:00

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Expliquez-nous votre proposition de démocratiser l?hôtellerie qui effraie plus d?un ?

Ce n?est pas moi qui ai dit cela mais l?Alliance sociale dans son manifeste électoral et dans son programme gouvernemental aux paragraphes 108, 109, 116 et 117. Tout ce que j?ai fait, c?est reprendre les projets énoncés dans ce programme. Mais là n?est pas le vrai problème. Le problème est que beaucoup de gens ont cru que le projet de démocratisation de l?économie n?était qu?un slogan électoral.

Quelle forme va prendre cette démocratisation du secteur hôtelier ?

On appelle ce secteur, l?industrie du tourisme. Je ne considère pas que c?est l?industrie du tourisme. Cette industrie est basée sur l?hôtellerie, sur la plage, sur l?hébergement ? qui je dois dire est excellente ? et sur une cuisine internationale. C?est cette combinaison qui a été l?Unique Selling Proposition (USP) de l?industrie, comme on le dit en marketing. C?est une USP très limitée.

C?est ce qui a permis de soutenir l?économie récemment alors qu?elle passait par une phase très difficile.

Absolument. Je ne le nie pas. Laissez-moi faire une paren-thèse : pendant des années, Air Mauritius a dépensé des milliards de roupies dans la promotion des hôtels. Pas de Maurice, mais des hôtels.

Oui mais sur les hôtels qui se trouvent sur la destination «Maurice » !

C?est intéressant ce que vous dites. Mais le problème est que cela devient une circulation à sens unique. On se sert de Maurice pour vendre des hôtels.

Mais les hôtels vendent Maurice quand ils se vendent !

Oui mais la question que nous nous posons au Parti travailliste est quels sont les bénéfices pour Maurice, pour les communautés géographiques ? Le Touessrok a commencé avec deux chambres et est aujourd?hui devenu un superbe hôtel et j?en suis fier.

Mais lorsqu?un secteur se développe, plusieurs sous-secteurs s?y greffent. Il faudrait que ces sous-secteurs soient sous-traités. Il ne faudrait pas que l?investisseur principal ? je suis d?accord que cela requiert beaucoup de capital, d?expertise et de prise de risques ? s?approprie tous les sous-secteurs. Boat house, entertainment, restauration, maintenance, jardinage, boutiques? Il faut que les hôteliers outsource ces activités.

Mais il faudrait d?abord que ceux qui veulent entreprendre ces activités aient les compétences et que le critère qualité soit respecté?

Mais bien sûr. Je ne dis pas le contraire. Mais c?est un peu comme l?histoire de la poule et de l??uf. Si nous ne leur donnons pas l?occasion, comment savoir s?ils ne vont pas satisfaire ces critères ?

Mais est-ce que nous pouvons nous permettre de prendre ces risques par rapport à nos hôtels et leur réputation d?excellence ?

Ce n?est pas une question de prendre des risques mais plutôt une question de préparation. Deux exemples : l?association de scuba divers est venue me voir l?autre jour. Ce sont des professionnels qui sont autorisés à aller pratiquer aux Etats-Unis. Ces personnes ont postulé pour s?occuper des centres de scuba diving mais elles n?ont pas été retenues. Ce sont des étrangers qui ont eu cette franchise.

Nivedita Nathoo avait sa boutique de Spa dans un hôtel et on lui a demandé de suspendre ses activités jusqu?à ce que la rénovation de l?hôtel soit complétée. Et puis subitement, elle entend que le Spa a été alloué à une cousine?

Donc pour revenir à votre question, si on ne dit pas aux planteurs qu?il faut respecter certains critères, comment vont-ils le savoir ?

Venons-en à l?actionnariat des hôtels. Quelle est exactement votre proposition ?

Au PTr, nous croyons en l?entreprise privée puisque nous avons adopté un modèle libéral de développement. Mais l?USP des hôtels est la plage. Ces plages appartiennent à la nation même si, dans la pratique, il semble que les plages appartiennent un peu plus à ceux qui vivent autour ! La nation mauricienne a abandonné volontairement ses droits pour qu?une activité économique se développe. N?est-ce pas légitime dans ce cas-là que la nation participe aussi à l?actionnariat ?

Mais ces hôteliers sont des entrepreneurs qui ont développé ces hôtels et ont investi leur argent dans une activité économique ! Quand ils vendent leurs hôtels aux touristes, ils vendent la destination Maurice !

Je suis d?accord. Le pays est en train de gagner indirectement. Il ne faut pas oublier que nous sommes en train de parler de donner aux gens la possibilité d?améliorer leur vie. Est-ce normal que le seul bénéfice que va tirer la population avoisinante des hôtels sera de devenir barman ou femme de chambre ?

Et si c?est ce qu?ils veulent ? Si c?est leurs seules compétences ?

Comment savez-vous que c?est ce qu?ils veulent ?

Et comment savez-vous que ce n?est pas ce qu?ils veulent ?

Je ne pense pas que ce soit dans nos attributions de décider de ce qui les rend heureux ou pas.

Mais vous parlez du métier de femme de chambre ou de barman comme si c?était un problème. Qu?est-ce qu?on en sait ? Ils ont choisi de faire ce travail. Pourquoi les faire passer pour des victimes ?

Mais nous oublions une chose importante : quelle est la finalité de l?Etat ? C?est de veiller à la valeur ajoutée humaine. Nous ne pouvons pas, quand nous voyons quelqu?un en train de «balie lakour», dire «si tu es heureux, continue à faire cela».

Mais on ne peut pas non plus présumer qu?il veut arrêter de «balie lakour» et prendre la place de quelqu?un d?autre !

(Sourires?) On ne veut pas que quiconque prenne la place de qui que ce soit. La démocratisation n?est pas de déposséder.

En tout cas, c?est ce que je comprends par ce que vous dites. Vous exigez des actions des hôteliers !

Personne ne demande des actions en cadeau. Nous demandons qu?ils ouvrent leur actionnariat. Patrice Legris réplique qu?ils sont déjà ouverts parce qu?ils sont cotés en Bourse mais la grande majorité de gens ne comprennent pas ce que veut dire acheter des actions.

Et alors ? Ils ne veulent pas, ils ne comprennent pas et ne demandent rien mais vous vous battez avec les hôteliers au lieu de les éduquer.

Mais nous allons les éduquer. Dans un premier temps, cependant, nous avons besoin d?un mécanisme qui soit beaucoup plus facile, un peu comme ce qu?on a fait avec le Sugar Investment Trust (SIT) ? la SIT a acheté des actions de l?industrie sucrière et les a revendues avec les Mauriciens.

Et quelle est la réaction des hôteliers à cette proposition ?

L?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice a dit qu?il n?est pas logique qu?elle ouvre ainsi son actionnariat parce qu?elle a investi dans ces hôtels.

Il y aura un dialogue entre vous ?

C?est ce que je souhaite parce que le Premier ministre l?a dit : le maître mot est le consensus, un peu comme cela se passe pour l?industrie sucrière. Il nous faut rechercher une win-win situation. Il ne faut pas oublier qu?il y a aussi une dimension ethnique à la chose.

Quand il y a des inégalités économiques sur lesquelles convergent des inégalités ethniques, cela crée un cocktail potentiellement explosif. Pour le moment, tout va bien mais on ne sait pas ce qu?il y a plus loin. Tout cela pour vous dire que nous sommes en train non seulement de considérer un problème économique mais aussi social.

Il faut s?assurer de faire la part des choses quant il s?agit de problèmes sociaux et économiques parce que si l?on ne fait pas attention, cela peut prendre la forme d?une vengeance qui n?a pas sa place.

Mais c?est la façon la plus facile de refuser de considérer ces problèmes en se faisant passer pour des victimes ! Qui ne reconnaît pas qu?il y a des inégalités dans la distribution des ressources ? Qui ne reconnaît pas qu?il est nécessaire d?ouvrir les opportunités à tous ? C?est cela le rôle de l?Etat. Pas de gérer ce que l?histoire a créé mais d?influer sur l?histoire. Si les gens pensent que c?est business as usual, dans ce cas-là, privatisons l?Etat !

L?Etat a aussi une responsabilité envers ceux qui peuvent devenir des victimes. La ligne de démarcation est si fine qu?elle peut devenir floue.

Cette ligne de démarcation devient floue quand les gens pensent que quand leurs intérêts économiques sont menacés, ils se font passer pour des victimes. Et quel meilleur moyen de se faire passer pour une victime que de dire qu?on «me tape dessus à cause de la couleur de ma peau» ?

Ce sentiment peut aussi être légitime.

(Hésitations?) Que ce soit légitime, je n?en disconviens pas. Mais dans toute initiative, dans toute mesure de réajustement économique, il y a toujours ceux qui passent pour des victimes et ceux qui en sortent gagnants. C?est comme le système de taxation ? une forme d?égalisation. Ceux qui ont beaucoup paient le plus et ceux qui n?en ont pas, ne paient pas.

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