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La mordante ?Evolisyon? des Komiko

23 octobre 2005, 20:00

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Le rideau tombe sur la comédie. Place à la réflexion. Serait-ce la nouvelle empreinte des Komiko ? Malaxer de la comédie à de la moralité, ils l?ont toujours fait. Cette fois, le ton est différent. Plus dur. Plus profond. Un père rancunier, blessé, trahi par ses enfants. Qui ne pardonne pas, juge et se montre dans toute sa sévérité envers des enfants ingrats et ignobles. Tous atteints de cécité. Tous en proie à un indicible sentiment de foncer nez au vent dans la mauvaise direction. Miselaine Soobraydoo impressionne. Pour la dernière représentation du Festival de théâtre ce vendredi soir, la troupe les Komiko frappe fort.

Un arbre à notre gauche. C?est le seul élément de décor sur la scène. à vrai dire, ce sont uniquement ses racines qui retiennent l?attention. Des racines sèches qui abritent à peine un peu d?ombre. Les Komiko font aussi dans le symbolisme. Les racines représentant le père, Raphaël, (Wesley Duval). Un personnage poussé à l?extrême de la désolation. Miselaine Soobraydoo y incarne sa fille. Celle qui s?est sauvée, il y cela des lustres, avec son amant, contre le gré de ses parents. Aujourd?hui, elle se retrouve face à un échec amoureux et face à un père qui refuse de lui pardonner. Emmuré dans son univers, où il n?y a plus de place pour les supplices.

Miselaine crie, tape des pieds et tente de provoquer une réaction chez son père. Le public qui ne comprend pas au départ le pourquoi de tant de sérieux, lâche un rire amer. Cela prend encore un peu de temps pour saisir que cette pièce sera beaucoup plus riche en leçons que d?habitude. Jusqu?à l?entrée en scène de Yanick Guylaine et de Didier Anthony, deux comédiens du rire mordant. Les deux fils ingrats, l?un le ?sex shop?, et l?autre ?zom palabre?. Le jugement sur ces deux personnages se fait lourd à porter. Butant contre l?indifférence de leur père, on ne peut pas retenir le rire. Le ton humoristique revient à la charge.

De l?un qui trouve tout à fait normal d?amener des filles dans sa chambre et qui collectionne une dentelle des préservatifs dans son armoire et une brochette de copines. De l?autre qui profite de la moindre occasion pour piailler au téléphone avec sa deuxième s?ur. Critiquant et rabaissant son frère. Tout cela pour déshabiller l?évolution péjorative de la société. Une société construite sur des préjugés, des potins et des blessures qui ne cicatrisent plus.

Une formidable démarche théâtrale

L?époux de la cadette, ?Môssieu de La Pioche?, bourgeois qui a lagratel rien qu?en entendant les déboires de cette famille pauvre. Interprété par Marcio Isnard, celui qui répugne à l?idée de fréquenter des bachiaras mais qui en a épousé une. Pourtant, à ses yeux, il a su l?élever à la haute société. La cadette, (Sophie Jeanneton), est aujourd?hui, madame la hautaine, qui serait prête à enterrer ou à brûler son père. Qu?importe ! L?essentiel est de se débarrasser des vieux sacs d?os et du passé.

Le père de famille, toujours désespéré, s?interpose dans une violente dispute entre ?Môssieu de La Pioche? et le jeune Yannick qui le frappe involontairement. Alors qu?il s?évanouit, le père rencontre le divin. La ravanne s?élance. Sur des rythmes lents, que Menwar frappe pour accompagner la voix du père. Créolité qui panse. Il chante et écume son incompréhension. Puis revient à la réalité et prouve à ses enfants qu?il n?accepte plus cette situation. Il les chasse de la maison familiale.

Cette pièce démontre combien le théâtre gagne en importance. Recherché, il reflète une société prise à la gorge par l?évolution de l?humain. Qui en oublie les vraies valeurs qui s?effilochent, ne croit plus en l?esprit de famille. L?homme qui porte une collerette et qui ne perçoit plus que son avenir. L?avancée dans la société à n?importe quel prix. Même si pour cela, il faut sacrifier famille et sentiments. Formidable démarche théâtrale que de mettre ce défaut de notre évolution en avant. L?on ne saisit pourtant pas tellement pourquoi le père condamne aussi durement ses enfants à la fin. ?Zot pu payé??, lance-t-il. Et le rideau nous laisse sur cette faim. En tout cas, Evolisyon, des Komiko, est une superbe pièce pour clôturer ce Festival.

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