Publicité
La MFDC offre une ciné cure
Dans le petit immeuble cossu de la Sunee Mosque Road, à Rose-Hill, Selven Naidu fume le cigare, habillé de noir dans son bureau sombre. Son expérience de réalisateur, ses études cinématographiques en Angleterre et en France et sa fonction lui ont peut-être donné l?envie de se mettre dans la peau d?un personnage.
La fumée empeste malgré la fenêtre ouverte. Il n?y a plus que dans les films des années 50 qu?on reçoit ses visiteurs avec un barreau de chaise. On l?imagine avec un feutre et un costume rayé. Naidu, flic ou voyou ? Non, seulement directeur de la MFDC. Il doit achever son mandat de deux ans en avril prochain. C?est un peu court, reconnaît-il, pour contribuer au développement d?une culture cinématographique à Maurice, mais les équipes de la MFDC sont là pour poursuivre le travail.
Ces grands classiques, le public va pouvoir les découvrir gratuitement dès la fin du mois, grâce à la création d?un ciné-club. Cette initiative est une goutte de celluloïd dans un océan de DVD et de chaînes cryptées, mais elle est louable. Comment créer une culture du cinéma sans créer des vocations, sans éduquer petit et grands sur la culture d?avant Star Academy ? Après les projections, le public pourra disserter à volonté sur le fond de ces toiles.
<B>Découvrir ou revoir Robert de Niro</B>
Ainsi, tous les mois, dans les locaux de la MFDC, les membres du ciné-club se retrouveront pour découvrir ou revoir Robert de Niro dans Taxi Driver, Arletty demander si elle a « une gueule d?atmosphère », admirer Humphrey Bogart dans Casablanca. Un des aspects les plus intéressants des classiques, c?est leur éclairage sur des familles de réalisateurs, le talent de directeurs de la photographie, les techniques utilisées avant l?arrivée des effets spéciaux de ce siècle.
« Si une de ces projections permet de donner l?envie de faire des films à une seule personne, ce sera bien. Presque tous les grands réalisateurs, Scorsese, de Palma sont des cinéphiles. » Un fondu déchaîné comme Quentin Tarantino n?aurait jamais pu exprimer le génie explosif de Pulp Fiction sans son extraordinaire culture cinématographique. Le réalisateur puise chez les ténors du grand écran les inspirations les plus diverses. Il impose à ses acteurs le visionnage de dizaines de films pour qu?ils s?imprègnent d?une atmosphère, d?un style de jeu.
Côté tournage, la MFDC propose son « 2e Fonds d?aide au développement du film ». L?offre concerne ceux qui ont une idée de court-métrage, qu?il s?agisse de fiction ou d?un documentaire. Cinq projets, dans chaque catégorie, seront sélectionnés par un comité de lecture composé de professionnels. Les heureux élus recevront ensuite une aide technique et une assistance afin de réaliser leur film : atelier d?écriture, ca-dreurs et matériel? Attention, la date limite de soumission est fixée au 30 octobre. Mais comme l?explique Selven Naidu, une simple page suffit au comité, alors n?hésitez pas !
En mars prochain, ce sera la première édition du Festival fenêtre sur courts. Un jury de professionnels attribuera le Roger Leung Pew Award du court-métrage de fiction et de documentaire parmi les films inédits en compétition officielle. Pour participer au festival, il faut récupérer les fiches d?inscription et les règlements du concours à Rose-Hill et soumettre son film avant le 31 décembre.
Enfin, la MFDC lance son « 2e Fonds de soutien à la production audiovisuelle ». Il concerne les projets de court-métrage de fiction ou de documentaire déjà ficelés. Les scénarios doivent déjà être écrits et le dossier administratif et financier monté. Les candidatures doivent être soumises avant le 30 novembre et inclure une liste de huit documents en six exemplaires chacun.
<B>Une série noire pour voir la vie en rose</B>
Selven Naidu revient sur la vocation de l?organisme qu?il dirige et qui est passé du ministère des Arts et de la culture à celui de l?Industrie. Ce n?est pas un handicap, au contraire, dit-il, car c?est en développant l?aspect industriel du cinéma qu?on lui offre une chance de pénétrer la culture mauricienne.
En recevant des équipes indiennes, la MFDC favorise les échanges et la venue d?un savoir-faire. L?ouverture sur l?Inde n?est pas le seul axe. L?Afrique, avec sa longue tradition cinématographique, est un creuset incontournable. « Comment est-ce que le Burkina Faso, avec ses difficultés socioéconomiques, possède plus d?une centaine de réalisateurs ? » Selven Naidu reconnaît que la francophonie a permis à des pays d?Afrique d?exprimer leur cinéma. Les réseaux d?aide et de diffusion ont apporté aux cultures africaines les moyens de réaliser des films et de participer à de nombreux festivals, d?obtenir des prix. Après Out of Africa et Salaam Bombay, Maurice n?a plus qu?à espérer une vraie série noire pour voir la vie en rose?
Publicité
Publicité
Les plus récents