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La marche forcée vers les primaires

5 avril 2006, 20:00

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D’UN côté une campagne joyeuse, et de l’autre, le spectre d’une mascarade qui se développe au fur et à mesure que l’on se rapproche du 16 avril.

La preuve de ce manque de sérénité a été apportée par le ministre de l’Intérieur du gouvernement de l’île, qui a réuni mercredi 29 mars les représentants des candidats, la Fondation des Droits de l’homme, l’Observatoire des élections, les membres de la Commission insulaire des élections aux Comores (Ciec), le commandant de la gendarmerie anjouanaise pour une ultime mise en garde sur “le désordre” qui caractérise le processus électoral.

Djaafar Salim, fidèle à lui-même, n’a pas mâché ses mots. “Le recensement qui a été fait ici est un rafistolage. Tout est centralisé à Moroni et je n’ai pas peur de le dire, c’est déjà un échec. Il ne reflète en rien les attentes et les besoins de la population. C’est un désastre. J’ai informé les organes de gestion des élections insulaires et nationales, le Pnud, les chancelleries.” Le ministre en charge des élections (selon le Code électoral) n’est pas le seul à faire ce procès. La Ciec et les représentants des candidats ont à l’unanimité regretter “un toilettage inutile obstrué par le manqué de moyens”.

De nombreux Anjouanais en âge de voter n’iront donc pas aux urnes le 16 avril “parce que quelles que soient les imperfections, seuls ceux qui figurent sur les listes électorales et qui disposent de leur carte d’électeur seront autorisés à voter” a précisé l’un des membres de la Ciec.

Ce mauvais départ ne marquera pas d’entacher un scrutin sur lequel tout le monde apposait le label “élections libres, transparentes et démocratiques”. Si au niveau institutionnel, les organes de gestion (commission nationale, insulaire, cour constitutionnelle… etc.) sont en place, et les règles du jeu clairement énoncées par les différents textes votés par l’Assemblée de l’Union (Code électoral, lois organiques), le décalage avec le terrain est flagrant.

Ndzuani paraît en effet bien éloignée du siège des décisions, qui demeure la capitale de l’Union. La Cour constitutionnelle n’est pas représentée sur place, de même que la commission insulaire nationale. Avec les moyens limités mis à sa disposition, la commission insulaire se débrouille comme elle peut pour être à son siège et sur le terrain à la fois.

Du coup, c’est avec retard que la Ciec est appelée à intervenir, quand elle arrive à le faire. Ce qui explique l’impression de “désordre”que relève le ministre de l’Intérieur anjouanais, qui a haussé le ton mercredi au cours de la rencontre de mise au point avec les représentants des candidats.

Rappelant “l’attitude de discrétion” adoptée par les autorités locales depuis le début du processus, Djanfar Salim promet de “sortir de sa réserve si les candidats laissent s’installer une anarchie dans l’île”, a-t-il menacé. “J’ai informé le gouvernement et je vous en informe aujourd’hui, que je ne peux pas laisser se développer une situation de non droit qui risque de jeter le discrédit sur ces élections. Ne m’obligez donc pas à recourir à des procédés musclés. Il vous revient d’appeler vos partisans à respecter les règles du jeu, autrement, je monterai au créneau s’il le faut.”

La menace est officielle, directe et curieusement aucun des participants n’a protesté contre ce durcissement du discours. C’est dire que le malaise est partagé. Si en apparence, l’ambiance générale dénote une effervescence joyeuse, cela ne va pas sans problème. à commencer par le non-respect de l’égalité des temps d’antenne accordés aux candidats. Huit radios et télévisions locales, communautaires et publiques s’étaient engagées sur des tarifs de diffusion des meetings et sur le temps d’antenne, qui a donné lieu à un arrêté ministériel du 21 mars.

De l’avis de plusieurs candidats, “ces engagements ne sont pas respectés”. Le premier mis en cause est Oulezi, une nouvelle télévision qui a vu le jour au lendemain de la campagne. Appartenant au candidat Ahmed Abdallah Sambi, la station est en ligne de mire de la Ciec. “Nous ne comprenons pas, c’est une radio privée, nous avons décliné nos tarifs de diffusion, personne ne vient solliciter nos services”, se défendent les partisans de Sambi.

Le problème pour la Ciec, “c’est que le candidat propriétaire de la station est en permanence présent sur la chaîne et cela est inadmissible”. La décision de fermer cette nouvelle station ou de l’obliger à entrer dans les rangs est en discussion dans les bureaux de la Ciec à Hombo.

<B>Kashkazi</B>

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