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La maladresse de Facebook
Les internautes sont-ils aussi farouchement opposés qu?ils veulent bien le dire à la marchandisation de leurs données personnelles sur le Web ? Selon un sondage de l?institut IFOP pour Le Journal du dimanche mis en ligne le 11 décembre, 84 % des internautes français désapprouvent l?intention de Facebook, le réseau social d?origine américaine, actuelle coqueluche du Web, d?utiliser les données personnelles des profils de ses membres à des fins publicitaires. S?ils adhèrent à un réseau social ? une plate-forme permettant de créer gratuitement sa page personnelle, et de multiplier les liens avec d?autres internautes -, c?est d?abord pour se faire des relations.
Mark Zuckerberg, PDG et fondateur de Facebook, a fait sensation, en novembre, en annonçant devant un parterre d?annonceurs américains qu?il allait les «aiderà faire partie des conversations quotidiennes entre les membres du réseau» (Le Monde daté 11-12 novembre). Il leur était désormais possible d?instrumentaliser les communications entre les 50 millions de membres de Facebook. Dès qu?un de ces membres effectue un achat sur un des quarante sites marchands partenaires du réseau, tout son carnet d?adresses Facebook en est informé. A moins de cocher une case qui n?apparaît que quelques instants.
Cette offre de publicité «virale» a fait bondir les traditionnels défenseurs des données personnelles sur Internet (notamment l?Electronic Privacy Information Center), mais aussi des dizaines de milliers d?internautes qui ont signé une pétition : «Facebook : arrête d?envahir la vie privée.» Face à l?ampleur de la fronde, qui menaçait l?image, «cool», de son réseau, M.Zuckerberg est revenu en arrière, début décembre, en donnant la possibilité à ses membres de se désabonner de sa nouvelle offre publicitaire.
Facebook a peut-être péché par maladresse... Car le réseau n?est pas le premier à vouloir exploiter l?intimité de ses membres. D?autres l?ont fait avant lui qui n?ont pourtant pas déclenché de tels tollés. Ainsi de Gmail, le service de messagerie électronique de Google. Cette application très populaire du moteur de recherche permet aux annonceurs, après l?analyse du contenu des messages, de «pousser» à droite des e-mails, quand ils arrivent à leur destinataire, des liens sponsorisés renvoyant à des sites marchands ou institutionnels... «Il y a un énorme décalage entre les déclarations de principe et la réalité. Quand on les interroge, la plupart des internautes vous diront qu?ils sont contre la marchandisation de leurs données. Dans les faits, même consciemment, ils jouent le jeu», selon Laurent Geffroy, du cabinet Greenwich Consulting. Quand les services du Web sont gratuits et pratiques, rares sont ceux qui jouent la fine bouche.
Cécile DUCOURTIEUX © Le Monde
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