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La magie du ballon rond

19 octobre 2008, 00:00

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Par Robert D?ARGENT</B>

S?il y a un sport qui symbolise à lui tout seul notre époque de plaisirs exclusivement extérieurs, c?est bien le football. Né comme le rugby et le hockey du « hurling at goales », jeu de ballon qui se pratiquait au 16e siècle et qui était comparable à la choule ou soule française, il prit sa forme moderne, comme ses deux cousins, après élaboration dans les collèges britanniques au 19e siècle.

Notre petite île Maurice n?échappe pas à la règle. Le football y exerce un attrait inexplicable et inexpliqué. L?engouement est tel que les pétarades triomphales en soirée ou durant la nuit font désormais partie de l?ordinaire, du folklore. C?est le sport que tout le monde prétend comprendre le mieux et connaître au point où les avant et après matches consacrent bon nombre de pseudo entraîneurs et directeurs techniques, bref de pseudo experts.

Le football mauricien pourtant est mort sans jamais avoir vraiment existé. Il est plaisant de citer la qualification de Maurice pour la phase finale de la CAN en 1974 et les médailles d?or remportées aux Jeux des îles de 1985 et de 2003. Ce sont là de minces exploits qui se content au passé.

Faut-il voir dans la « décommunalisation » du sport en 1982 la cause de la disparition lente d?une discipline qui se pratique aujourd?hui devant des gradins vides ? D?aucuns voient en tout cas dans le retrait de plusieurs grands clubs de l?élite le début d?un lent déclin irréversible.

La régionalisation qui a suivi cette entreprise hypocrite d?assainissement en surface n?a jamais porté de fruits. Le Mauricien, fossilisé dans l?identification ethnique, ne s?est jamais senti appartenir à une équipe censée représenter sa ville ou son village au point de la soutenir dans ses efforts. Maurice a-t-elle une superficie suffisamment grande et une histoire suffisamment riche pour que la régionalisation ait une valeur identitaire et symbolique assez forte et soit le moteur du développement sportif ? Visiblement non. Régionalisation suppose aussi administration régionale avec une enveloppe budgétaire consacrée au sport. A ce niveau, c?est aussi un constat d?échec.

Si le spectacle était de qualité, peut-être qu?un certain public aurait suivi malgré tout. Mais pour cela, encore faut-il que les possibilités de s?améliorer existent. Peut-on s?entraîner comme il le faudrait après une dure journée de travail ? Qui n?est que la veille d?une autre journée de travail. S?entraîner suppose des moyens, des structures, une logistique, une prise en charge. Nous sommes loin du compte. Le Sunrise fut l?exemple vivant de ce que la virtuosité sur un terrain impliquait : gros volume d?entraînement et apport financier conséquent et sans précédent.

La réussite en football passe aussi par une cohésion dans un ensemble cohérent. Son statut de sport roi en fait la proie des politiques et le terreau fertile du bras de fer qui a toujours existé entre responsables fédéraux et ministres de la Jeunesse et des Sports. Y a-t-il de la place pour l?expertise étrangère dans une telle foire d?empoigne ?

Alors que la récession menace et que paradoxalement le facteur financier est en train de tuer ce football qu?il a propulsé vers des sommets ? trois des plus grands clubs anglais sont aussi les plus endettés, les dettes globales du foot anglais étant évaluées à trois milliards de livres ? quel est l?avenir de ce sport sur le plan local, sans moyens, sans expertise, sans plages horaires aménagées et dédiées à l?entraînement, sans public, battu sur son propre terrain par les spectacles satellitaires ?

Le foot continuera sûrement à exercer la même fascination. Est-ce la transposition inconsciente sur un terrain du duel que se livrent les spermatozoïdes pour la fécondation de l?ovule ? Certains le croient et y voient l?explication de cet attrait quasi magique.

Les joueurs mauriciens aussi ont du talent. Ceux qui ont brillé à l?étranger en ont fourni la preuve. Les structures produisent des résultats quelle que soit la division, quel que soit le niveau d?excellence. Mais il n?y a pas de gestion sans politique, il n?y a pas de politique non plus sans gestion. Le reste n?est pas de la littérature. C?est de l?imposture.

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