Publicité

La méchanceté

8 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Est-on sûr que l?homme soit cette bête méchante, contrainte de choisir le droit non pas parce qu?elle l?aime, mais parce qu?elle ne peut supporter sa propre méchanceté ? On dira que l?histoire nous le montre, ce qui est vrai. Mais ne faut-il pas se souvenir ici de la leçon de J.-J. Rousseau : ne pas juger de l?homme par ce qu?il est devenu ? Il faut donc dire avec lui « écartons les faits », et cherchons la vraie nature de l?homme. Ou plutôt, faisons mieux encore : interrogeons l?histoire mieux qu?on pouvait le faire à l?époque du Discours sur l?inégalité ; nous découvrirons, non la vraie nature de l?Homme, mais qu?il n?y a pas de nature de l?homme, mais des hommes. L?histoire est le lieu de la violence. Si les temps de barbarie sont ceux de la violence la plus crue, ce ne sont pas ceux de la violence la plus grande. Hobbes a vu dans l?homme un loup pour l?homme. Non sans motifs : son temps était déjà le nôtre, celui du bourgeois dont parle Marx, et de Marx lui-même : monde de l?individualisme, de l?intérêt, de la concurrence. « La concurrence isole les individus les uns des autres, non seulement le bourgeois, mais bien plus encore les prolétaires. » Monde où l?on a des ennemis, mais ja-mais d?amis ; seulement des complices, des alliés dans la lutte contre l?ennemi commun : « Les individus isolés ne forment une classe que pour autant qu?ils doivent mener une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils se retrouvent dans la concurrence ». Monde qui prépare sa mort, non parce qu?il est « injuste », mais parce qu?il est intenable ; établi par violence, maintenu par violence, il n?établit qu?une paix éphémère. Mais tout ceci n?est-il pas un rêve ? Ceux qui font appel à l?histoire peuvent facilement, trop facilement peut-être, observer que cet âge de paix tarde un peu à venir. Il est vrai qu?on peut non moins facilement leur répliquer qu?on ne peut juger de l?avenir par le passé, ni même par le présent. Aussi longtemps que l?histoire (ou la préhistoire, comme on voudra la nommer) ne sera pas arrivée à son terme, le combat reste douteux : on peut toujours attendre ou désespérer. Il nous faut donc dire, à nouveau : écartons les faits. Encore ne faut-il point abandonner les jugements de l?histoire pour les chimères, faire l?homme bon ou méchant selon son humeur.

Publicité