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La mère d?Aurélie n?accepte pas la thèse de l?accident

13 septembre 2003, 20:00

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«Mo ti croire ene poupette ki ti pé flotter dans canal. Létan mo costé, mo fine trouvé ki c?était ene zenfant.» L?image de la petite Aurélie Chérie, deux ans, flottant samedi dernier dans le ruisseau utilisé comme lavoir par les habitants d?Olivia-Plaine-Banane, ne s?effacera pas de sitôt de la mémoire de Rishi Mitaloo.

Incrédule, Rishi Mitaloo hèle alors son voisin, Megh, un laboureur, pour lui montrer sa découverte macabre. Ses craintes sont confirmées et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans le village. Les policiers de Bel-Air délimitent la zone.

Personne n?a le droit de s?en approcher. L?autopsie pratiquée par le médecin légiste, Amah Charya Gujjalu, révèle que le décès est due à une asphyxie provoquée par la noyade. Marie-Noëlle Figaro et Rico Chérie, les parents, n?acceptent pourtant pas la thèse de l?accident. Selon eux, trop de zones d?ombre entourent ce drame.

Rongés d?inquiétude

Ce n?est que vers 7 heures que ces derniers, habitants de Sainte-Croix, apprennent la terrible nouvelle. Ils étaient à la recherche de leur fille, disparue depuis la veille. Le couple était allé chez les Achille à Olivia pour leur remettre deux chaises qu?ils avaient empruntées. Le maître de maison, Alberto Achille, est le beau-frère de Rico Chéri. Ce jour-là, Alberto fête la première communion de son fils et les Figaro sont invités à rester.

Les Achille habitent une petite bicoque en tôle, entourée de champs de cannes. Des bosquets de palmiers et d?autres plantes complètent le paysage dominé par la montagne Bambous. C?est un lieu charmant où s?est malheureusement joué ce drame. « J?ai remarqué la disparition d?Aurélie vers 20 h 15? Mon compagnon et moi l?avons cherchée partout, près de la rivière, dans les champs, nous avons crié son nom en vain? Et dire qu?à peine cinq minutes plus tôt elle était sur mes genoux », soupire Marie-Noëlle, le visage ravagé par la tristesse. Dans cette nuit d?encre, les Achille les aident à chercher la petite fille mais en vain. Quelqu?un se charge d?avertir la police de Bel-Air. Mais elle n?est jamais venue. La police expliquera plus tard qu?elle n?a pas reçu d?appel ce soir-là? Rongés par l?inquiétude, les parents d?Aurélie cèdent à l?affolement.

« Marie-Noëlle nous a appelés tard ce soir-là. Elle criait, pleurait, ne savait plus quoi faire. Nous étions bouleversés par la disparition d?Aurélie », affirme Sabrina Figaro, une des tantes de la petite fille. À Sainte-Croix, oncles, tantes et grands-parents qui vivent dans la même cour, ne ferment pas l??il de la nuit. Où peut donc bien être Aurélie ?

Devant le retard des policiers à venir à leur prêter main-forte, Rico et Marie-Noëlle veulent se rendre en personne au poste de police. Mais on leur dit qu?il n?y a pas de taxi à cette heure. Ils attendront les premières lueurs de l?aube pour se faire conduire à Bel-Air dans un

taxi-train. Au poste de police, on leur apprend alors la mauvaise nouvelle. Lorsqu?elle a été retrouvée, Aurélie ne portait plus le gilet en laine blanc emprunté par Marie-Noëlle. Les chaussures et chaussettes de la petite sont aussi introuvables. En remontant le ruisseau, les policiers découvrent le gilet, accroché à une racine sèche sur la rive, ainsi que son ours en peluche qui traîne par terre.

Bordé de muguets et de palmiers, le bord du ruisseau est haut et escarpé. Il est situé à 200 mètres de la maison des Achille. D?abord méfiant, Alberto consent à raconter la soirée du drame et les efforts pour retrouver la petite. « Nou pa ti pé attane pou arrive ene zaffer pareille? Boucoup roder nous fine roder. Dépi l?heure nous la tête fatigué par céki fine arriver », confie-t-il en ajoutant que les rumeurs ont commencé à circuler dans la région. « Ena dimounes pé dir ene mové l?air sa. »

Peur du noir

Il semblerait que la petite fille soit tombée dans le ruisseau. Dans sa chute, son gilet se serait alors accroché à la racine et le corps aurait ensuite été entraîné jusqu?au lavoir. Maintenant que Marie-Noëlle revoit le film des événements, elle commence à avoir des doutes. « Aurélie était une enfant qui avait peur du noir. Je ne peux pas me résigner à l?hypothèse qui veut qu?elle se soit éloignée de moi, toute seule, dans le froid, qu?elle ait parcouru deux cents mètres dans la nuit avant de tomber dans ce ruisseau. » Il est d?ailleurs assez difficile de monter sur le talus qui borde le ruisseau. Elle explique aussi qu?Aurélie ne se serait jamais aventurée seule dans un environnement qui ne lui était pas familier. « Cela a dû se passer autrement », dit-elle sans préciser sa pensée. Sabrina Édouard, la s?ur de Marie-Noëlle, souligne en outre que l?enfant n?avait aucune blessure.

« Si Aurélie est tombée de cette hauteur, qu?elle a été entraînée par le courant comme on le suppose, comment se fait-il que son corps ne porte aucune blessure ? » Tout en remerciant ceux qui leur ont présenté leurs condoléances, les parents souhaitent maintenant que la police fasse la lumière sur la mort d?Aurélie. « Li même ti pli tipti. C?était ene zenfant bien gâté? Tout dimounes ti content li. Nous manque li beaucoup », affirme une de ses tantes. Ses jouets traînent toujours dans certaines pièces, là où elle les avait laissés, ultimes témoignages d?une petite vie éteinte.

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