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La lutte continue
Frustration, amertume et inquiétude rongent les lutteurs présélectionnés pour les Jeux des îles de Madagascar. À quarante-deux jours de la compétition, le climat au centre de lutte à Vacoas reste hostile.
“Notre moral est à zéro”, lance Soogen Veeren, médaillé de bronze aux championnats d’Afrique de 2004 dans la catégorie des -55 kg. Un lutteur chevronné qui tient à garder l’anonymat renchérit : “Il y a trop de magouilles et de tiraillements. Ça nous démoralise.”
Manque d’équipements et de soutien, c’est ce que déplorent nos potentiels représentants aux prochains JIOI qui auront lieu dans la Grande île du 9 au 19 août. “Certains lutteurs s’entraînent avec des shorts de plage et sans chaussures”, assure le lutteur.
Les présélectionnés sont d’avis que ce manque de considération n’a que trop duré. Les lutteurs veulent des explications. Ils se demandent où est passé le budget de plus de Rs 50 000 alloué par le Comité national olympique mauricien (CNOM) pour leur préparation en marge des JIOI.
Les lutteurs, qui se considèrent comme des laissés-pour-compte, assurent que ces manquements compromettent sérieusement leurs chances de briller aux JIOI.
“La dernière compétition de sélection est pour ce samedi et certains d’entre nous ne connaissent pas la sensation de lutter avec les équipements réglementaires tels que les chaussures”, relate un deuxième lutteur qui tient à son anonymat. “Il y a tellement d’irrégularités au sein de la fédération que j’ai peur d’être lésé”, poursuit-il. Il y a aussi des risques de blessures accentués par le manque d’équipements. “Sans chaussures, il y a des risques que les lutteurs se foulent le gros orteil”, relate Soogen Veeren.
Présélectionnée chez les -72 kg, Natasha Fournier souligne, quant à elle, les sacrifices que les membres de l’équipe ont faits.
“Avant notre départ pour Rodrigues le mois dernier, le président Sunjawon nous avait demandé d’acheter des chaussures, t-shirts et collants”, s’indigne-t-elle. Ce que dément le président Anand Sunjawon. Jimmy Permesh (-74 kg) avoue être découragé. “Nous faisons beaucoup de sacrifices mais en retour on n’a récolté que des reproches de la part de Sunjawon”, dit-il.
Malgré toutes ces difficultés, les passionnés de la lutte veulent persévérer. “Physiquement et techniquement nous sommes prêts pour toutes compétitions. Mais encore une fois, il faut nous donner les moyens d’arriver à Madagascar dans les meilleures conditions”, réitère Soogen Veeren. Bien sûr, certains se laissent ronger par le doute.
<B>Changement de présidence</B>
“Il y a des coéquipiers qui hésitent à continuer mais les plus convaincus essaient de les encourager et surtout de les retenir. Nous nous sommes trop investis pour abandonner si près du but”, poursuit-il. Quoi qu’il en soit, l’équipe est plus que jamais soudée. “Cela s’est vu vendredi dernier quand nous nous sommes mis en grève”, dit un des lutteurs.
Hier, un changement s’est opéré au sein du comité directeur de la fédération de lutte. Lors d’une réunion d’urgence, le président, Anand Sunjawon, a cédé la présidence à Richard Papie. En fait, les deux hommes ont interchangé leurs postes. Anand Sunjawon remplace donc Richard Papie à la vice-présidence.
Ce dernier se voudrait plus à l’écoute des lutteurs. “Notre objectif reste les Jeux des îles et notre priorité c’est la compétition de sélection qui se tiendra samedi. Avec le soutien du comité, j’espère ramener le calme et la sérénité au sein de la lutte mauricienne. Une enquête interne sera, également, instituée afin de faire la lumière sur cette situation qui prévaut au sein de notre discipline”, dit-il.
Pour sa part, Anand Sunjawon soutient que l’argent du CNOM a été utilisé à bon escient. “En janvier, nous avons utilisé ce fond pour organiser un sports training camp et nous avons utilisé cette somme pour des dépenses liées à la préparation des Jeux des îles”, assure-t-il.
Gageons que les esprits se calmeront et que le sport en sortira gagnant.
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