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La leçon de la dernière chance
Repos complet à la veille d?une épreuve ? Pas du tout car bon nombre d?enseignants des écoles primaires, à travers l?île, ont donné des leçons hier à leurs élèves qui commencent aujourd?hui leurs examens du Certificate of Primary Education (CPE).
A l?école Louis-Dorbec RCA de Bel-Air-Rivière-Sèche, aucun répit pour une dizaine de redoublants. Sous l??il de «Monsieur», ils répètent les derniers exercices. Ils passent de l?histoire-géo au calcul sans oublier le français. C?est la technique de l?instituteur, Nasser Beeharry. «Il faut prendre les enfants à l?improviste. Celle qui est bonne en anglais va me donner la bonne réponse mais ce n?est pas ce qui compte. Dans son cas, il faut que je teste son histoire-géo.»
Les classes ont pris fin à 11 h 30, hier. A midi, une dizaine d?élèves était déjà dans le local loué par Nasser Beeharry. C?est la leçon de la dernière chance pour eux comme pour beaucoup d?autres élèves d?autres institutions. Alors que les pédagogues, accrochés à leur conviction, sont contre cette pratique de cours «particuliers» la veille d?un examen.
L?année dernière, c?est en français que Kavita Tembah a flanché. C?est justement elle que Nasser Beeharry envoie au tableau pour un exercice de grammaire. Il s?agit de relier deux phrases avec «si que». Kavita tâtonne en perçant le plafond et les murs à coups de regards perdus. Elle se trompe, rature et efface avec les doigts ce qu?elle a écrit au marqueur.
L?instituteur, les bras croisés, est la figure même de la patience? impatientée. Après quelques encouragements, quelques «less li?», assortis de «prends tout ton temps, ma fille», il finit par dire «se enn nouvo franse invante par mamzel Kavita».
L?élève, prise en faute, se dandine dans ses savates éponge bleues. Elle se frotte nerveusement le coude droit de la main gauche. Son visage, tout à l?heure jovial au milieu de ses camarades, s?est allongé de quelques centimètres.
A cet instant, elle en oublie presque que «mo for dan mats». Pendant qu?elle regagne sa place sur le banc en bois, l?enseignant, comme pour la réconforter dit, assez fort pour que Kavita l?entende : «Elle est intelligente mais négligente.» Est-ce pour cela que Kavita n?arrive pas à citer un seul dessin animé qu?elle regarde les après-midis ? Difficile à dire.
Quand on leur demande ce que «Monsieur » leur a fait réviser dans l?histoire-géo, les élèves répondent en ch?ur : «Isotherm». Mais dès qu?on en demande plus, les voix se font plus rares. «Se enn lalinn», lance Akash Aundoo. Il regarde son ami, Sheik Hassarup comme pour demander de l?aide mais ce dernier esquive.
Ils ont aussi révisé le «coast line». Sheik Hassarup s?y colle timidement : «Se bann rebor dan map Moris pou konn bann landrwa pou nou kapav al lamer.»
Jeune-vierge Racoury (de son vrai nom) lève le doigt et interrompt Sheik pour préciser : «Se bann rebor dan map Moris avan gagn lamer.» Le stress ? Oui, elle sait ce que cela veut dire. «Se kan enn dimoun pa kone ki li pou fer.» Jeune-vierge sait qu?elle n?a pas droit à un nouvel échec. Sa maman le lui a encore répété le matin même. «Linn dir mwa get byen mo papye.»
Et pour bien les regarder durant toute cette semaine, Jeune-vierge ira dormir «pli tar ki tou dimoun». Pour elle, il faut en passer par là pour espérer avoir une place au collège de Lorette de St-Pierre. C?est ce qu?elle souhaite. Ou ce que sa mère souhaite. Enfin, les deux à la fois.
Demandez le programme </B>
■ Les examens du CPE débutent aujourd?hui avec l?épreuve de français, suivie de celle de sciences. Demain, place à l?anglais. Jeudi ce sera au tour de l?histoire-géographie suivie des langues orientales. Les examens prennent fin vendredi avec les mathématiques. Au total, ce sont 26 689 candidats qui prennent part à ces examens. Les résultats seront connus le 11 décembre.
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