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LA JEUNE FILLE DE L?EAU
Il y a ce passage dans l?histoire de Peter Pan (instant chargé d?émotion dans Neverland) où, lorsque la fée Clochette est près de s?éteindre, tous les enfants du monde sont invités à clamer haut et fort qu?ils croient en l?existence des fées. C?est plus ou moins à ce même genre d?exercice que nous invite M. Night Shyamalam dans La Jeune Fille de l?Eau. À la différence près que, cette fois, l?instant dure le temps du film en entier, c?est-à-dire presque deux heures.
Cependant, contrairement à l?usage, le cinéaste n?use d?aucun subterfuge pour amener le spectateur à croire. Il choisit de le mettre devant un choix délibéré mais n?attend pas le milieu, ni même le début du film. Le choix de croire ou non en cette fable est présenté avant même le début de l?histoire, au moment du générique. Alors qu?apparaissent les noms, une voix ?off? nous raconte une vraie fausse légende. Il y est question du peuple de l?eau qui autrefois vivait proche du peuple de la terre et lui enseignait la sagesse ; puis, d?une séparation, le peuple de la terre finissant par perdre toute sagesse et du peuple de l?eau cherchant à reprendre contact avec le peuple de la terre. Illustrant ce récit, il y a des dessins dans un vrai-faux style ?arts premiers?. À aucun moment cette légende et ces illustrations n?ont ne serait-ce qu?un petit air de vérité. Mais, cette vraie-fausse légende est si belle à entendre et ces vrais-faux dessins si jolis à regarder qu?on a bien le droit de vouloir y croire.
Les personnages eux, y croient. Ils croient à la légende dès qu?ils rencontrent Story (Bryce Dallas Howard), la jeune fille sortie de la piscine de leur immeuble. Cela sans passer comme l?usage le veut, par la phase d?incrédulité. Cleveland Heep (Paul Giamatti) (Sideways) ancien médecin devenu concierge, choisit d?emblée d?y croire, mais on peut supposer que son choix découle de la fêlure qu?il porte en lui. Les autres eux, n?ont pas vécu de drame antérieur, mais ils forment un ensemble intéressant, présentant le portrait idéalisé d?une Amérique multi-ethnique que nous brosse M. Night Shyamalam cinéaste américain d?origine indienne.
On s?intéressera surtout à cet Indien (M. Night Shyamalam, lui-même) partageant un appartement avec sa s?ur. On notera que tous ces gens vivent en bonne entente, tous sont prêts à aider la jeune fille à regagner son monde lorsqu?elle est menacée par des créatures maléfiques appelées ?strunts?. Et parmi ces gens, il y a des héros aux pouvoirs magiques qui s?ignorent et que notre concierge va devoir dénicher. Ce qui nous fait un jeu de piste avec des créatures mythiques, des héros à trouver, des énigmes à déchiffrer avant d?être résolues, quelques fausses pistes (évidemment, pour les surprises) et aussi quelques règles de jeu absurdes. M. Night Shyamalam nous entraîne dans cet univers magique, jouant savamment non seulement des effets de mise en scène et de montage, mais aussi du propre rythme du récit.
Mais, il joue aussi pleinement la carte de la candeur, donnant en de multiples occasions le choix au spectateur le choix de sortir du jeu, c?est-à-dire d?arrêter d?y croire. Dans ce sens, il va même jusqu?à disséquer son propre style, poussant presque jusqu?à l?autodérision, notamment à travers le personnage d?un critique de cinéma (Halan ? Bob Balaban) qu?il rend antipathique. Le spectateur qui aura fait au début le choix d?y croire, pourra trouver La Jeune Fille de l?Eau un film aussi intelligent que fascinant dans lequel M. Night Shyamalam l?invite à renouer avec son innocence. Il en sortira diverti et émerveillé.
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