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La guerre des chiffres

10 juillet 2005, 00:00

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La situation financière de la State Trading Corporation, un corps parapublic chargé de l?importation de produits essentiels comme les produits pétroliers, est au c?ur d?une controverse entre le gouvernement en place et le gouvernement sortant.

Le ton de la polémique a été donné par un communiqué du premier Conseil des ministres de l?ère II de Navin Ramgoolam, émis vendredi. « Le cabinet a passé en revue la situation économique et l?état des finances publiques. Il a noté que la State Trading Corporation a enregistré des pertes accumulées de Rs 1,2 milliard du fait que le gouvernement sortant n?a pas jugé utile d?appliquer l?automatic price mechanism (APM). »

Introduit en avril 2004, l?APM est un outil comptable qu?utilise un comité indépendant pour calculer et fixer, chaque trimestre, les prix des produits pétroliers. Ce mécanisme tient compte des données réelles de l?évolution des prix du pétrole sur le marché mondial, pour les répercuter automatiquement sur les prix à Maurice. Le principe de ce mécanisme est de passer aux consommateurs toute augmentation du cours mondial du pétrole et bien entendu, de veiller à ce que ces derniers en profitent en cas de baisse.

« La situation est grave »

La dernière fois où les prix ont été ajustés a été le 2 avril. Le prix de l?essence, qui était de Rs 25,25 le litre, n?a pas changé. Celui du diesel est passé de Rs 18,25 le litre à Rs 17,25. Le prochain ajustement était prévu en juin, mais il a été reporté en octobre.

« C?est révoltant, ce qui s?est produit. Ce report donne à penser que le gouvernement sortant l?a fait exprès pour éviter les effets négatifs d?un ajustement des prix. La situation est grave. On a l?impression qu?ils n?ont préalablement pris aucune disposition pour se mettre à l?abri des augmentations éventuelles du prix du pétrole au moyen de l?hedging. Si ces dispositions ont été prises, elles l?ont été après que les prix ont augmenté », a indiqué une source qui a souhaité rester anonyme.

« To adjust or not to adjust ? »

Paul Bérenger, n?a pas tardé à réagir. « On a déjà commencé à manipuler les chiffres », a-t-il indiqué samedi après-midi à l?issue d?un point de presse à la municipalité de Port-Louis, après une réunion du comité central du MMM. « Quand nous sommes arrivés aux affaires en 2000, la STC avait enregistré des pertes accumulées de plus de Rs 2 milliards. Grâce aux sacrifices de la part de la population et à une gestion rigoureuse, nous avons pu ramener le déficit, au 30 juin 2004, à Rs 539 millions. »

L?ex-Premier ministre soutient que vers la fin de l?année financière 2004-2005, les pertes accumulées s?élevaient à Rs 573 millions. Il impute ces pertes aux déficits sur l?achat du ciment, des produits pétroliers et du gaz ménager. Il soutient que les profits réalisés sur la vente des produits pétroliers aux avions, Rs 138 millions, ont permis d?effectuer une subvention. Paul Bérenger conclut que les pertes accumulées étaient de Rs 974 millions (Rs 435 millions en juin 2005 et Rs 539 millions en 2004) et non de Rs 1,2 milliard, comme l?affirme le Conseil des ministres.

Pendant que la polémique s?emballe, le prix du baril sur le marché mondial continue son envolée qui a débuté en 2004. Les conséquences inflationnistes de ces augmentations sont préoccupantes. Le nouveau gouvernement, qui a créé beaucoup d?espoir dans la population, va-t-il suivre la logique de l?APM ? To adjust or not to adjust ? C?est la question à laquelle le gouvernement de Navin Ramgoolam est condamné à répondre tôt ou tard.

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