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La grippe aviaire pourrait provoquer une hécatombe

31 janvier 2004, 20:00

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Trois organisations internationales, l?OMS, la FAO et l?OIE, ont lancé un appel en faveur des pays d?Asie frappés par la grippe aviaire, suggérant de compenser les pertes des éleveurs forcés d?abattre leurs volailles afin d?enrayer cette « grave menace mondiale ». L?Organisation mondiale de la santé (OMS), l?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO) et l?Office international des épizooties (OIE) ont demandé à la communauté internationale de fournir des fonds et une assistance technique aux pays touchés, afin de faire face à une véritable « catastrophe » pour la production agricole.

Le Dr Shigeru Omi, directeur du bureau du Pacifique-Ouest de l?OMS, a indiqué, à Hanoï, qu?il y avait une possibilité que les deux virus de grippe aviaire et de grippe humaine se rencontrent, mutent et déclenchent une pandémie mondiale. « Selon moi, c?est possible et c?est pourquoi nous devons travailler très dur aujourd?hui, pour empêcher que cette mutation au niveau moléculaire ne se produise », a-t-il indiqué au cours d?une conférence de presse.

« Il y a toujours un potentiel que ce genre d?épidémie devienne une sérieuse pandémie mondiale qui tuerait des millions de personnes dans le monde si cette mutation se produisait », a-t-il ajouté.

Dix pays ont désormais admis être contaminés par diverses formes de grippe aviaire. La Chine a été la dernière nation à admettre mardi sa contamination au virus H5 N1. L?OMS a régulièrement tiré la sonnette d?alarme sur le potentiel dévastateur de la grippe du poulet, évoquant depuis plusieurs semaines le risque que le virus ne rencontre celui d?une grippe de forme humaine. Le Dr Omi a ajouté que la menace était d?autant plus prégnante qu?un virus de grippe humaine s?approchait actuellement du continent asiatique.

« Vous êtes probablement au courant du fait que la grippe humaine du type H3 N2 se développe actuellement sur le continent européen et dans le nord de l?Amérique et que cette forme humaine s?approche de l?Asie », a-t-il expliqué. La forme la plus virulente du virus de la grippe du poulet qui s?est abattu sur l?Asie est le H5 N1. Il a tué six personnes au Vietnam et deux en Thaïlande. Pour l?OMS, le drame est possible si les deux virus s?assemblent.

Potentiel de transmission d?humain à humain

« Bien sûr, je ne peux donner un pourcentage de probabilité exact, mais nous devons faire appel à notre bon sens et notre jugement, et être capables de prendre en compte les leçons du passé », a-t-il ajouté. Le responsable régional de l?OMS estime que le virus H5 N1 est aujourd?hui plus pathogène qu?il ne l?était en 1997. Il avait alors provoqué la mort de six personnes à Hongkong. Aucun vaccin ne sera disponible avant au minimum six mois.

L?avertissement de l?OMS rappelle la grande pandémie de grippe de 1918-1919, qui aurait fait jusqu?à 50 millions de victimes, selon diverses estimations aujourd?hui impossibles à confirmer. D?autres pandémies s?étaient déclenchées en 1957-1958 et 1968-1969, pendant laquelle le virus H3 N2 était apparu. Désormais, l?organisation n?exclut aucune hypothèse. « Plus il y a de poulets infectés, plus il y a des risques de contamination à l?homme. Et plus il y a de contaminations à l?homme, plus il y a des risques que le virus acquière le potentiel d?une transmission d?humain à humain », a ajouté le Dr Omi. À Genève, l?OMS a été rejointe par l?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture et l?Office international des épizooties pour lancer un appel à l?aide aux pays touchés par l?épidémie.

« Les agriculteurs des zones infectées doivent d?urgence éliminer les animaux infectés ou exposés à l?infection », a souligné le directeur général de la FAO, Jacques Diouf. « L?opération sera particulièrement coûteuse. La communauté internationale veut que ces efforts aboutissent et il faut aider les pays pauvres », a-t-il ajouté.

Au siège de l?OMS à Genève, le Dr Klaus Stoehr, l?un des principaux experts de la grippe, a estimé que la contamination annoncée par la Chine dans la région du Guangxi (sud-ouest) « ajoute une nouvelle dimension » à l?épidémie, de par la taille du pays. « N?oublions pas cependant qu?il ne s?agit que d?un seul élevage de canards. Nous n?avons que des cas suspects dans les autres régions », a-t-il dit. Le Dr Stoehr s?est cependant dit surpris d?apprendre que des canards avaient succombé au virus, ces volatiles étant en général de simples vecteurs de la grippe, à laquelle ils ne succombent pas.

2003 Le Monde ? AFP

Distribué par The New York

Times Syndicate

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