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La grande coalition fragilisée

2 novembre 2005, 20:00

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Mis en minorité au sein du bureau fédéral du Parti social-démocrate sur le choix de son futur secrétaire général, le président du social-démocrate allemand (SPD), Franz Müntefering, a annoncé qu?il abandonnait la direction de sa formation. Pièce maîtresse de son parti dans les discussions en cours avec la droite et future chancelière, Angela Merkel, sur la formation d?une grande coalition, le grognard de Gerhard Schröder renonce à être candidat à sa reconduction lors du congrès extraordinaire convoqué du 14 au 16 novembre à Karlsruhe pour se prononcer sur le résultat des négociations. Il fait peser la menace de se retirer du futur gouvernement lui-même, au sein duquel le SPD l?avait désigné pour devenir vice-chancelier, ministre du traveil et des affaires sociales.

L?annonce a fait l?effet d?une bombe le jour même où les dirigeants des deux camps se réunissaient à nouveau pour faire le point des discussions et tenter de progresser dans les difficiles compromis à trouver, notamment sur les réformes à faire pour redresser l?économie allemande. Elle a fait planer le doute sur la capacité des deux grandes formations allemandes à mener à bien leur projet de coalition devant les critiques de plus en plus sourdes qui montent dans chacune de leurs formations sur l?ampleur des concessions à faire. Le ministre-président de Bavière, Edmund Stoiber, autre homme clé de la future coalition, a laissé entendre qu?il pourrait lui-même se retirer de l?affaire si Müntefering était conduit à jeter complètement l?éponge.

Contrôler la droite

La catalysatrice de la crise au sein du Parti social-démocrate est une jeune députée de la gauche du SPD, Andrea Nahles, ancienne dirigeante des ?jusos?, qui a défié l?autorité du président de sa formation en briguant avec succès, contre son candidat, le poste de secrétaire général de sa formation. Müntefering, qui comptait mettre à ce poste un de ses fidèles pour se décharger de la gestion de l?appareil du parti pendant que lui-même serait occupé à contrôler la droite dans le gouvernement de coalition, a subi un échec cinglant lors de la réunion du bureau fédéral qui décidait lundi matin de la candidature à soutenir.

A la surprise de tous, Andrea Nahles s?est imposée avec netteté 23 voix contre 14 au sein de la plus haute instance du parti entre les congrès. La netteté de ce score, que les amis de Nahles n?avait apparamment pas du prévu eux même, est largement supérieur au poids de la gauche du parti, même si celle-ci est légèrement majoritaire dans le nouveau groupe parlementaire élu au Bundestag.

Manifestement la jeune député a réussi à cristalliser autour d?elle un mouvement de protestation contre la manière jugée trop personnelle dont les actuels dirigeants du parti ont tenté de profiter de la situation pour continuer à mettre en oeuvre leur ligne politique sans tenir des attentes de changement. Cette attitude a suscité des résistances y compris d?anciens ministres qui ont voté contre Müntefering. En ce sens, indique-t-on au sein du parti, on ne peut pas parler d?un conflit droite-gauche, mais plutôt d?un conflit de pouvoir sur la contrôle de la politique du parti.

Battu avec les honneurs lors des élections anticipées du 18 septembre qu?il avait déclenchées pour empêcher les plus radicaux de son parti de bloquer sa politique de réforme, le chancelier Gerhard Schröder a imposé à la droite une grande coalition et au SPD ses propres lieutenants pour y participer avec pour mission de porter l?héritage. Promu l?année dernière président du Parti social-démocrate afin de décharger le chancelier et le protéger contre la grogne montante des ?sozis?, Franz Müntefering est ainsi devenu l?homme clé du SPD dans les négociations sur la formation du futur gouvernement d?Angela Merkel aux côtés de deux autres proches du chancelier, les ministres désignés des finances et des affaires étrangères . Si la compétence des ministres désignés n?est pas mise en cause, la manière de procéder a déplu et le parti a eu besoin de montrer qu?il entendait garder le contrôle.

Forte pression

L?instance dirigeante du SPD a prévu de se réunir à nouveau mercredi 2 novembre à Berlin pour désigner sans tarder un successeur à la tête du parti. Deux noms circulment, ceux des ministre-présidents de Rhénanie-Palatinat, Kurt Beck, et du Brandebourg, Matthias Platzeck, ce dernier faisant figure de favori. Il est vraisemblable que Müntefering se verra alors confirmer dans ses prérogatives pour diriger la négociation avec la droite.

?La ligne du parti dans les négociations de coalition ne changera pas?, affirme le chef du SPD allemand au Parlement européen, Martin Schulz, qui participait à la réunion du bureau fédéral.La crise au sein du SPD n?a pas empêché la poursuite de ces négociations à Berlin. Celles-ci doivent être en principe bouclées le 12 novembre. Les réunions prévues lundi 31 ocotbre ont bien eu lieu. En fin de soirée, après une rencontre entre les deux délégations au complet, un sommet restreint a réuni leurs six plus hauts responsables, le chancelier sortant et Merkel, Müntefering et Stoiber, et les deux responsables de la partie financière des discussions, la plus difficile, Roland Koch, ministre-président de Hesse, cdu, et Peer Steinbruck, ministre des finances désignés, SPD.

?Nous avons la volonté de nous mettre d?accord?, a réaffirmé la présidente de la CDU, Angela Merkel, à l?issue de ce sommet sans s?étendre sur ce qui s?y était dit. La chancelière désignée sait qu?elle même est aussi sous forte pression dans son propre camp, de la part de ceux qui estiment que la CDU est en train de renoncer à un véritable programme de réformes. L?affaiblissement de la délégation du SPD ne fait pas dans ces conditions nécessairement son affaire et milite plutôt pour un acord rapide.

Henri de BRESSON

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