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La fuite en avant du tourisme

12 juillet 2006, 00:00

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Marie Virginia Perrine est ?dans la peine?? Cette jeune mère de cinq enfants, célibataire, a perdu son emploi. Charbonnière à Mourouk, elle fournissait l?hôtel Mourouk Ebony en charbon de bois. Mais depuis plusieurs mois, l?hôtel n?organise plus de grillades, faute de clients. Plus de grillades, plus de charbon. Et pour comble de malchance, Marie Virginia Perrine s?est fracturée le pied, pendant qu?elle surveillait un maigre bétail. Sans travail, amoindrie, elle ne peut plus envoyer ses enfants à l?école et ne peut même plus les nourrir correctement.

?L?hôtel n?a plus de clients et moi je n?ai plus de travail, ni même de quoi m?acheter à manger?, résume la mère célibataire. Comme elle, des dizaines de familles rodriguaises sont aujourd?hui aux abois. A Mourouk, les pêcheurs ne peuvent plus écouler leurs poissons. L?hôtel, un des plus performants de l?île, a déjà licencié près de 30 personnes et affiche un taux de remplissage moyen de 22 %. ?Nous avons suspendu notre projet d?extension?, constate amèrement Willy Auguste, directeur de Mourouk Ebony.

Depuis la fermeture, au début de cette année, de Les Cocotiers, petit établissement près de Port-Mathurin et le licenciement du personnel, la crise de l?hôtellerie rodriguaise a éclaté au grand jour. Elle couvait depuis de longs mois? Et elle provoque une réaction en chaîne : les métiers qui dépendent du tourisme sont sinistrés, les jeunes hésitent à s?inscrire à l?Ecole hôtelière, de nombreux Rodriguais viennent tenter leur chance à Maurice?

Laval Baptiste est dans le tourisme depuis de longues années. Il possède avec sa femme Françoise, un petit établissement dans les hauts de l?île. Il avance deux raisons pour expliquer la crise du tourisme: l?augmentation du prix du billet d?avion sur la desserte Maurice-Rodrigues et l?introduction du concept duty free à Maurice. ?Cela nous a coupé l?herbe sous le pied?, insiste-t-il.

Rodrigues a, du coup, perdu une partie de son attrait. Les Mauriciens qui viennent à Rodrigues ne se laissent plus tenter par le matériel hi-fi, l?électroménager. Et la crise du chikungunya, au second trimestre, a été la goutte qui fait déborder le vase. Les arrivées avaient déjà chuté de moitié, en 2005 : 46 800 (Rodriguais inclus) comparé à 60 800 (Rodriguais inclus), en 2004, selon Airport of Rodrigues. C?est pire en 2006?

?Il y a urgence?, lance Willy Auguste. Benoît Jolicoeur gère, lui, la résidence Foulsafat (un gîte, deux chambres d?hôte et une table d?hôte). Il est du même avis. ?Nous ne pouvons pas continuer ainsi. S?il n?y a pas un plan d?urgence nous risquons le pire?, lâche-t-il.

Même Serge Clair, le Chef commissaire qui préside également la commission du tourisme de l?île, tire la sonnette d?alarme. ?Lorsqu?on a augmenté le prix du billet d?avion j?avais dit au gouvernement central qu?on allait tuer le tourisme?. Le Chef commissaire est catégorique : il faut ouvrir l?espace aérien. Mais il faut aussi laisser les initiatives privées se concrétiser, plaident de leur côté, les hôteliers rodriguais. Le Chef commissaire est prudent. ?Notre tourisme est rural et il n?en est qu?à ses premiers balbutiements?. Pour lui, le développement touristique de Rodrigues doit se faire avec rigueur et discipline. Il veut sauver l?île de la dégradation, libérer les plages et construire loin de la mer. Il énumère les projets hôteliers : Naïade Resorts, Oxenham, Food and Allied, puis ceux de l?hôtelier Alain O?Reilly, de Françoise et Laval Baptiste et de l?homme d?affaires Ezra Jhuboo.

Il est pour les parcs marins et les réserves naturelles mais surtout pour une réglementation stricte des gîtes qui fleurissent un peu partout.

A la tête de la commission du tourisme, il mise sur un programme d?événements promotionnels en 2006 et 2007. Une enveloppe de Rs 7 millions y est consacrée. Le Chef commissaire souhaite qu?il y ait une communication entre les opérateurs qui y sont représentés et le bureau du commissaire. ?La politique est partout?, déplore-t-il.

Mais Serge Clair a surtout une grande ambition pour le développement du tourisme rodriguais : il veut ?changer les mentalités?. Ses détracteurs, eux, critiquent les ?lourdeurs de l?administration régionale?.

Rodrigues va mal, mais elle ne se laisse pas abattre. C?est, en fait, une question de survie. ?Il nous faut parler d?une même voix?, plaide Benoît Jolicoeur. Tout dépendra donc des efforts consentis, non seulement par les opérateurs eux-mêmes mais aussi par les administrations, régionale et nationale. En attendant, comme le dit joliment Marie Virginia Perrine, ?cabri mem pa pé manze salad??

DESSERTE MAURICE-RODRIGUES

L?atout Catovair

■ La petite compagnie aérienne souhaite s?impliquer davantage sur Rodrigues. Malgré une première année difficile et des pertes qui devraient atteindre Rs 100 millions, elle souhaite maintenir la desserte quotidienne. C?est autant de sièges d?avion supplémentaires sur la destination, en plus des dessertes quotidiennes d?Air Mauritius.

Catovair veut même, dans un deuxième temps, mettre en service un appareil de 76 places. Mais il reste suspendu à la décision de l?Etat pour la désignation d?un deuxième transporteur sur la desserte Maurice-La Réunion. Catovair se positionne déjà pour faire Pierrefonds (Saint-Pierre)-Rodrigues, trois fois par semaine. Un sacré bol d?air pour Rodrigues?

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