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La francophonie n?est pas à la fête
Il paraît que nous sommes en pleine décade annuelle de la Francophonie. Décade mais pas déclin. Ce sont surtout des représentants de la France à Maurice qui nous le rappellent, gentiment d?ailleurs. Avec beaucoup de diplomatie. La municipalité de Port-Louis semble s?être mise au diapason, en offrant le crachoir au diplomate Joseph Tsang Mang Kin (secrétaire général manqué de la Francophonie), au ministériel Régis Finette qui n?est jamais à une alliance (française) près, et à l?humoriste Emmanuel Richon, que nos anglicismes et créolismes mettent en verve.
Mais rien de franchement mauricien dans les célébrations locales de la francophonie. Une réception poétique, mais à la résidence de l?ambassade de France cum président Jugnauth et PM Ramgoolam, ne se quittant pas d?une semelle, au grand dam des Mauves présents, subodorant la réédition de l?alliance Bleu Blanc Rouge des années 1983 et 87. Bleu, Blanc, Rouge. Ces couleurs qui nous disent quelque chose... Ah ! oui... Lafleur de la Nouvelle Calédonie anti-canaque.
Nous avons eu droit aussi à une conférence de Valérie Magdelaine sur la littérature francophone indocéanique. C?était le jeudi saint au Centre Charles-Baudelaire, Rose Hill. Fête donc également de la laïcité. Elle (la charmante Valérie) se serait adressée aussi aux profs et aux élèves-stagiaires de notre MIE.
La langue française en partage</B>
Fête annuelle de la Franco-phonie, c?est surtout l?occasion de réitérer nos regrets que rien n?est fait ou presque pour soutenir les efforts de nos professeurs de français et de littérature française de toutes classes et de tous établissements scolaires. Ils sont pourtant des combattants sur la ligne de front. Du soutien, que leur accorderont les gros pontes locaux, mauriciens et étrangers, de la francophonie, dépend l?attachement réel et durable des générations montantes à la pensée et à la civilisation françaises.
Plusieurs définitions de la francophonie. Il y a celle magnifiant ceux qui ont la langue française en partage. Mais il y a francophones et francophones. Il y en a même, paraît-il, anti-français et qui s?emparent volontiers de cette langue, comme un butin, pour mieux vomir leur frustration sur la France. Il s?en trouve, et même des universitaires, pour prétendre que c?est aussi leur fête. Ils sont francophones et ce Paris du bon bec aime tellement qu?on salisse la France.
Cela nous rappelle la France des années 1958-69, la France de ce Charlot de Gaulle. Il a sauvé, par deux fois, la France. Il paraît que ça ne lui donnait pas tous les droits. C?est comme Jeanne d?Arc.
Tout juste bonne pour assister aux meetings de Jean-Marie Le Penn. Pas la peine donc de parler, ici, de pucelle, ni d?Orléans, ni de Dame Catherine et de Messire Michel Archange. Qui se souvient encore de Du Guesclin, de Jeanne Hachette, de Surcouf ? Nous devons apprendre à aimer la France malgré certains Français. Les radiateurs d?office compris.
Hommage (?) est rendu aux missionnaires bretons, normands et alsaciens... Jean-Marie Pivault, Jean Eon, Alain Henriquet, Roger Dussercle littéraire. Il paraît qu?ils venaient préparer le terrain pour les militaires et les marchands. Prétention plus plausible en Afrique et à Madagascar qu?à Maurice.
On fête la francophonie à Maurice, mais sans prendre la peine de souligner que le mérite de notre francophonie revient en grande partie au miraculeux Jacques Désiré Laval. Le Tout-Puissant aurait-il jeté un regard plus indulgent sur les efforts concurrentiels de l?évangélisateur rival, le Révérend Jean Lebrun, que notre île Maurice aurait été aujourd?hui, sinon anglicane, mais du moins anglophone et sans exception aucune.
La francophonie mauricienne doit aussi une fière chandelle à Maggy Thatcher. Avec ses économies de bouts de chandelle, elle s?est arrangée pour fermer la plupart des portes universitaires anglaises à nos étudiants, surtout ceux d?origine indienne. Du coup, ils découvrent les bienfaits des universités de Bordeaux, de Montpellier, d?Aix-en-Provence, et ne sont pas prêts de retourner à Bristol ou à Birmingham.
Le déclic de l?émancipation</B>
Chandelle pour chandelle,nous en devons une aussi à RFO. Que n?a pas fait le gouvernement de Ramgoolam, père, pour nous empêcher de recevoir les émissions de RFO Saint-Denis avant l?ère satellitaire ?
Profitons quand même de cette Francophonie en fête, pour souhaiter un accueil plus francophone aux Mauriciens, devant passer par la porte de service et la cour arrière de l?ambassade de France pour espérer avoir droit au visa, leur permettant de poser le pied sur le territoire français, mais non francophone, la Réunion comprise. Faire ce qu?il faut pour décourager les Mauriciens de se rendre sur le territoire français n?est peut-être pas la meilleure façon de promouvoir localement la Francophonie.
De toute façon, il est toujours stupide de mêler politique et littérature. Vais-je moins haïr la langue anglaise, sous prétexte qu?un certain Gordon Brown remplace Tony Blair ? Ah ! anglophiles et francophobes, que n?avez-vous pas fait, pendant deux siècles, pour empêcher les Mauriciens de s?exprimer dans la langue de Molière ?
Il y a eu Jeremy et ses sbires, l?interdiction de plaider en français en Cour suprême (parce que les juges anglais ne comprenaient pas les subtilités de la langue de Racine), les hommes de couleur voulant court-circuiter l?oligarchie blanche, l?oligarchie blanche voulant court-circuiter la population de couleur rétrocessionniste, l?élite d?origine indienne voulant court-circuiter d?abord NMU puis la presse créole. Et tout ça pour aboutir à Ananda Devi Nirsimloo-Anenden, à Anil et Soorya Gayan, à Mohamad Vayid, à Vijay Joypaul, à Vinesh Hookoomsingh etc..
Fête de la Francophonie aidant, on survole la littérature francophone indocéanique. Principalement Madagascar, Réunion, Maurice.
On dissèque trois siècles d?efforts littéraires qu?on catégorise volontiers en périodes chronologiques différentes, mais peu élogieuses. Littérature d?importation : des voyageurs de passage décrivent nos îles. Littérature d?imitation : on copie à outrance ce que fait Paris, ce qu?aime Paris. Littérature coloniale : on décrit le quotidien romanesque dans nos îles, à la manière de Marius-Ary Leblond. Enfin arrive le déclic de l?émancipation. On secoue le joug colonial. Mais Paris, où sévit le bon-bec, ne s?intéresse à nos efforts littéraires que s?ils sont à son goût. Il y a littérature indocéanique que lorsque ses écrivains sont édités à Paris.
Un conseil précieux. N?imitez surtout pas le français de Boileau, de Racine ni même celui de Victor Hugo. Osez les pires barbarismes, créolismes, anglicismes, indianismes. N?hésitez surtout pas à vous emparer du français pour vomir sur la France arrogante et impérialiste. Alors Paris et même l?université vous applaudiront. Osez, osez, il en restera toujours quelque chose. Hypocrites créolophones qui placez vos enfants dans des lycées français, qui vous gavez de magazines parisiens (Nouvel Obs, Monde Diplomatique, Canard Enchaîné) et de télévision satellitaire française.
Un oubli de taille</B>
Mieux encore, on rabroue les derniers Mohicans à s?intéresser encore à la littérature, non pas francophone, mais d?expression française. Ce n?est pas assez. Faut-il encore la replacer dans la totalité de son contexte littéraire local. Il faut, à Maurice, la comparer à la littérature locale anglophone. Misérable ! vous voulez comprendre Robert Edward Hart sans avoir lu Lindsey Collen (en anglais) ni A. Unnuth (en hindi). La fête de la Francophonie devient mystérieusement celle de la Mondialisation. On enterre l?exception française.
Un oubli et de taille. Pas un mot sur la presse d?expression française à Maurice vieille pourtant de 235 ans. Bah ! ce ne sont que des gazettes. On parle, ici, de littérature et pas d?article de journaux. Et tant pis pour ces excellents chroniqueurs journalistiques.
Tant pis pour Daphnis, capable d?offrir, chaque semaine, jusqu?à quatre pages littéraires, à 100 % mauriciennes, aux lecteurs de l?express. Dans une autre vie, faites-vous éditer par L?Harmattan ou L?Olivier. Mais ne regrettez rien. Vous aviez des lecteurs. Qui pensent encore à vous, avec nostalgie.
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