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La folle journée de Deelchand
Enfin libre ! À un mois de son procès pour trafic de drogue aux assises, le notaire Vinay Deelchand a retrouvé la liberté sous caution mardi. Après ses vingt-trois mois en détention préventive, l?homme semble ne pas avoir assimilé qu?il peut quitter librement la Cour surpême.
Vêtu d?un complet gris assorti à une cravate jaune à rayures noires, il a le regard vide. Il semble écrasé par son long séjour passé derrière les barreaux.
Dans la salle d?audience cet après-midi-là, ses yeux sont constamment braqués sur son homme de loi, Me Siddhartha Hawoldar. L?inquiétude fait rapidement place à un grand sourire quand le policier à côté de lui chuchote quelques mots à l?oreille.
Il est 14 h 32 lorsque le juge Asraf Caunhye invite le notaire à prendre place dans le box des accusés. Ému, il affiche quand même un air sérieux. La caution est fixée à un million de roupies, assortie à une reconnaissance de dette de Rs 5 millions. L?huissier le prévient : il ne pourra pas quitter le pays et devra se présenter au poste de police de Quatre-Bornes trois fois la semaine entre 6 heures et 18 heures.
« Mo frer, mersi ! », lance le notaire, du box, à son avocat tout en se ruant pour lui donner l?accolade. « Sorry. Bann prosedir sa », lui lance un policier en lui repassant les menottes. « Korek sa », lui répond le prévenu en lui tendant les mains. Quelques minutes plus tard, lorsqu?il quitte la salle d?audience, Me Hawoldar lui lance : « Ban zurnalis la. To pu bizin dire zot kiksoz. »
La gorge nouée, Deelchand rétorque : « Mo pa pu kapav kozer. »
Sous l?émotion, il cherche sa femme des yeux. Elle est là mais se tient à l?écart de la meute de photographes qui le mitraillent. Elle dissimule son visage derrière une enveloppe grise.
« Mo pe reouver mo biro »
« Kuma li ti ete dan la kur ?», demande-t-elle à l?un de ses proches. « Li ti bien emu », répond l?homme. Une dizaine de minutes plus tard, Me Hawoldar, pressant le pas, réclame son téléphone portable à son chauffeur.
La police ne veut pas libérer son client tant que les procédures ne sont pas terminées. Elle veut qu?il retourne à la prison pour remplir des formalités. Le téléphone collé à l?oreille, l?avocat s?éloigne des journalistes et appelle Manish Gobin, le représentant du parquet.
« Bann lapolis la pale larg li. Juge finn rann so zizman. Bizin larg li », lance celui-ci, visiblement agacé.
Quelques minutes plus tard, les tracasseries sont mises de côté. Le notaire peut quitter l?enceinte de la cour, libre. Avec ses proches, il marche jusqu?à l?étude de son avocat, située à la rue La Poudrière.
Au bureau, il se met à l?aise et grille avec bonheur la première cigarette de la liberté. Son avocat l?invite à faire une déclaration et il raconte son arrestation. « Letan ti ena bann alegasion kont moi mo ti Madagascar. Mo finn retourn Moris pli vit ki possib parski mo ena konfians dan lazistis. » Concernant ses 23 mois passés derrière les barreaux, il durcit le ton : « Kan mo ti dans prizon mo ti trete kouma tou bann prizonie. Mo pas ti gaign privilez, kontrerman a sertin dan la Bastille. » Il vise ainsi Antoine Chetty.
« Mo dimane mwa kuma enn self confessed criminal finn kapav fer otan dimal a enn fami. Mo tenir a anons a mo bann kliyan ki finn ress fidel avek moi ki mo pe reouver mo biro et ki mo pre pu kontigne travay ar zot.
Se ki mo anvi pu linstan se rant kot moi, ser mo zanfan dan mo lebra et ambrass li bien for. »
Le lendemain, en se rapportant à la police de Quatre-Bornes, le notaire avait encore les séquelles de sa détention. Il était épuisé et paraissait inquiet. Vendredi en revenant de nouveau au poste, il paraissait cette fois, aigri et a confié à un des officiers présents qu?il se remet au travail lundi, après près de deux ans d?inactivité.
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