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La fin d?une époque ?

10 mars 2004, 20:00

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C?est un peu l?histoire de l?arroseur arrosé. En 1999, alors que le Bayern Munich croyait tenir sa coupe, Manchester United avait réalisé un des plus grands come-back de l?histoire du football pour décrocher, sur le fil, et dans l?euphorie générale, le titre suprême. De 1-0 en faveur du Bayern à la 89e minute, le score passa à 2-1 pour Man U au coup de sifflet final ! Inoubliable Sheringham. Inoubliable Solskjaer. Inoubliable génération en or d?United, celle des Ferguson Boys.

Bien évidemment, les fiers et braves supporters mauriciens des Red Devils ? en surnombre à l?époque ? furent prompts à se bomber le torse. ?Nou ki mari !? On veut bien le croire. A l?époque, ils l?étaient.

Mais ce qu?ils n?avaient pas prévu, nos braves gaillards, c?est que la roue finirait un jour ou l?autre par tourner. Parce qu?en football, voyez-vous, rien n?est éternel, tout est éphémère. La gloire, le règne, les honneurs et tout le reste.

Cinq ans après la mémorable finale de Nou Camp, l?histoire s?est répétée. Mais dans le mauvais sens cette fois, la faute à ce diable de Costinha, bourreau de la 89e minute. Un but trop tard, un but de trop. Exit les diables rouges de la scène européenne. Mercredi soir, à Old Trafford, le grand crû, c?était Porto...

Bon, c?est vrai. Sur ce match-là, Manchester méritait de passer. Soyons juste et honnête. Ferguson l?a dit et il a bien raison : Porto ne s?est procuré qu?une véritable occasion. Fatale il est vrai. A l?inverse, le champion d?Angleterre, avec sa générosité habituelle, n?a eu de cesse de faire le jeu. Et cette générosité-là méritait forcément d?être récompensée. A l?aube de la mi-temps, ça aurait dû faire Man U 2 - Porto 0. Il faudrait être de mauvaise foi ou supporter de Liverpool pour ne pas le reconnaître. Le but de Scholes, invalidé par l?arbitre, était parfaitement valable. Et si monsieur Ivanov avait eu l?intelligence et la décence de l?accorder, United serait encore en course, aujourd?hui, sur les trois tableaux : l?Europe, le championnat, la FA Cup. Mathématiquement du moins. Comme quoi le destin d?une équipe ne tient qu?à un fil.

Mais, bon, il ne sert à rien de refaire un match de football. Dans dix ans, quinze ans, personne, à quelques exceptions près, ne se souviendra de l?erreur de monsieur Ivanov. Dans les livres d?histoire, seul un banal résultat, sur une ligne ou deux, nous ramènera à l?essentiel : Porto 3 Manchester United 2.

Et peut-être aussi qu?un journaliste nostalgique ? heureusement qu?on en trouve encore quelques-uns de nos jours ? viendra ajouter, au contour d?une rubrique écrasée du genre ?C?était il y a quinze ans?, ou ?Passé recomposé?, que ce fameux match contre Porto a symbolisé, plus que tout, la fin d?une époque, celle des golden boys d?Old Trafford, des Ferguson Boys.

A bien des égards, le but de Costinha nous rappelle celui d?un certain Michaël Thomas, un soir de mai 1989, à Anfield, dans les arrêts de jeu d?un dramatique Liverpool-Arsenal comptant pour la dernière journée du championnat d?Angleterre. Les Reds semblaient déjà assurés de leur dix-neuvième titre, ou presque. Arsenal, qui suivait à deux points, avait besoin de gagner 2-0 à Anfield pour bouleverser la hiérarchie. Personne ne croyait les Gunners capables de ça, à commencer par les Gunners eux-mêmes.

Liverpool, à l?époque, c?était comme Man U. Des Reds en perte de vitesse, mais des Reds quand même. Le match fut haletant, stressant. Arsenal mena 1-0 jusqu?à la 90e. Puis, au moment où l?on s?y attendait le moins, surgit le petit Thomas. Le tableau d?affichage s?affola : Liverpool 0 Arsenal 2. Silence de cathédrale à Anfield.

La marche triomphale des Reds venait de s?achever brutalement. Quinze ans plus tard, Liverpool est toujours à la recherche de son glorieux passé. C?est qu?il y a des matches, comme ça, qu?on n?oublie pas. Des matches qui laissent des traces. Des matches qui modifient la donne, travestissent l?histoire.

Le but de Costinha fera mal pour encore longtemps. Il marque peut-être la fin d?une époque. Le grand Man U, c?était celui de Cantona, de Beckham. Peut-être pas celui de Saha, de Scholes.

Mais peut-être aussi qu?on se trompe. Peut-être que Manchester United se relèvera encore plus fort de cette dramatique soirée du 9 mars 2003. Peut-être, après tout, que les Diables rouges sont immortels. En tout cas, ça va vite se savoir.

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