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La femme décide d?être décideuse

24 juillet 2004, 20:00

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Elles sont souvent meilleures à l?école, mais doivent se contenter de postes d?exécutantes?

« Nous, les femmes, nous étudions pour développer économiquement et socialement le pays. Les hommes s?occupent de le contrôler. » Cette étudiante en sciences humaines est dépitée mais réaliste.

La femme, qui représente plus de la moitié de la population, est peu présente aux postes de décision, et ce malgré de meilleurs résultats académiques. Sur la scène publique, aux postes de commandes, elles sont encore rares et ce déséquilibre illustre un vrai malaise social.

Pour renverser la vapeur, il ne suffit pas de réclamer la parité, mais aussi de sensibiliser les femmes à une reconnaissance d?elles-mêmes. C?est l?objectif visé par les forums organisés cette semaine par le ministère des Droits de la femme, Soroptimist International, la Media Watch Organi-sation et l?Association des femmes chefs d?entreprise. Ces débats, dont le thème est « La femme, le pouvoir et la prise de décision », se situent dans le cadre de l?Empowerment Year lancée le 1er juillet.

« Nous sensibilisons ces femmes au grass-root level. À travers elles, nous voulons passer le message suivant : il est grand temps d?investir dans l?enfant fille. » Karuna Aubeeluck, secrétaire du Conseil national des femmes s?exprime devant 250 femmes réunies à la municipalité de Port-Louis. La balle est dans le camp des parents.

« Ledikasyon, motivation et lenkadrement banne tifis se sel fason kot zot pou fer zot arive dans la sosiete. » Des mots qui reflètent une réalité tenace : les parents sont plus enclins à investir dans les études du fils.

« Dans la majorité des cas, c?est le mariage qui attend la jeune fille après le collège. Financièrement dépendante de son mari, elle et ses enfants se retrouvent dans de beaux draps si celui-ci décède prématurément », souligne Michael Joson, sociologue attaché au ministère de la Femme. Mal éduquées, peu informées de leurs droits, elles sont impuissantes face à la violence domestique, à l?abandon du domicile par leur conjoint. « Elles deviennent des proies faciles pour la prostitution et la drogue. »

D?où l?appel lancé aux parents de planifier les études des enfants dès leur plus jeune âge, « pour kipa gaign larm regre plus tard ». Les statistiques démontrent que les filles obtiennent de meilleurs résultats académiques, alors pourquoi les retrouve-t-on à des postes subalternes ? « Nous sommes loin d?être débarrassés des stéréotypes selon lesquels la fille n?est bonne qu?à devenir enseignante et le garçon ingénieur? Il faut briser ces clichés. »

Seulement 5,7 %de femmes députées

En politique, le manque de femmes s?explique entre autres par des barrières socioculturelles et une certaine appréhension. « Cest un monde exclusivement masculin où votre vie peut être jetée en pâture. Les femmes ne veulent pas de cela », affirme Josie Lapierre, de Soroptimist International. Avec seulement 5,7 % de femmes députées et une ministre, Maurice est loin du quota de 30 % demandé par la SADC. « Pour arriver à une telle participation, il faudrait que les partis politiques alignent plus de candidates et que davantage de femmes s?intéressent à la politique. Je ne suis pas contre le système de quota, du moment où l?on prend en considération les compétences. Beaucoup de pays ont dû passer par cette transition. »

Le bon exemple vient de Rodrigues

Mais le pire ennemi de la femme est souvent? la femme. Il est vrai qu?elles ont parfois du mal à se faire respecter lorsqu?elles occupent des postes importants dans certaines institutions. « Dès la plus tendre enfance bisin aid bann zenfan devlop bann latitid positif pu fam ek zom », affirme Michael Joson.

Beaucoup de progrès a pourtant été fait dans le secteur public où un nombre croissant de Permanent Secretary?s sont des femmes. « Mais on a du retard à rattraper, en particulier dans le secteur privé », estime Arianne Navarre-Marie, ministre des Droits de la femme. Malgré tout, elle se dit confiante que les femmes « seront de plus en plus présentes en politique », et affirme que les leaders politiques se montrent concernés par le quota de 30 % à atteindre d?ici 2005. Elle ajoute qu?un Women?s Forum qui regroupera les femmes agissant comme role models pour les jeunes est en gestation.

En tout état de cause, le bon exemple vient de Rodrigues où une petite révolution a été enclenchée avec 22 % de femmes à l?Assemblée régionale. « Nous vous avons devancé.

À Rogrigues, ce sont les femmes qui bougent, elles ne restent pas assises et se battent pour faire entendre leurs voix. Et il ne nous viendrait jamais à l?idée de faire de distinction entre fille et garçon », souligne, tonitruante, Marie-Lindsay Castel. Ce membre de l?Assemblée régionale de Rodrigues est une ancienne institutrice qui a élevé seule sa fille. Cette dernière étudie la comptabilité à l?université de Maurice. « Mo finn less li deside. » Sur l?égalité des sexes pèse le poids des traditions. Les femmes doivent retrousser leurs manches et utiliser un bras de levier.

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