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La femme abstraite
?Peut-être que je cherche une stabilité, mais pas une stabilité qui est fixe.? Pas simple à comprendre ! Rassurez-vous. Vous n?avez raté aucun épisode. C?est cela Nirveda Alleck. Un être ?rempli de contradictions.? Comme le thème de sa toute dernière exposition à la Citadelle : Présent Immobile. Alors même qu?elle est d?avis que ?le présent n?est pas immobile. Mais, on peut le concevoir ainsi même si ce n?est pas rationnel. Car, c?est la mémoire qui crée le temps?, assure l?artiste de 32 ans.
Nirveda est en quête de stabilité étant consciente que sa vie ?est un chaos permanent. Je me retrouve en face de murs. J?essaie sans cesse de m?y frayer un chemin.? En se lançant des défis. En cherchant toujours des techniques nouvelles. Parce qu?en art, on a besoin d?innover. ?Il ne faut pas se caser, et dire, moi, je suis peintre, toi, tu es sculpteur? On est artiste, point à la ligne.? Peintures, photos-montages, vidéos? En effet, Nirveda ne se met pas de barrières, bien que ce soit en peinture qu?elle s?est spécialisée au Glasgow School of Arts. Après une licence dans les beaux-arts au Michaelis School of Fine Arts à Cape-Town en Afrique du Sud.
Discrète, elle refuse l?excès d?éclat. ?Si je vois qu?une oeuvre devient trop jolie, je l?efface. Quand c?est trop esthétique, ça perd de sa valeur.? Un peu comme une femme qui se serait trop maquillée. De ce type de personnes, Nirveda dit garder ses distances. ?J?ai l?impression qu?autant d?heures, certaines passent à se maquiller, autant c?est creux à l?intérieur? C?est peut-être méchant, mais je forme une opinion sur une personne en à peine cinq secondes.?
?J?adore la période juste après une exposition. Vous revenez à la case départ. Vous pouvez prendre du recul, tout repenser, repartir du bon pied.?
En fait, Nirveda garde ses distances de tout le monde. Ses vrais amis, elle les comptent sur les doigts d?une seule main. ?Mes relations avec les autres peuvent être difficiles. Peut-être parce que j?ai tendance à tout analyser. A m?irriter facilement aussi. Car je me donne à fond dans ce que je fais, et j?attends que ce soit réciproque. Sinon, ou j?enrage ou je tourne le dos. Parfois les deux,? rit-elle.
Pour ces raisons, elle préfère opter pour le détachement. ?Je pense que c?est une méthode de défense pour ne pas avoir de déception.? Détachement envers ses oeuvres aussi. Elle évite, autant que possible, de rendre ses travaux trop personnels. ?Parce que tout le monde n?est pas intéressé par ce qui se passe dans ma vie.? Mais, surtout, parce que ?si je deviens sentimentale, je craque.?
Si vous lui demandez l?ouvrage qu?elle a préféré d?elle, elle ne saurait que répondre. Parce que ?une fois que j?ai fait un travail, je lui tourne le dos. Une fois que vous avez réussi à extérioriser une idée, il n?y a plus aucune raison de continuer à s?y attacher.?
Quoique. Une de ses installations, Sometimes, love is just not enough lui plaît toujours. Elle y met en scène deux mangoustes empaillées qui se sont suicidées avec lettre d?adieu à l?appui. ?Certains ont trouvé cela macabre. Mais, moi j?ai bien aimé. Je précise que les mangoustes étaient déjà mortes?, rigole-t-elle.
Professeur de dessin à l?école secondaire France Boyer de la Giroday à Plaine- Magnien depuis 2004, Nirveda y voit là un bon moyen de ?combler le fossé entre l?art et le public mauricien.? En montrant que l?art a sa place dans la société. Une première étape. Car, il en faut d?autres. Comme celle de mettre sur pied une galerie d?art. ?Ici, les artistes ne sont pas soudés. Il y a beaucoup trop de cliques. C?est dommage. Tant qu?il n?y aura pas une collectivité, il n?y aura pas de solidarité? Peut-être est-ce aussi parce que nous sommes trop peu nombreux qu?il n?y a pas de structure pour nous supporter.?
A ses élèves et à ceux qui veulent se lancer dans l?art, Nirveda les invite à ?avoir l?esprit d?initiative. L?envie de s?ouvrir au monde. Parce que le monde artistique est tellement grand. C?est la condition pour développer son imagination, innover.?
Présent immobile. Avenir mobile ? Nirveda n?y pense pas. L?avenir est un concept flou pour elle. Abstrait. Etant incapable de faire des plans à long terme. ?Je ne peux jamais dire: l?année prochaine, j?aurai une voiture, j?aurai une maison? J?ai du mal à visualiser cela.? En attendant, elle profite du temps présent, qu?il soit immobile ou pas. ?J?adore la période juste après une exposition. Vous revenez à la case départ. Vous pouvez prendre du recul, tout repenser, repartir du bon pied.?
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