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La farine de la Chine remise en question
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La farine de la Chine remise en question
«La République populaire de Chine entretient d?excellentes relations avec Maurice. Et c?est normal qu?on vous aide à garantir la stabilité du prix de la farine [?] La Chine attache une importance capitale à la qualité de ses produits et à la sécurité alimentaire », fait d?emblée ressortir Lin Hang, responsable des relations publiques à l?ambassade de Chine à Maurice.
Calme et posée, elle est loin du tollé que provoque le dossier de la farine chinoise. Pour elle, il faut surtout voir la détermination du gouvernement chinois de répondre à une sollicitation du gouvernement mauricien en vue de trouver un meilleur prix d?approvisionnement : « Nous avons servi de lien entre les Mauriciens et une minoterie dans la province du Henan à satisfaire la demande mauricienne. »
En effet, le prix de la farine chinoise est bien plus compétitif que celui proposé par le fournisseur local, Les Moulins de La Concorde (LMLC). Les chiffres parlent d?eux-mêmes. Les offres de LMLC, déterminées par le cours mondial actuellement frappé par une pénurie de blé, sont de $ 675 pour une tonne de farine de type A et de $ 681 pour une tonne de farine de type B. Celles du fournisseur chinois, Zhengzhou Jinyuan Flour Industry Co. Ltd, sont de $ 520 (type A) et $ 425 (type B). Ce qui permet au gouvernement mauricien d?économiser $ 155 et $ 256 respectivement sur chaque tonne des deux types de farine utilisés à Maurice (voir plus loin).
Dans sa réponse au Parlement, le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, explique qu?il a voulu éviter à la population une hausse de 73 % du prix de la farine. Et l?effet domino aurait fait le reste. Par exemple, le prix d?un pain maison aurait passé de Rs 2, 15 à Rs 3.
C?est pour éviter la colère du public déjà mécontent d?une série d?autres augmentations des denrées de base que le « caring government » (le terme est de Rajesh Jeetah) a entrepris des démarches auprès de l?Inde et de la Chine pour trouver un « meilleur deal pour le pays ».
Les règles du commerce international</B>
Interrogée, la direction de LMLC n?a pas voulu nous faire de commentaire à ce stade sur la démarche gouvernementale. Une assemblée générale se tient pour passer en revue toute cette épineuse question (lire hors-texte). On se rappelle qu?en au moins deux occasions depuis sa création en 1990, les offres de LMLC n?ont pas été retenues.
Selon un économiste, ayant travaillé au ministère du Commerce, la démarche du ministre Jeetah n?est pas condamnable en soi. « Les règles du commerce international sont bousculées en permanence par plusieurs facteurs. Le prix du blé a connu une envolée en raison des conditions climatiques. Si Maurice, se basant sur ses relations diplomatiques, peut arracher un meilleur deal en négociant directement avec les gouvernements des pays producteurs, alors pourquoi pas ? » Il rappelle par ailleurs que ce n?est pas nouveau à Maurice, et qu?à plusieurs reprises dans le passé, « Maurice s?est tournée, dans les années 70, vers d?autres pays amis, tels que La France et l?Australie. » Toutefois, les détracteurs du ministre Jeetah, dont les députés de l?opposition, évoquent que cela serait en contradiction avec l?esprit du Competition Bill, récemment voté.
Informations savamment distillées</B>
À bien voir, le gouvernement en négociant directement avec les fournisseurs étrangers, n?a pas inventé la roue, cela se fait partout au monde, de gouvernement à gouvernement pour les entreprises publiques ou privées. Mais ce qui a provoqué une polémique à Maurice, c?est des « informations » savamment distillées. Dans des salles de rédaction, ce singulier fax est tombé. Il s?agit d?une revue de presse de l?ambassade de France en Mongolie, cette République autonome située entre la Russie au nord et la Chine au Sud. Cette revue de presse contient un commentaire qui depuis alimente les débats sur la qualité de la farine chinoise : « L?augmentation du prix de la farine inquiète. En effet les Mongols ne peuvent répondre qu?à 30 % de leurs besoins et la mauvaise qualité de la farine chinoise, qui inonde le marché, nuit à la santé des Mongols. Cette farine chinoise, peu chère et de mauvaise qualité, n?est même pas consommée par les Chinois eux-mêmes. »
Cette information devient encore plus pertinente (ou pernicieuse) lorsqu?on apprend que le fournisseur chinois Zhengzhou Jinyuan Flour Industry, avec lequel Maurice négocie s?avère être celui qui exporte en Mongolie depuis 2003.
Mais la direction de la minoterie chinoise défend avec autorité sa réputation. « Adhering to the strategy of « Start at a High Point and Expand with Lower Cost, we are exported to Mongolia and Macao since 2003 and have won a good reputation among customers for the high quality. » À Maurice aussi, le sérieux de l?entreprise est mis de l?avant. Rajesh Jeetah a déclaré qu?elle s?est vu « attribuer le China Top Brand Award en 2004. » Il a par la suite demandé au leader de l?opposition s?il voulait assumer ses critiques quant à la qualité de la farine chinoise.
Suite à la polémique qui s?est ensuivie, une délégation mauricienne s?est rendue en début de semaine en Chine afin d?y effectuer un constat de visu. Elle s?y trouve encore. En compagnie des fonctionnaires du ministère du Commerce et des officiers de la State Trading Corporation, se trouve Nissar Ramtoolah, commerçant et président de la Jummah Mosque.
<B>Résultats attendus cette semaine</B>
Interrogé, il nous a fait la déclaration suivante : « Je fais beaucoup de commerce avec la Chine. Il faut éviter de faire des amalgames. En qui concerne, la farine que propose l?opérateur chinois, nous allons examiner toutes les conditions de fabrication pour nous assurer qu?il ne représente aucun danger. Personnellement, je vais rechercher le point de vue des autorités islamiques de ce pays pour nous assurer que cette farine est fabriquée selon des règles qui tiennent compte des préceptes islamiques en matière de sécurité alimentaire. »
Une lourde responsabilité repose sur les épaules des membres de la délégation. Leurs conclusions attendues cette semaine seront déterminantes pour la suite des événements?
<B>LMLC convoque une assemblée générale</B>
Suite aux récents événements, Les Moulins de La Concorde a choisi de convoquer une assemblée générale pour décider de la marche à suivre. La réunion des actionnaires aura lieu demain après-midi à l?auditorium Octave Wiehé. La non-acceptation des offres de la compagnie concernant l?approvisionnement en 2008 a eu des conséquences immédiates avec des implications financières importantes. En effet, les 25 tonnes de blé importées de l?Afrique du Sud en prévision de l?appel d?offres de l?année prochaine n?ont pu être vendues avant que le chargement n?accoste Port-Louis. Cette cargaison de blé est stockée dans les silos de la compagnie en attendant un développement qui pourrait se manifester sous la forme d?une vente ou bien de sa transformation partielle ou totale en farine pour le marché local. Les possibilités pour que des clients potentiels de la région en fassent l?acquisition sont minimes vu que la tendance des pays de la région tend à protéger leurs entreprises locales.
En Chiffres </B>
■ PRIX. </B>Majoration du prix du blé entre octobre 2006 et octobre 2007 : 80 %.
■ <B> CONSOMMATION LOCALE. </B>80 000 tonnes par an, dont 80 % de type A destinés à la fabrication du pain et 20 % de type B, une farine dont la qualité est plus raffinée et qui est consacrée à la pâtisserie.
■ PAYS FOURNISSEURS. Ils sont au nombre de dix depuis ces deux dernières années. La Chine est le dernier pays à venir s?ajouter à cette liste qui était déjà composée du Japon, de l?Italie, de l?Inde, de l?Australie, du Royaume Uni, de la France, du Canada, de la Thaïlande et de la Turquie.
■ STOCKAGE. 40 000 tonnes réparties dans 16 silos de LMLC.
■ IMPORTATION. De janvier à septembre 2007 : 130 tonnes ont été importées.
■ PRÉVISION MONDIALE.</B> Le conseil international des céréales (CIC) prévoit une baisse de la récolte mondiale par 7 millions de tonnes, d?où un renchérissement du prix sur le cours mondial.
■ SUBVENTION. </B>Rs 400 millions, telle est la somme prévue pour 2007.
<B>Les défis de la STC</B>
Après la signature d?un contrat avec le Zhengzhou Jinyuan Flour Industry Co Ltd, la State Trading Corporation (STC) aura à faire face à des situations nouvelles. La farine sera exportée dans des sacs de 25 et de 50 kilos. Se pose alors le problème de conservation du produit. Au cours de son transport, la farine en sacs sera confrontée à des conditions qui sont susceptibles d?influer sur sa qualité. En sus de cela, il faut considérer le temps que cette farine restera en stock avant qu?elle ne soit utilisée. Un problème de stockage pourrait ensuite se poser. Les silos de LMLC sont destinés au stockage du blé qui est transformé en farine, normalement selon la demande de la STC. Outre ce stockage de blé, LMLC a la capacité de stocker quelque 4 000 tonnes de farine. Le défi consistera à trouver des facilités de stockage pour quelque 12 000 tonnes, soit une consommation d?une quinzaine de jours.
La non-acceptation des offres de LMLC a entraîné un autre problème. Outre l?impossibilité d?avoir une farine relativement fraîche, le son qui est un sous-produit de blé, après sa transformation en farine, ne sera plus disponible comme cela a été le cas jusqu?ici. Ce sous-produit est utilisé dans la fabrication des aliments des animaux. Qu?il va falloir importer. Encore un autre dilemme à l?horizon?
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