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La famille de Bertrand Cantat se prépare à un procès en appel
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La famille de Bertrand Cantat se prépare à un procès en appel
Son visage ne trahit rien, le regard est comme absent. Comme le sont aussi ceux de la famille et des proches du chanteur. Procès médiatique, audience publique, mais peines privées, épreuves intimes. Ce jour-là, c?est dans la rue, loin des micros, que la mère de Marie Trintignant, son fils Vincent et l?aîné des garçons de Marie, Roman, sortis de la salle dès le prononcé de la condamnation, chuchotent leurs commentaires à ceux qu?ils appellent de leur téléphone portable.
C?est par la seule voix de Me Georges Kiejman, resté à Paris, que l?on apprend que Nadine Trintignant juge la condamnation «équitable».
C?est dans un couloir fermé à la curiosité des dizaines de journalistes présents que Danielle et Guy Cantat, les parents du chanteur, son frère Xavier, sa s?ur Anne, son épouse Kristina Rady et deux musiciens de Noir Désir laissent couler leurs larmes. Et c?est à leur avocat français, Me Olivier Metzner, qu?il revient d?annoncer, aussitôt le jugement prononcé, que Bertrand Cantat fera «a priori» appel de sa condamnation.
MOTIVATION ÉCRITE
«Selon l?opinion des juges, la culpabilité de l?accusé est incontestable. L?accusé comprenait ce qu?il faisait ? même si ? il ne voulait pas la conséquence de ses actes», avait déclaré le président du tribunal, Vilmantas Gaedelis, avant d?énoncer la peine retenue contre le chanteur. Cette formulation ambiguë a permis à Me Metzner d?observer que «le tribunal a reconnu que Bertrand Cantat n?avait pas voulu la mort de Marie. Mais il n?est pas allé jusqu?au bout de son raisonnement et il a prononcé une peine qui m?apparaît tout à fait excessive».
«Bertrand Cantat a toujours affirmé qu?il assumait sa responsabilité. Il continuera à l?assumer mais dans des proportions plus justes», a poursuivi l?avocat.
Si la défense du chanteur attend de recevoir la motivation écrite du jugement ? le tribunal dispose de quatorze jours ? avant d?interjeter appel officiellement, la décision semble acquise. L?enjeu, pour les avocats du chanteur, est d?obtenir devant la juridiction d?appel au moins une atténuation de la peine, au mieux une requalification en homicide involontaire par imprudence. Si elle est plus proche de la qualification juridique française des «coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner», elle en diffère nettement pour la sanction encourue : quatre années maximum d?emprisonnement en droit lituanien, contre quinze en France.
Selon Me Metzner, cette audience d?appel pourrait avoir lieu dans quelques mois, peut-être avant la fin du mois de juin. Toujours par rapport au droit français, la procédure évoque davantage la cour d?appel correctionnelle que la cour d?appel d?assises. Avec un nombre de témoins encore réduit, elle pourrait ne pas dépasser une ou deux journées d?audience.
Un autre élément est susceptible de donner une tournure différente aux débats. Le 1er mai, la Lituanie rejoint l?Union européenne avec les autres Républiques baltes, et plus rien n?empêchera les avocats français de plaider devant la cour lituanienne. Contrairement à Me Kiejman, qui, en obtenant du tribunal le statut de «mandataire» de la famille Trintignant, avait pu intervenir régulièrement dans les débats, Me Metzner était, lui, resté silencieux sur son banc, réservant ses conseils à l?accusé et à ses deux avocats lituaniens, Mes Viginijus Papirtis et Algirdas Matuiza.
L?appel pourrait donc conduire les deux avocats français à s?affronter dans le prétoire et non plus seulement par médias interposés. D?ici là, la famille de Bertrand Cantat, qui a loué un appartement à Vilnius, va continuer à se relayer au parloir de la prison Lukiskiu, où il est détenu depuis huit mois.
Lundi 29 mars, dans la cohue précédant l?audience, un photographe a saisi le geste du père de Bertrand Cantat, Guy, effleurant doucement le bras de Roman, 17 ans, le fils aîné de Marie Trintignant, qui le regardait sans hostilité.
Entre ceux qui sont «amputés de Marie pour toujours», selon les mots douloureux de Nadine Trintignant à la barre du tribunal, et ceux qui défendent «le droit à la vie» de Bertrand Cantat, comme la mère de ses enfants, Kristina Rady, l?a confié, la semaine passée, à l?hebdomadaire Le Point, la décision d?appel risque de suspendre quelques temps encore le sens de ce geste.
Le Monde 2004
distribué par The N. Y. Times Syndicate
par Pascale Robert-diard
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