Publicité

La faiblesse du dollar préoccupe les exportateurs

2 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>L?EVOLUTION</B> des taux de change a des implications diverses pour les entreprises. Selon qu?on est importateur ou exportateur, le mouvement des taux de change peut avoir des effets différents.

Les difficultés de la zone franche et quelques récentes fermetures sont partiellement dues au taux de change. Il est à craindre que ce facteur ne cause d?autres victimes prochainement.

La faiblesse du dollar américain affecte plus particulièrement les entreprises hongkongaises basées à Maurice et qui exportent exclusivement vers le marché américain. Entre mars et juin de l?année dernière, le dollar avait gagné environ Rs 2. Les spécialistes du marché voient dans cette hausse artificielle une tentative des autorités de porter secours aux entreprises hongkongaises et à toutes celles qui exportent vers le marché des Etats-Unis.

Cette stratégie n?a pu faire long feu car elle implique un coût conséquent pour la Banque de Maurice. Elle ne pouvait continuer pendant longtemps à soutenir le billet vert dont la valeur s?érode sur le marché international et qui se déprécie en plus localement à cause de l?excès des liquidités sur le marché.

Cette faiblesse du dollar semble devoir durer. Avec les élections présidentielles en ligne de mire, le président Georges W. Bush a tout intérêt à garder le dollar bas afin de doper les exportations et mettre du baume à l?économie américaine.

Malgré les promesses faites lors de la récente réunion du G7, les Etats-Unis poursuivront cette politique de monnaie faible. Le patron de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, l?a d?ailleurs avoué : un dollar faible est bon pour l?économie américaine, a-t-il déclaré récemment.

Outre la volonté avouée de garder le billet vert à un bas niveau, on ne voit pas non plus de signes démontrant une forte reprise de l?économie américaine. Les mauvais chiffres s?accumulent avec quelques trop rares éclaircies.

<B>Prix fixé en dollar</B>

Il n?y a pas que les exportateurs vers le marché américain qui souffrent de la faiblesse du dollar. Les entreprises de textile-habillement exportant vers le marché européen sont aussi touchées.

Comment ? François Woo, directeur de la Compagnie Mauricienne de Textile nous fournit l?explication :?Il faut savoir que tous nos concurrents asiatiques fixent leurs prix en dollar. Quand le dollar est faible, les prix asiatiques sont plus intéressants que nos prix en euro. Nos clients nous demandent d?ajuster nos prix à la baisse en fonction de l?évolution du dollar.? Un dollar plus fort aurait donc aidé à rendre nos prix plus compétitifs.

De plus, une appréciation du dollar par rapport à la roupie aurait également pour effet de faire apprécier davantage l?euro par rapport à la roupie. ?A Maurice, c?est le taux de change du dollar contre la roupie qui détermine les autres taux. Si le dollar s?apprécie contre la roupie, l?euro serait encore plus fort?, explique Daniel Ng, responsable de la trésorerie de la State Bank of Mauritius (SBM).

Pour ce qui est de la parité euro-dollar sur le plan international, les avis sont partagés. Pour certains, l?euro a déjà atteint son pic et ne devrait pas grimper davantage. Avant la réunion du G7, les marchés internationaux estimaient que l?euro pourrait atteindre 1,30 ou 1,35 dollar.

Mais la hausse de l?euro commence à préoccuper les exportateurs européens. L?Allemagne et la France ont récemment plaidé pour un euro plus faible. Des rumeurs concernant une éventuelle intervention de la Banque centrale européenne (BCE) ont aussi circulé.

De fait, l?euro a baissé pour tourner autour de 1,24 dollar. Pour certains, ce n?est qu?un repli et l?euro va se reprendre pour taquiner la barrière de 1,30. ?Le marché des futures est bullish sur l?euro?, observe Daniel Ng.

?Un euro à 1,30 est toujours d?actualité et il y aura peut-être une correction après. Les avis sont partagés?, estime Loganaden Sidam-baram, responsable de trésorerie à la Barclays Bank.

A Maurice, les opérateurs adoptent des positions différentes par rapport aux récentes évolutions des taux de change où le dollar s?est légèrement repris tandis que l?euro a perdu quelques points. Pour un cambiste d?un important groupe privé, ce mouvement a principalement été causé par un fond de pension qui a acheté pour 30 millions de dollars en l?espace de quelques jours.

?Cette légère hausse du dollar ne va pas durer. Le dollar restera faible tant que la Banque de Maurice ne décide pas d?intervenir?, soutient notre interlocuteur. Selon cet analyste, la majorité des importateurs locaux spéculent sur une baisse du dollar et n?en achètent pas pour le moment.

<B>Excès de devises</B>

Pour un autre cambiste, quelques importateurs ont acheté des dollars récemment de peur de voir le billet vert grimper davantage tandis qu?il s?approche de la barre des Rs 25 à l?achat. Chacun se positionne donc selon son opinion.

Le marché continue à être caractérisé par un excédent de devises car il y a plus de vendeurs que d?acheteurs. Le Syndicat des sucres a vendu d?avance ses recettes de la prochaine récolte pour profiter du taux favorable de l?euro. Le ralentissement économique a, lui, provoqué une baisse des importations et donc une demande réduite pour des devises. Il y a donc un surplus qui s?est accumulé.

Néanmoins, avec le léger repli de l?euro certains exportateurs de la zone franche préfèrent attendre une remontée avant de vendre. Il y a aussi le fait que les prochaines rentrées de devises dans la zone franche ne sont prévues que vers la fin de mars ou début avril. Il y a donc moins de ventes de devises tandis que, comme signalé plus haut, certains importateurs, anticipant une hausse, préfèrent acheter des dollars.

Ainsi, l?excédent sur le marché tend à se réduire. Avec le facteur local, il y a de fortes chances que le dollar remonte. Cette hausse sera renforcée si l?euro se déprécie.

Les spécialistes soulignent que cela fait un bon moment que la Banque de Maurice n?est pas intervenue sur le marché. Les chances d?intervention de la Banque centrale paraissent minces. Lors de son dîner annuel à la fin de l?année dernière, le gouverneur de la Banque de Maurice, Rameshwurlall Basant Roi, avait déjà attiré l?attention sur les limites de la Banque centrale. Il avait fait ressortir que dans une tentative d?éponger l?excès de liquidités sur le marché de devises, la Banque centrale avait acheté pour $ 500 millions de devises, somme équivalente à Rs 14 milliards. ?Jusqu?à quel point la Banque centrale peut-elle continuer à acheter des devises est une question complexe si on estime que le taux de change doit être maintenu à son niveau actuel?, avait déclaré le régulateur.

Les taux d?intérêt payés sur l?équivalent en roupies du montant de ses interventions représentent un fardeau pour la Banque centrale. Elle éponge le surplus de liquidités en émettant des Bons du Trésor et en injectant plus de roupies dans le circuit monétaire.

Du côté des banques, on argue qu?il y a tellement de liquidités en devises que les banques éprouvent des difficultés à respecter les ratios imposés par la Banque centrale elle-même. ?Il faut bien que quelqu?un nous achète ces devises. Cela ne peut être que la Banque de Maurice?, soutient un banquier.

Dans son dernier bilan semestriel, la Mauritius Commercial Bank (MCB) déclare avoir enregistré des pertes sur le taux de change en raison de la volatilité de la parité euro-dollar et en raison de son ?unusually large foreign foreign liquid assets?.

Par ailleurs, si jusqu?ici tout le monde vendait des dollars pour détenir des roupies en raison des taux d?intérêt plus élevé en roupies, les banques commencent à revenir vers des actifs en devises.

Le rendement des Bons du Trésor a chuté de 2 % environ car ils sont très prisés. Avec la baisse du porte-feuille de crédit, les Bons du Trésor représentaient une alternative de placement pour les banques. Mais avec la baisse du rendement à 7 % environ, le différentiel avec le taux à l?épargne a été ramené à 2 % environ. Les banques réfléchissent actuellement à des placements alternatifs et des actifs en devises est l?une des options.

Publicité