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La fabrique politicienne

20 janvier 2005, 00:00

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S?engager ? Ou demeurer simples spectateurs ? Ce sont les deux questions que se posent celles et ceux qui réflechissent à un éventuel engagement aux prochaines législatives. Une fois la réponse obtenue, il s?agit de choisir son camp. Dans ce dernier cas, Sutthyhudeo Tengur vient d?apporter un élément de réponse intéressant. Ce syndicaliste a, en effet, annoncé que sa participation au prochain rendez-vous électoral est soumise à une condition précise : le retour à un système éducatif élitiste. Outre le fait de confirmer que nos futurs ténors viennent du même creuset qui a alimenté la classe politique, la démarche de Tengur est une indication du type d?argumentaires qui sera mis en scène lors de la prochaine campagne électorale.

Le roman-feuilleton sera donc le même. En toute logique, nous serons cuisinés à la sauce de nos plats préférés : le travail contre le capital, les inégalités que reproduit notre système éducatif, la primauté d?une ethnie sur d?autres? Bref, d?une part, la confrontation entre les déçus de la politique de la majorité gouvernementale et du bérengisme et, de l?autre, ceux qui défendront et vendront un bilan. C?est toutefois dans la forme que les choses se passeront de cette manière. Dans les faits, selon toute vraisemblance, c?est à un fatras idéologique aux accents épidérmiques que nous assisterons.

Le sujet électoral a déjà été structuré pour cette lutte. Il n?aura rien à acheter ou à proposer sur un marché des idées résolument désert. Il lui faudra subir les mêmes antiennes et la même folklorisation de la scène politique. Pourtant l?enjeu est de taille. Et jusqu?ici ni les gouvernants ni les opposants n?ont su le formuler dans un contexte de modernisation et de restructuration économique. Or, c?est bien de cela qu?il s?agit. Peu importe que des individus, dont entre autres M. Tengur, soumettent leur engagement politique à la condition qu?ils soient perçus comme étant des mini-Etats, il y a une nouvelle guerre des idées à mener.

L?île Maurice a subi, et a réussi avec plus ou moins de succès, les examens de passage auxquels elle a été soumise par la Banque mondiale et le FMI. Aujourd?hui, c?est toujours en élève laborieux que nous respectons et appliquons les règles du commerce international telles qu?elles sont énoncées par l?organisme gendarme de la mondialisation, l?OMC. Nous portons tellement bien des visières que nous refusons même de réfléchir à une possibilité autre que ce qui est prescrit. C?est en cela que nous devenons un Etat docile. C?est de cette manière qu?un pouvoir peut finir par s?aliéner une partie importante de l?électorat.

Après avoir mené studieusement une politique libérale, avec une dose de social non négligeable, le pouvoir en place ne fait plus rêver. Il se refuse à inventer un discours susceptible de nous démontrer qu?il est capable d?une remise en question. Quant à l?opposition, elle a le beau rôle mais, même dans ce cas, son interprétation manque de relief. Le fait qu?elle va s?étoffer d?individus qui viendront chacun défendre sa chapelle n?augure rien de réjouissant pour elle. Au bout du compte, les fissures seront encore plus grandes. Dans son choix de candidats, l?alliance majoritaire, elle, n?aura rien d?autre à nous proposer que ces bien-pensants et politiquement corrects qui feront tout pour éviter de se mettre en porte-à-faux avec leurs dirigeants.

Entre-temps, prolifère un grand mal de la société mauricienne : la production politique de l?imbécillité. Celle qui quadrille et corsète notre imaginaire social et culturel selon les paramètres du prévisible et du préconçu.

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