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La doyenne de la ZF ferme ses portes

24 janvier 2006, 00:00

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Le laser a eu raison de Micro Jewels, la doyenne des usines hors-sucre de Maurice et travaillant exclusivement pour l?exportation. La technologie, consistant à percer des pierres semi-précieuses à des fins d?horlogerie, ne peut résister au raz-de-marée de nouvelles technologies dont le laser. Le précurseur de notre zone franche industrielle, M. José Poncini ne regrette rien et présente volontiers sa vision de la ZF de demain.

Il y a certes une raison ponctuelle aux difficultés rencontrées par la ZF de 1981. Il s?agit d?une récession économique mondiale. Il en existe une autre plus grave car permanente. Il s?agit de l?arrivée de nouvelles technologies rendant caduques celles désuètes. Il convient donc de toujours anticiper le vieillissement des technologies utilisées. Notre ZF aura toujours besoin de nouveaux souffles. La recherche est donc un élément incontournable. Prévoyant de longue date la fin de Micro Jewels, en dépit de son titre flatteur de ?doyenne de la ZF mauricienne?, l?industriel visionnaire qu?est José Poncini, crée Jewel Refindings, permettant à tout son personnel de passer du service d?une horlogerie désormais dominée par la technique du laser et de la montre à quartz à celui des accessoires de bijoux.

José Poncini s?attendait à la fermeture de Micro Jewels. Elle ne peut pas échapper au sort de Litronix et d?autres usines du même genre. Elle n?est pas dramatique car les employés sont recyclés et récupérés par Jewel Refindings. Il estime que la ZF est déjà, en 1981, un succès car elle a permis la création de 20 000 emplois productifs avec un nombre restreint de techniciens étrangers. Les inévitables problèmes de dentition ont été surmontés avec succès. Le rodage s?est bien passé. Il se réjouit plus particulièrement de l?épanouissement de jeunes talents, souvent insoupçonnés et qui réussissent à assurer adéquatement l?encadrement moyen sinon supérieur de nos unités industrielles.

La ZF demeure cependant un édifice fragile en 1981. Cela ne surprend guère José Poncini. Il sait que l?industrialisation hors-sucre de Maurice date de seulement une décennie et qu?elle doit lutter avec des pays ayant une expérience industrielle séculaire. L?implantation des premières expériences industrielles permet de créer de nouvelles. Il s?agit d?un effet multiplicateur bénéfique. Mais attention ! Les premiers acquis doivent être consolidés. Il faut surtout anticiper le vieillissement des technologies et les réactions néfastes des marchés extérieurs pour le pays.

José Poncini ne lâche pas du regard non plus les jeunes qui sortiront graduellement des collèges et de l?université. Ils sont des cols blancs en puissance. Il faut créer une zone franche de services à leur intention.

Sur le plan international, il faut anticiper des crises énergétiques en cascades, la vulgarisation des micro-processeurs, l?automatisation, la robotisation. Il tient la révolution des micro-processeurs pour la deuxième après celle de la vapeur. Elle changera la carte économique du monde industriel, prédit-il. Les Mauriciens doivent d?ores et déjà se préparer à ces bouleversements. Ils sont et de beaucoup plus importants que les guéguerres de politiciens, voulant nous faire croire que nous pouvons vivre en autarcie. Nous devons rester perméables aux grands courants mondiaux.

José Poncini se souvient comme d?hier des débuts de Micro Jewels, en 1965. Il fallait à l?époque prouver qu?une industrialisation hors-sucre et pour l?exportation est possible. De grands pontes du secteur privé ne pensaient pas ce projet réalisable. Les cyclones Alix et Carol prouvent à tous l?hyper-fragilité d?une économie basée sur la monoculture sucrière. Il faut diversifier. Les Prs Meade et Titmuss mettent en avant l?éloignement géographique de Maurice des principaux marchés mondiaux et prônent une industrie de substitution pour économiser les devises étrangères gagnées par le sucre. Ils ne font pas confiance en José Poncini quand celui-ci leur parle de produire hors sucre et pour l?exportation exclusivement. Ils lui disent : ?Descendez de votre nuage. Prouver que votre projet tient la route en le faisant fonctionner.? José Poncini pense à bon escient que la main d??uvre mauricienne peut, en étant moins chère, accaparer une partie de la production des pays industrialisés, ayant une main d??uvre plus onéreuse. Il invente alors le slogan : ?faire bouger la matière première plutôt que la main-d??uvre.?

Micro Jewels est, en 1965, un banc d?essai industriel pour la main d??uvre mauricienne. Les autres usines s?inspireront toutes de ses débuts et de son initiative pionnière. La doyenne de la ZF voit donc le jour avant même la création de cette ZF dans les années 1970-71. Micro Jewels ne dispose au départ que d?un certificat de développement. Elle a tenu le coup avant de succomber aux coups de butoir du laser et de la montre à quartz. Pas de drame en vue car la succession se passe comme une lettre à la poste. Micro Jewels meurt? Vive Jewels Refinding ! Encore fallait-il prévoir en 1981 ce que tant de nos industriels ont des difficultés à admettre 25 ans après.

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