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La douleur à vif dans ?Terre d?Orages?
Douloureusement captivante. Telle est l?impression que laisse Terre d?Orages. Tout y est. L?intrigue en particulier frappe dès le lever du rideau. Et tous les acteurs foulent le sol des planches du Théâtre Serge Constantin. Pour une soirée de gala vendredi dernier, le théâtre est pauvrement fourni. Mais qu?importe, place à une trame déroutante.
Terre d?Orages, adaptée du roman de Serge Ng Tat Chung, vibre. Grâce au talent des acteurs. Mais surtout, grâce à la profondeur de son intrigue. Le metteur en scène, Tico Soupaya, a choisi de nous faire voyager dans le temps. Pas seulement de nous retrouver sur ce domaine de la première moitié du XIXe siècle. Il fait aussi intervenir sur scène, des flashs back. Retour vers le passé.
Au départ, le spectateur essaie de comprendre pourquoi l?adulte Hubert de Maringaux (Alexandre Pisani), vêtu d?une soutane blanche, se lamente et livre ses peines et sa rage au vieil esclave Lesiméon (Tico Soupaya). Tout tourne autour du père d?Hubert, Louis de Maringaux. Dépeint par son fils comme un homme cruel envers les esclaves.
Hubert et Lesiméon occupent une place importante dans la pièce. Ils symbolisent le présent. Tout entamant le retour vers le passé, ils basculent tous deux dans un long monologue. Ce discours exprimant la peine, il perd de son dynamisme et prend peut être trop d?espace. Mais cette impression disparaît une fois le flash back mis en scène. Et là, Tico Soupaya parvient avec magnificence à faire revivre le passé sans jamais lasser le public.
Fabien de Comarmond est aussi sublime dans ce rôle de père intraitable (Louis de Maringaux), qui crache au visage de ses esclaves et les abreuve de jurons généreux. Il fait battre Lesiméon, sans aucune raison valable rien que pour le défier et maudit la semaine d?orage qui les « pisse » dessus. Il crache aussi sa bile sur le nom de la couronne d?Angleterre, vocifère contre son fils qui n?a pas les mêmes idées que lui. Sublime personnage qui tient le public en haleine. Que se passera-t-il dans cette pièce si intrigante ?
Cette pièce parle au nom des esclaves. De la liberté. Dense, elle dépeint un pan de la vie des colons et des esclaves qui cohabitent sur une île. Une maîtresse, Claire de Maringaux, se lie à un homme marié. Alors qu?un esclave découvre le jeu d?amoureux, celle-ci décide de lui faire crever un ?il. Tourment. Plongée dans un tourbillon, la famille de Maringaux se meurt peu à peu. Sandra O?Reilly interprète le rôle de Claire avec une aisance fascinante. Criant avec douleur, là où il le fallait.
Les acteurs sont convaincants. A tel point que le spectateur a l?impression d?être projeté dans le passé. Un passé trouble peuplé de hiérarchies et d?illogisme. La Fondation Spectacles et Culture a une fois de plus, démontré la puissance du théâtre. Que ce soit par le jeu d?acteur, comme par l?attention portée au décor.
Les dates de représentation sont le 26, 28 et 29 avril à 20 heures. Les billets sont à Rs 200. Une séance en matinée, soit à 14 h 30, se déroulera le 30 avril à Rs 150 le billet, disponible au théâtre.
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