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La difficile quête aux indices
Quatre jours après l?explosion meurtrière, qui a ravagé le complexe de Grand-Bay Store en tuant deux fiancés et blessant 13 autres personnes, les enquêteurs sont dans l?expectative.
Peu d?indices ont été recueillis jusqu?à présent, le foyer présumé de l?explosion n?ayant pas encore été atteint. Deux principales pistes restent privilégiées par les enquêteurs, notamment celles d?une explosion résultant d?un acte intentionnel ou accidentel. A ce stade des investigations, la thèse de l?acte terroriste est quasiment écartée.
Toutefois, les compagnies distributrices de gaz ménager, Maurigas et Elf Gaz Ltd, restent sceptiques. Elles estiment que le gaz ne serait pas à l?origine du sinistre.
Les policiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT), de la Criminal Investigation Division (CID) du Nord et du Central CID ont entendu à ce jour près de 80 personnes. Leurs témoignages sont loin de confirmer la thèse d?une explosion due au gaz. Une opinion partagée par ailleurs par Benoît Ducray, patron du restaurant La Langouste Grisée.
Dans une déposition consignée lundi, il a repoussé les allégations selon lesquelles une fuite de gaz provenant de son restaurant pourrait être à l?origine de l?explosion. Il ajoute que toutes les normes de sécurité y étaient respectées. Une affirmation corroborée par ses employés.
Un haut gradé de la MCIT confirme qu?aucun témoin n?a senti d?odeur bizarre : ?Les dépositions révèlent que nul n?a perçu de signes avant-coureurs. Personne n?a constaté quelque chose d?inhabituelle sur ou autour du lieu de l?explosion.?
Le mystère demeure donc entier, même si le gouvernement affirme officiellement que la thèse du gaz ménager est la plus plausible. Le gaz utilisé dans le système de climatisation ou pour créer l?ambiance dans les discothèques pourrait aussi être une cause possible d?explosion, a souligné le Premier ministre Paul Bérenger au Parlement mardi. Soulignons que ce gaz particulier n?émet aucune odeur. Pour les enquêteurs, c?est une piste qui reste sérieuse.
?Nous sommes toujours à la recherche d?indices probants qui nous renseigneraient davantage?, avance une enquêtrice de la Scientific Support Service. ?Pour l?heure, peu d?indices ont été recueillis?, ajoute-t-elle. Il faudra attendre encore plusieurs jours avant que le foyer de l?explosion ? probablement situé au premier étage du complexe ? ne soit déblayé.
Les commerçants s?impatientent
Cependant, vu l?état des lieux et l?instabilité de la structure épargnée, les enquêteurs préfèrent procéder aux fouilles avec la plus extrême prudence.
Hier encore, les diverses équipes de la police ont bénéficié du soutien de Marilyn Williams, Assistant Legal Adviser du Federal Bureau of Investigation (FBI) et de Dave Walsh, responsable de la sécurité à l?ambassade des Etats-Unis.
Ces derniers ont reçu l?ordre formel de ne faire aucune déclaration à la presse.
Ces experts américains procèdent à leur propre enquête préliminaire. Ils auront pour tâche de seconder un haut gradé du FBI qui arrive incessamment dans l?île. A l?ambassade des Etats-Unis, l?on observe la plus grande discrétion sur la personnalité de cet expert.
Les ressortissants américains se sont rendus, sur les lieux du sinistre. Il était 13 h 10. Accompagnés d?enquêteurs du Scene of Crime Office, du Forensic Science Laboratory et des éléments de la Special Mobile Force, ils sont montés au premier étage de l?immeuble pour prendre des photos et filmer les lieux sinistrés. La visite a duré près d?une heure. L?ambassadeur de France, Henri Vignal, s?est également rendu à Grand-Baie hier matin pour constater de visu les dommages.
Les commerçants de la station balnéaire, eux, commencent à montrer des signes d?impatience. Une partie de la route côtière et celle de La Salette reste toujours fermée à la circulation.
?Depuis le drame, c?est le désastre pour nous commerçants. Beaucoup de touristes sont présents, mais très peu d?entre eux osent s?aventurer sur le Sunset Boulevard et aux alentours. Nous enregistrons une perte d?environ 80 % de notre chiffre d?affaires. Pire, nul ne peut nous dire quand les autorités rouvriront la route?, déplore Laurent Michel, directeur d?une boutique sur le Boulevard.
L?ambiance était plutôt morose à Grand-Baie hier. Il y avait peu de monde sur les voies de ce qui est pourtant considéré comme la capitale touristique de l?île. ?Cet incident nous a quelque peu refroidis. Nous qui pensions vivre des vacances tranquilles dans un havre de paix. Cette explosion, dont la cause n?est pas encore déterminée, nous incite à la prudence?, explique Gregory Clark, un touriste britannique.
Les commerçants qui ont subi des dommages matériels vivent dans l?expectative. Leurs compagnies d?assurances respectives attendent les conclusions de l?enquête policière et de leur enquête interne avant d?examiner leur dossier de réclamation.
?Pour ce genre de perte, il est fort probable qu?elles feront venir des loss ajusters de l?étranger, plus habitués à de tels sinistres. Une fois la cause de l?explosion déterminée, il faudra examiner si les parties concernées sont assurées pour ce préjudice?, déclare un expert en assurances.
Une chose est sûre : la majorité des responsables des commerces qu?abritait le Grand-Bay Store veulent voir au plus vite la reconstruction du complexe.
UNIS DANS LA MORT
Emmy et Jean-François inhumés en début d?après-midi
■ Emmy Ng Saw Hang, 24 ans, et Jean-François Lew Teen, 25 ans, accompliront leur dernier voyage ensemble aujourd?hui. Ainsi en ont décidé les parents des deux fiancés. Le convoi mortuaire sortira du Kit Lock, à Port-Louis, à 12h45. Les jeunes gens seront enterrés au cimetière de Bois-Marchand, Terre-Rouge. Les fiancés devaient se marier l?an prochain.
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