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La descente aux enfers de Frédéric

13 mai 2007, 00:00

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Frédéric Lanfray n?était plus le même. Ses proches ne reconnaissaient plus, depuis des mois, le père dévoué et l?époux aimant qu?il était. Il se montrait souvent colérique, parfois violent. Les disputes, elles, étaient devenues quotidiennes. Frédéric avait fini par prendre une maîtresse.

Christelle, son épouse, voulait emmener ses enfants loin de leur père. Cette tension latente au sein du couple aurait pu connaître lundi une issue des plus tragiques. Elle illustre en tous les cas, une descente aux enfers d?un homme qui aurait préféré sacrifier ses enfants plutôt que de les « perdre ».

La dégradation de la relation entre les conjoints remonte à environ six mois. À cette époque, Frédéric, âgé d?une trentaine d?années et chômeur, trouve un emploi dans un élevage de poulet. Mais il devient au fil des semaines de plus en plus distant.

« On aurait dit qu?il avait la tête ailleurs. Il ne prêtait plus attention à ses enfants et à Christelle. Quand elle lui parlait, il répondait de façon brutale et partait aussitôt s?isoler dans un coin », confie un membre de la famille.

Absences prolongées

Frédéric se met aussitôt à rentrer tard sans donner d?explication. Bien décidé à savoir de quoi il en retourne, Christelle exige de connaître les raisons derrières les absences prolongées de son époux.

Frédéric lui avouera alors qu?il entretient une liaison avec une autre femme. Devant l?infidélité flagrante de son époux, Christelle avait menacé de le mettre à la porte de leur maison, à Vacoas, s?il ne mettait pas fin à cette relation. Mais son mari, qui ne voulait rien entendre, continuait à voir la jeune femme, sans même prendre le soin d?être discret.

Cette situation n?est pas sans provoquer de violentes disputes. Il faudra, à plusieurs reprises, l?intervention des frères de la jeune femme pour calmer les esprits. « Nu tu ti kone ki sityatyon la ti bien pa bon dan lakaz la me zamais nu pa ti pu kroir ki enn zafer koum sa kapav arriver », explique des voisins de la famille, habitués à la situation « difficile » du couple.

Et de confier que les difficultés de ce dernier auraient été exacerbées par la maîtresse de Frédéric : « Li finn tourn so latet pou ki li gagn lager ar so madam. » Les multiples tentatives des proches et des amis pour décanter la situation n?auront servi à rien?

Il a décidé de l?entraîner dans la mort

La crise entre les deux époux est arrivée à son paroxysme lundi lorsque Christelle, lasse de l?attitude violente de son mari, menace de déserter la maison avec ses enfants pour se rendre dans une antenne de SOS Femmes. Malgré son infidélité, Frédéric exige qu?elle reste, mais en vain. « Frédéric voulait continuer à vivre avec sa famille, tout en poursuivant ouvertement sa relation extra-conjugale. Christelle ne pouvait accepter cela et elle le lui a fait comprendre », lâche un collègue de travail du jeune homme.

Moins d?une heure avant que son épouse ne s?en aille définitivement, Frédéric, désespéré, demande à voir ses enfants « pour leur dire au revoir ». Mais Christelle autorise uniquement son fils aîné, Benoît, à partir voir son père qui se trouve dans la maison.

Celui-ci ne se doute de rien, même lorsqu?il sent une étouffante odeur de pétrole à l?intérieur. Ce n?est qu?en voyant son père jeter une allumette sur le liquide inflammable qu?il réalise ce qui se passe : Frédéric a décidé de l?entraîner, lui aussi, dans la mort.

Benoît tente de rebrousser chemin, mais il est retenu par Frédéric qui lui tient fermement le bras. Gagné par la peur, l?enfant se met à crier.

Plusieurs coups de sabre

En voyant les flammes s?échapper de sa maison, Christelle s?empresse de mettre ses enfants à l?abri tout en appelant à l?aide. « Elle s?inquiétait pour Frédéric, qui était encore à l?intérieur, parce qu?elle ne savait pas à ce moment-là que c?était lui qui avait déclenché l?incendie », explique un membre de la famille.

Alerté par les cris de sa s?ur, Laval Goorana, qui réside à proximité, s?élance à l?intérieur de la maison en feu pour porter secours à son beau-frère. Mais aussitôt le seuil de la porte franchi, Frédéric lui assène plusieurs coups de sabre, croyant que Laval voulait s?en prendre à lui. Ce dernier s?écroule, hurlant de douleur. Pendant ce temps, Benoît réussi à s?échapper.

Au même moment, le deuxième frère de Christelle, Gilbert, pénètre dans la maison par la porte arrière, et assiste, impuissant, à l?agression de son jeune frère. Il parvient tout de même à maîtriser Frédéric et à l?extirper de la maison, avant de porter secours cette fois à Laval, qui gît, sanglant, sur le sol.

Le début d?incendie sera maîtrisé quelques minutes plus tard. Réalisant la gravité de son geste, Frédéric implore le pardon des siens. Griève-ment blessé, Laval est transporté d?urgence à l?hôpital où il est admis au service des soins intensifs. Ses jours ne sont toutefois pas en danger.

Arrêté peu après par la Criminal Investigation Division, Frédéric a été traduit au tribunal sous une accusation provisoire d?agression et de crime d?incendie. Il a été placé en détention en attendant de comparaître de nouveau cette semaine. Interrogé par la police, Frédéric n?a pu expliquer son geste, soulignant uniquement qu?il « regrette d?avoir fait du mal à sa famille ». Les officiers en charge de l?enquête pensent également interroger sa maîtresse.

En attendant d?effacer les traces de cette après-midi tragique, Christelle et ses trois enfants ont élu domicile chez l?un de ses frères. « Il faudra sans doute quelques jours pour se débarrasser des traces qu?a laissées l?incendie dans la maison. Mais heureusement, les dégâts ne sont pas trop nombreux », nous laisse-t-on entendre du côté des frères de Christelle. Celle-ci s?affaire maintenant à prendre soin de ses enfants, « bouleversés » par les agissements de leur père.

En chiffres

■ 382. C?est le nombre d?enfants de moins de 16 ans qui ont été victimes de négligence de toute sorte uniquement entre janvier et avril 2005. Ce chiffre ne concerne, bien évidemment, que les cas rapportés à la police.

■ 38 enfants étaient, durant la même année, soupçonnés d?être en situation précaire, nécessitant de ce fait une aide urgente.

■ 55. C?est le nombre de mineurs qui auraient été victimes de multiples abus. Ce chiffre a connu depuis une nette hausse.

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