Publicité
La dernière virée de « Ti Barni »
Le 15 octobre, Vanmalah Saminaden et son époux Parsuramen, 57 ans, plus connu sous le nom de « Ti Barni », auraient fêté leur vingt-quatrième anniversaire de mariage. Mais Vanmalah ne saura jamais ce que son compagnon lui avait réservé comme surprise.
Samedi dernier, avant son rendez-vous avec la mort, « Ti Barni » laisse entendre à son épouse qu?il lui prépare une belle surprise. « Line dir moi li pou donn moi kado. Troi foi linn repet sa, apre linn riye », raconte Vanmalah, les yeux embués de larmes. Elle avait alors fait mine de ne rien entendre, pensant que son époux faisait encore une blague.
Assise dans son salon à La Caverne, elle jette un regard triste sur les murs gris que « Ti Barni » avait construit de ses propres mains. Il espérait bénéficier d?un prêt pour couler la dalle, et ainsi agrandir la maison. Des projets qui ne se concrétiseront jamais.
La quinquagénaire relate le dernier jour où elle a vu « Ti Barni » vivant. Ce 10 octobre, il est rentré vers 14 heures 30 de son travail dans un magasin de pièces de rechange pour voitures. En voyant sa fille unique Priscilla, 18 ans, brosser le pavage, il réprimande son épouse. « To fer mo tifi fer servant kissa ? », lui aurait-il alors lancé.
Il s?est vite calmé avant de déjeuner. Puis comme d?habitude, il s?est habillé pour sortir prendre un grog dans un bar à Solférino. Ce n?était un secret pour personne que « Ti Barni » avait un penchant pour la bouteille. D?ailleurs, il lui arrivait souvent de rentrer à la maison ivre mort, affirme son épouse. Selon elle, il n?a pourtant jamais découché, même quand il était saoul. « Kot li tombe, ninport kot li ete, li retourn lakaz, si le fo a kat pat. »
C?est pour cette raison que Vanmalah a pensé au pire en ne le voyant pas revenir au bercail le lendemain. « Mo finn dir Priscilla, zame to pou retrouv to papa. » Après la nuit blanche passée à l?attendre en se rongeant les sangs, elle se décide à signaler la disparition de son époux à la police, tôt le lundi.
Alertés, les proches se mettent à sa recherche dans les bois alentours, sur les berges de la rivière, en vain. Un témoin l?a vu prendre la route Vingta qui mène à la rue principale. Un autre affirme lui avoir donné les deux roupies qui lui manquaient pour se payer un verre de rhum. Puis, plus de traces de « Ti Barni ».
C?est un de ses neveux qui le retrouvera, allongé dans l?herbe sur les berges de la rivière qui coule à quelques mètres de son domicile, mardi après-midi.
Nu, ses vêtements posés à côté de lui, « Ti Barni » avait une blessure à la tête. D?après l?autopsie, la mort a été causée par une fracture du crâne. « Mo sir, zot inn batt li et zot inn vinn zet li isi », maintient Vanmalah.
Témoin de quelque chose qu?il ne devait pas voir ?
Encore sous le choc, les voisins et les proches ne s?expliquent pas les raisons de cette mort. « C?était un homme bien qui ne cherchait noise à personne », affirme Ganessen Saminaden, un de ses neveux. Son entourage se demande aussi si le défunt n?a pas été témoin de quelque chose qu?il ne devait pas voir. « Parfois ena dimounn lous vinn par la. Zot profite ki ena boi pou pike ou kas enn nissa », affirme un ami du défunt.
Les limiers de la CID de Curepipe ne négligent aucune piste. Comme l?interrogatoire de six personnes ne les ont pas éclairés davantage, les enquêteurs se penchent maintenant sur la thèse de l?accident. Il est possible que la victime, qui était sous l?influence de l?alcool, se soit blessé en tombant. Il se serait alors dévêtu pour prendre un bain dans la rivière. Seconde hypothèse : « Ti Barni » aurait glissé après s?être baigné dans la rivière. Ce qui expliquerait pourquoi il était nu.
Ce passionné de mécanique, incollable sur les pièces de rechange des voitures de la marque Volkswagen laisse un grand vide. Ses voisins ne verront plus sa frêle silhouette, juchée sur sa bicyclette noire, déambuler dans les rues de La Caverne.
Publicité
Publicité
Les plus récents