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La débrouillardise
Bien que son permis d?opération municipal l?autorise à sillonner la ville de Vacoas-Phoenix, Vimarlen Sabapathee campe généralement à l?intérieur du complexe The Regent. D?autres jours, il place sa vitrine sur le trottoir à l?arrêt d?autobus dit Savoy et peut ainsi mieux voir les usagers du transport en commun. Que le temps soit clément ou non, il est toujours là, fidèle à son poste. C?est que obligation fait loi. Il est marié à Dhanmawtee qui lui a donné quatre enfants ? Gemima, 20 ans, Jérémie, 18 ans, Sophonie, 15 ans, Emmanuel, 13 ans - encore tous scolarisés.
Mais chez cet homme de 47 ans qui habite la route Granum à Vacoas, obligation a toujours fait loi. En effet, il est né d?une famille très modeste. Son père était jardinier municipal et sa mère ?bibi dan lakour Blancs?. A eux deux, ils devaient subvenir aux besoins de leurs sept enfants. ?Monn viv enn lanfans difisil. Nounn touzour viv dan povrete. Monn al lekol dan povrete?. C?est en effet nu-pieds qu?il se rend à l?école mais cette réalité ne l?empêche pas d?étudier. Chaque après-midi, lorsqu?il rentre, il doit aller vendre les pistaches que sa mère a grillées, auprès des Anglais de la Royal Navy au Gymkhana. Le week-end, c?est à côté du cinéma Savoy qu?il s?affaire. ?Mo ti fer sa ziska 7 h - 8 h asoir e sa lepok la, pistas ti pe van cinq sous-dix sous?.
Il agira ainsi jusqu?à la fin de sa Form V. C?est la mort dans l?âme qu?il ne peut prendre part à l?examen de School Certificate et doit donc arrêter l?école. Il trouve alors un emploi dans une pharmacie et sa responsabilité est de placer les commandes de médicaments auprès d?un grossiste port-louisien.
?Ena dimounn ki sort depi Port-Louis pou aste mo pistas. Ena lezot kinn pas comand pou bann fami ki res La Réunion, l?Angleterre ek la France. Sa fer moi fier ki monn gaign lamin mo mama ki li inn appran sa ar so papa?.
Lorsqu?il se marie en 1986, son salaire mensuel de Rs 1 300 devient vite insuffisant. Comme la zone franche manufacturière est en plein essor, il prend de l?emploi comme clerc à l?usine Olympic Knits de Phoenix. Il passe rapidement surveillant. Malgré les heures supplémentaires obligatoires, Virmalen, qui est aussi connu comme Rajen, ne se plaint pas car son salaire est correct. Après cinq ans, il se laisse débaucher par l?usine Corona Clothing à La Brasserie où il est responsable du contrôle de qualité. ?Mo sitiasyon ti meyer sa lepok la parski mo ti pe gaign lao Rs 10 000?.
Mais au bout de 13 ans, cette entreprise connaît des baisses de commandes et se met à licencier progressivement ses employés. Vimarlen fait partie du troisième groupe de licenciés. ?Ti enn sok parski mo ti deza ena mo bann kat zenfan e ti bisin donn zot tout le necesser?.
On est alors en 2003. Le sort des usines textiles est des plus incertains et Vimarlen hésite à y retourner. Son désir est d?avoir sa petite affaire. Mais comme il n?est pas encore prêt financièrement pour cela, il se dit qu?il doit reprendre le chemin de l?usine. Il met six mois avant de trouver un autre emploi. Entre-temps, il est man?uvre maçon. Finalement, c?est chez Shibani Inwear où son épouse travaille déjà comme machiniste, qu?il est embauché comme superviseur.
Mais son idée d?être indépendant le taraude et au bout de deux ans, il claque la porte pour embrasser le métier de vendeur de pistaches à Vacoas où il y en a peu. Vimarlen fait les choses dans l?ordre : il se fait enregistrer auprès du Companies? Division pour obtenir sa Business Registration Card. Il se soumet à l?inspection des inspecteurs du ministère de la Santé pour avoir son Foodhandler?s Certificate et prend son permis auprès de la mairie de Vacoas-Phoenix.
Tous les mois, il se rend à La Marie où il achète dix balles de pistaches déjà égrenées en provenance de Madagascar qui sont apparemment ?plis gouté?. Il fait sécher en moyenne dix livres par jour au soleil avant d?y ajouter du sel et de la couleur et les faire griller. Cinq autres livres de granules sont grillées pour les clients qui sont au régime sans sel. Pour ces tâches-là, il sollicite l?aide de ses enfants quand ces derniers rentrent de l?école. ?Zot grogné. Zot dir : papi nou ena devoirs pou fer. Mo dir zot ki si zot anvi gaign sifisaman kitsoz, zot bisin ed papi. Zot fer li me zot grogne touzour?.
Tous les matins, il se lève à 6 heures et fait bouillir cinq autres livres de granules et des pistaches locales avec coques. Ensuite, vers 14 heures, il embarque sa cargaison et va l?installer dans sa vitrine à l?intérieur du complexe The Regent en attendant les clients. Ces derniers ne tardent pas à arriver. ?Ena dimounn ki sort depi Port-Louis pou aste mo pistas. Ena lezot kinn pas comand pou bann fami ki res La Réunion, l?Angleterre ek la France. Sa fer moi fier ki monn gaign lamin mo mama ki li inn appran sa ar so papa?. Tant qu?il n?a pas écoulé ses pistaches, il reste sur place. ?Bisin ena patiens, ena lamour e met nou mem ladan pou resi?. Il se fait un devoir d?utiliser des cuillers pour servir les pistaches en granules. ?Bisin ena l?hygiène koum sa dimounn pou vinn ver ou plis?.
Ce Pentecôtiste, qui suit des cours pour devenir pasteur, ne gagne pas des sommes folles. Son profit quotidien avoisine Rs 300. Mais c?est suffisant, dit-il, pour nourrir les siens. ?Mo pa kapav fer lekonomi me li sufi pou donn zenfan seki zot bisin?. Vimarlen est bien décidé à agrandir son petit business. Outre ce qu?il propose déjà à ses clients, il ajoutera bientôt des grammes bouillis. Il veut ensuite faire des essais et mélanger du chocolat à ses pistaches. ?Mo ena kamarad ki ena pâtisserie et ki travail ar socola. Mo pou get ar zot e fer bann essai pou gete si kapav fer pistas ar socola. Mo pou saye?. Il a aussi fait imprimer des cartes de visite qu?il va distribuer aux commerces et aux hôtels.
Toutefois, Vimarlen ne souhaiterait pas que ses enfants embrassent le même métier que lui. ?Mo pa finn resi al de lavan ar ledikasyon. Mo anvi mo zenfan resi...?
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