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?La Cène? selon trois bédéistes
Le Mois de la BD oblige, nous nous devions de mettre quelques? bulles dans notre quotidien. Ainsi avons-nous demandé à trois bédéistes, nommément Aude Gooly, Laval Ng et Evan Sohun, comment ils s?y prendraient pour retranscrire en bande dessinée La Cène de Sainte-Marie-des-Grâces, chef-d??uvre absolu et universel de la peinture, signée Leonardo da Vinci, (dont les dessins étaient récemment exposés au Louvre). De même pour la peinture Les Lavandières, de notre illustre compatriote, Hervé Masson, oeuvre reproduite sur un timbre de l?île Maurice?
Les trois bédéistes précités font partie de Ticomix, Aude Gooly étant jusqu?ici la seule femme faisant partie du groupe. Ils participent tous à leur organe éponyme, qui paraît par intermittence, et qui a vu le jour sous l?impulsion de Laval Ng. Ces dessinateurs ont tous bénéficié des divers ateliers sous la direction de maîtres français du 9e Art, mis en place, depuis 1999, par l?Alliance française. Le talentueux Laval Ng, est, comme nous le nommons, l?icône de la BD mauricienne. Qui, depuis son Prix de l?ambassade de France à Maurice en 2000, poursuit un tracé lumineux, tant sur le plan régional qu?international. Laval Ng, comme Aude Gooly est aussi plasticien. Evan Sohun, le benjamin de ce trio, qui a reçu le Prix de l?ambassade de France 2004 est caricaturiste à l?Hebdo.
Pour mieux appréhender la réponse de nos trois dessinateurs il convient de savoir que La Cène, exécutée de 1495 à 1498, a été commanditée par le Duc Sforza pour orner une paroi du réfectoire milanais des Dominicains. Cette scène, rapportée par Mathieu l?évangéliste, illustre le dernier repas de Jésus avec ses 12 apôtres. Au cours duquel Jésus remarqua, ?En vérité, je vous déclare, l?un de vous me livrera.? Judas, qui le livrait, questionna, ?Serait-ce moi, rabbi ?? Jésus répondit, ?Tu l?as dit !? C?était pour 30 piastres.
Pour l?exécution de l??uvre, Vinci renonça à l?habituelle technique dite a fresco. Il imagina sa manière totalement nouvelle. Mais son enduit ne résista pas à l?humidité. Ainsi, cette ?uvre est en constante restauration.
A notre question, Aude Gooly répond de manière générale. ?La Cène est un très bon point de départ pour une bande dessinée, pour raconter une histoire où il y a une action qui se déroule. Chacun exprimera quelque chose qui lui est propre, selon sa sensibilité. On peut partir de La Cène, et laisser libre cours à l?imagination. Certains voudront garder la scène biblique, d?autres voudront inventer un autre déroulement. Le grand maître et génie incontournable de la Renaissance, était un grand dessinateur. Je dirais qu?il est le précurseur des bédéistes, même s?il n?a pas pratiqué la BD telle qu?on la connaît aujourd?hui.?
Innovation dans les dialogues
Laval Ng cerne la question avec précision. ?J?aurais fait des recherches sur les techniques utilisées, pour comprendre ce qu?il a essayé d?exprimer à travers le mouvement des personnages, sa gestuelle. C?est un tableau très connu. Le peintre a réussi à développer le caractère des personnes, l?état d?esprit de Jésus rien qu?à travers les mouvements. On a l?impression que la scène se déroule actuellement, devant nous. Pour essayer de développer là-dessus, je ne me contenterais pas de le faire sur papier ou le faire publier dans un livre. Plutôt, je chercherais un bâtiment, un endroit, pas nécessairement religieux. Je le ferais de la même dimension que l?original.
?A partir de là, je découperais des cases dans le même format que la fresque originale. Pour rester dans le symbolique, je ferais 12 cases ? la même image découpée en 12 parties réaménagées. La même case peut revenir deux fois, pour que de mon côté, je puisse raconter mon histoire. Je ne mettrais pas de bulle. J?écrirais les dialogues juste à côté des images. J?utiliserais la technique que Léonard de Vinci a utilisée. Même si le tout devait s?abîmer très vite, comme dans son cas. Je resterais assez proche de l?Histoire, même pour le moment où Jésus sera trahi par Judas. La seule innovation serait dans les dialogues. Ils seraient en Latin et en Araméen, en clin d??il au film Passion de Mel Gibson.
Evan Sohun, lui, explique qu?il aurait traité La Cène dans un style humoristique, ?mais je n?aurais pas touché à Jésus, que je laisserais tel quel. Pour un autre personnage, j?aurais ajouté, par exemple, un gros nez. Judas serait dessiné avec une calculatrice. Saint Pierre, lui, parlerait à une poule, pour lui dire de ne pas chanter au lever du soleil. A Saint Thomas, je mettrais des lunettes. Pour l?apôtre qui a été crucifié la tête en bas, Pierre, on lui conseillerait de s?entraîner dans cette position, pour ne pas être asphyxié le moment venu.
?Pour les dialogues, j?aurais gardé celui où Jésus dit qu?il sera trahi. Pendant que les autres seraient en train de discuter au sujet de leur ration de pain : on aurait dû donner plus de bouffe que ça. Un personnage dirait qu?il manque du pain, tous tapant sur la table??
Pour ce qui est de Hervé Masson, il est assez méconnu de nos trois dessinateurs. Si Aude Gooly a eu l?occasion de voir la peinture originale en question, seul Laval Ng élaborera une réponse à la question posée.
?Je ne connais pas la peinture d?Hervé Masson, mais j?ai un vague souvenir du timbre. S?il fallait vraiment travailler sur ce peintre, ce serait une bonne occasion de le connaître, de découvrir sa technique, pour comprendre et apprécier sa méthode de perception. Puisqu?il y a ce timbre, j?aurais repris cette idée ; et à la place de vignettes traditionnelles, j?aurais découpé les cases comme des timbres, et les aurais placées dans un album. Puisque la lavandière l?a inspiré, j?aurais raconté une lavandière d?aujourd?hui.?
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