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La culture de la mort
<B>Par Touria PRAYAG</B>
Si c?est une blague, elle est de très mauvais goût ! Au moment où nous avons enfin un ministre de la santé qui paraît s?intéresser à notre santé. Au moment où nous avons une lueur d?espoir que l?action d?un ministre de la santé n?est plus axée sur les visites aux hôpitaux, suivies de scènes de colère orchestrées pour impressionner les mandataires, mais plutôt sur une politique de prévention. Au moment où on a l?impression qu?on veut ?uvrer pour réduire le nombre de fumeurs, les actualités télévisées de 19 h 30 du 4 mars 2008 nous annoncent, sans le moindre embarras, qu'une mission de prospection du Tobacco Board s'était rendue à l'île Rodrigues pour y relancer la culture du tabac ! Le Tobacco Board, paraît-il, a rencontré le Commissaire suppléant, M. Gaëtan Javemissar (que l?histoire de Maurice retienne son nom !) et a tenu une réunion d'explications aux planteurs rodriguais.
J?espère que les érudits messieurs du Tobacco Board n?ont pas oublié, pendant cette séance, d?expliquer ce qui suit :
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Que la culture du tabac est la culture la plus polluante au monde car elle requiert énormément de pesticides et de fertilisants. Où sont donc les verts fraternels pour faire un vrai geste fraternel envers leurs frères et s?urs rodriguais ? J?espère que M. Sylvio Michel, une fois rétabli de l?euphorie de la médaille, pourra se réveiller et lutter contre un projet aussi polluant et non fraternel.
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que cette culture inutile et néfaste occupera des terres fertiles de Rodrigues. A l'heure où il est question de crise alimentaire nationale, régionale et mondiale, des terres arables seront utilisées à des fins non productives et même destructives. Où est donc M. Johnson Roussety ? Souffrant du même symptôme d?euphorie que M. Michel ?
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Que l?Organisation mondiale de la santé (OMS) a ceci à dire : «Fumer tue, réduit la productivité économique et exacerbe la pauvreté.» Jusqu'à quand plaiderons-nous l?ignorance ?
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que la culture du tabac utilise plus d?eau. En ces temps de sécheresse, elle contribuerait ainsi à assoiffer encore plus les Rodriguais.
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que ceux qui travaillent dans le secteur du tabac sont souvent affectés par «la maladie du tabac vert» causée par l'absorption dermique de la nicotine par voie cutanée à la suite d'un contact avec des feuilles de tabac humides. Les symptômes courants varient de nausées, vomissements, malaises et vertiges, aux crampes abdominales et difficultés respiratoires et même cardiaques. Où sont, donc, nos médecins ?
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que selon une étude réalisée au Brésil, la culture du tabac exige 3000 heures de travail par hectare et par an, alors que la culture des haricots, par exemple, n?en demande que 298 heures. Faisons les bons calculs !
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que les effets neuropsychiatriques des pesticides organophosphatés sur les travailleurs du tabac sont très inquiétants. Des études préliminaires signalent une recrudescence de dépressions et de suicides chez les cultivateurs de tabac au Brésil. Où sont nos psychologues ?
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Que Maurice est signataire de la Convention Cadre pour la Lutte Anti Tabac qui recommande de trouver une culture alternative au tabac. Cela compte-t-il pour di ber ?
J?espère enfin que ces messieurs n?auront pas omis de rappeler que la culture du tabac est une cause de la faim dans le monde et que si elle a été transférée aux pays en voie de développement, c?est qu?il y a une raison pour ça. Acceptons-nous d?être la poubelle du monde ?
Si le ministre de la santé est sérieux dans sa lutte, il n?aura jamais une meilleure occasion de le démontrer. A vous, Monsieur le ministre.
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