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La croisade pour sauver la doyenne de nos lieux de culte (III)

19 octobre 2003, 20:00

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En l?an de grâce mil huit cent cinquante-deux, on décide l?agrandissement de l?église paroissiale Saint-François d?Assise jugée trop exiguë pour contenir la foule des fidèles du quartier de Pamplemousses. (voir l?Express des 6 et 13 octobre 2003).

L?agrandissement est d?autant plus nécessaire qu?en cette année 1852, le premier évêque de Port-Louis, Mgr William Collier, n?est pas encore en mesure d?anticiper la création d?autres paroisses dans le Nord, après celle de Sainte-Philomène à Poudre-d?Or en 1846. Ainsi, il faudra attendre l?arrivée de son successeur, Adrien Hankinson et l?année 1864, pour que Notre-Dame de la Délivrande à Montagne Longue et Notre-Dame de la Salette à Grand-Baie soient érigées en paroisses indépendantes de Saint-François d?Assise. Grand-Gaube, Rivière-du-Rempart et Terre-Rouge devront attendre, pour cela, les années 1915 à 1922.

Fort heureusement, l?agrandissement de Saint-François d?Assise ne devait en rien changer la façade et l?aspect original du lieu de culte. On décide simplement d?allonger l?édifice par l?arrière. Le chevet recule, le ch?ur se déplace, un second comble double celui existant sur les chapelles. On profite de l?occasion pour paver en partie les terrasses autour de l?église. L?abbé Colyar offre, de ses deniers, le maître-autel en marbre. Son successeur, le Père Thévaux, participe pour moitié aux frais d?acquisition des vitraux du sanctuaire. M. Fropier et Mme Christian Wiehe sont parrain et marraine de la nouvelle cloche remplaçant l?ancienne pesant 1 700 livres mais quelque peu fêlée. En 1858, la paroisse reçoit de Nantes une seconde cloche, pesant 2 000 livres. Elle lui coûte 5 000 francs. La première cloche appelant les fidèles aux offices existait encore en 1943, année du bicentenaire de la création de la paroisse. De petite taille, elle a dû appartenir à un navire ayant fait naufrage sur les côtes mauriciennes. Elle porte l?inscription : April 1734, Coombroon Willen. Cockell Agt.

L?agrandissement n?interrompt en rien l?embellissement de l?église. 1858 : nouvelle horloge. Mme Charles Féline offre les fonts baptismaux. La paroisse fait l?acquisition d?une élégante chaire. Fort heureusement, on renonce à la construction de bas-côtés. L?âge d?or se poursuit. En 1853, le terrain Vignes devient un nouveau cimetière. En 1860, on annexe au cimetière le terrain Bretagne. Au presbytère, on aménage trois pièces et une varangue à l?étage. Le clergé aussi s?agrandit. Le curé est l?abbé Michael Comerford, appelé à devenir plus tard le curé de Sainte-Thérèse d?Avila à Curepipe, puis vicaire général du diocèse de Port-louis. Ses deux vicaires sont les Pères Mitchell et Pastey. L?adjudication des bancs réservés rapporte, en 1859, 4 242 piastres, soit dix fois plus que celle de 1843.

Personne, à cette date, ne peut, bien sûr, se douter que Pamplemousses vit alors ses dernières années de prospérité. A partir de 1867, soit dans la décennie qui suit, le quartier commence à se dépeupler en raison d?épidémies répétitives de toutes sortes : malaria, choléra, variole. L?exode vers les hauts plateaux et les nouvelles localités de Moka et des Plaines Wilhems ne fait que commencer. Les cinq municipalités du dernier district comptent aujourd?hui une centaine de milliers d?habitants alors que Pamplemousses en compte que 8 000 habitants dont 1 563 catholiques.

On peut ajouter à la population catholique de cette localité un autre millier si l?on veut tenir compte des catholiques habitant dans les villages environnants faisant partie de la paroisse Saint-François d?Assise.

Un autre signe du déclin du quartier des Pamplemousses tient au nombre d?établissements sucriers tombant sous la juridiction pastorale de son curé et sur lesquels il pouvait compter en cas de besoins matériels. De 1867 à nos jours, c?est une douzaine de sucreries qui ont été centralisées sur Beau-Plan et une autre douzaine sur The Mount avant la fermeture et la centralisation de ces deux usines sucrières sur l?usine et centrale thermique de Belle-Vue Harel. Cette sucrerie a également absorbé une troisième douzaine de petits établissements telle ou telle époque, faisaient partie du territoire paroissial de Saint-François d?Assise.

Un défi à relever

Cette paroisse ne peut donc plus compter comme par le passé sur l?aide matérielle et financière mais combien précieuse d?une quarantaine d?établissements sucriers ni même sur celle de la dernière usine sucrière encore en opération dans le Nord. Le seul établissement sucrier du Nord, Belle Vue, est sollicité directement ou indirectement (par le biais de ses annexes), non seulement par toutes les paroisses chrétiennes du Nord mais encore par les responsables de bon nombre des autres lieux de culte des différentes religions (hindouisme et islam) pratiquées par les habitants des districts de Pamplemousses et Rivière-du-Rempart.

Les temps anciens sont donc révolus et chaque communauté de fidèles des différentes religions doit s?organiser pour faire face au coût croissant de l?entretien de ses lieux de culte. Ceux-ci sont, s?ils sont de construction récente, de dimensions plus modestes afin que leur maintenance demeure à la portée des seuls fidèles qui viennent s?y recueillir et s?y ressourcer. Le défi ne peut, en revanche, être relevé par les seuls fidèles dans le cas des lieux de culte de plus de 75 ans et construits à une époque où l?on ne disposait pas encore du béton armé ni des carreaux céramiques et autres matériaux de construction et de décoration inaltérables ou presque et à l?entretien pratique et peu onéreux.

C?est là où doit intervenir l?aide infiniment précieuse de toute la communauté religieuse et de ceux et celles que passionne la survivance de nos plus anciens bâtiments historiques et d?un patrimoine architectural que nous envient bien des pays de l?hémisphère sud. Ils ne sont pas nombreux ces derniers, en dehors de certaines régions côtières de l?Amérique du Sud, à pouvoir se prévaloir comme nous de lieux de culte chrétiens datant d?avant la Révolution française.

Il faut savoir que les travaux ont commencé en août dernier. Ils ont commencé par la toiture, devenue un panier percé. Certaines pièces de la charpente, mesurant 15 centimètres carrés ont dû être remplacées car abîmées par les infiltrations d?eau. Environ 20% des lattis ont été changés. De la tôle métallique, recouverte de tôle profilée, remplacera les bardeaux inutilisables ou presque. Il a fallu enlever le crépissage à la chaux des murailles, crépissage, ayant cloqué par endroits, permettant l?infiltration de termites. Les pierres semi-taillées des murailles extérieures seront décapées et ne seront pas recrépies. A l?intérieur, elles seront revêtues partiellement par une boiserie en méranti traité. De nouvelles fenêtres étanches remplaceront les anciennes devenues inutilisables. Le circuit électrique sera refait ainsi que les bancs.

Rs 11 milliions nécessaires

Les pierres taillées de la tour et de la façade seront également décapées. Les jalousies d?un clocher, devenu repaire de pigeons, seront refaites entièrement. La charpente des cloches sera consolidée et renforcée par endroits. L?horloge fonctionnera de nouveau. Les portes d?accès devront être réparées par endroits. Le terrassement extérieur sera complété. Une murette en pierres remplacera le grillage en fil de fer clôturant la cour de l?église. Celle-ci sera complètement réaménagée. Ces travaux ont été pris en charge, à prix coûtant, par General Construction Ltd.

Pour l?aider à répondre l?appel de son évêque, Mgr Maurice Piat, lui confiant la mission de sauver l?église de Pamplemousses, Henri Souchon a parfaitement raison de s?adresser à ses nombreux amis chrétiens ou pas, autrement dit à toute l?île Maurice car qui peut ne pas apprécier et vénérer notre Don Camillo national, si combatif alors qu?il se prépare allégrement à célébrer ses 80 ans le 4 mai prochain. Le plus beau cadeau d?anniversaire que nous pourrons lui offrir, à l?occasion de ses 80 ans, c?est justement de lui donner les moyens de rénover de fond en comble la doyenne de nos églises afin que celle-ci continue de nous émerveiller par sa beauté sobre et séculaire. Nul besoin d?attendre le 4 mai prochain pour cela.

Soyons le plus nombreux possible à envoyer, dès aujourd?hui, un chèque à l?ordre du ?Roman Catholic Diocese of Port-Louis?, commençant par un chiffre quelconque suivi par autant de zéros que nos moyens le permettent, à l?adresse du Père Henri Souchon, Cure de l?Immaculée-Conception, 17, rue Saint-Georges, Port-Louis. Répétons l?opération chaque fois que le souvenir de son dévouement inlassable et illimité nous revient à l?esprit. Et surtout ne manquons pas de le remercier de nous offrir une si belle occasion de participer au sauvetage d?un bâtiment historique en péril. C?est ainsi que nous parviendrons à réunir les onze millions de roupies nécessaires au sauvetage d?un lieu de culte construit par nos ancêtres en 1756 et qui reçoit chaque année des centaines de milliers de visiteurs admiratifs devant une telle continuité et devant un tel lien concret et vivace réunissant quatre siècles d?existence et d?histoire passionnantes.

(à suivre)


?Ils ne sont pas nombreux ces derniers, en dehors de certaines régions côtières de l?Amérique du Sud, à pouvoir se prévaloir comme nous de lieux de culte chrétiens datant d?avant la Révolution française.?

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