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La croisée des possibles...

31 décembre 2005, 20:00

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Attention 2006 ! Pour une fois, il y a consensus sur les dangers économiques qui nous guettent. Le ministre des Finances confirme, dans une interview publiée hier dans les colonnes de notre confrère « Le Mauricien », la situation difficile du pays. Son constat est aussi sévère que celui de Moody?s, agence internationale de notation de l?état de santé des Etats. Une analyse paradoxalement réconfortante...

Son « Je suis optimiste » est rempli d?espoir, de volonté et d?idées. Il a raison : le pays a déjà connu pire. Et on peut en effet s?en sortir si la responsabilité politique s?affirme non plus comme un simple slogan politicien, mais sous forme d?un message fort, galvanisateur, franc, direct, sans démagogie...

Après les pétards ce week-end, dès le 3 janvier, on paiera l?électricité plus cher. L?essence aussi augmentera. Les boulangers menacent de ne plus nous donner notre pain quotidien. Le lait, après une baisse brandie victorieusement par Rajesh Jeetah, est remonté, prouvant par là même que la raison est plus rationnelle que la passion... d?engranger des dividendes politiques.

La réalité, c?est qu?une par une toutes les courbes de notre économie passent au rouge. Comme si nous étions passés par un seuil optimal des échanges, de qualité de vie, et que ces différentes courbes plafonnent et désormais retombent.

Tout le monde est conscient que l?érosion de nos privilèges, sur lesquels on s?est reposé depuis notre envol économique des années 80, ne fait que commencer. Que le petit point que nous sommes sur la mappemonde risque d?être englouti sous les flots tumultueux de la mondialisation.

L?histoire récente du pays, a rappelé Sithanen, démontre que le pays a surmonté plusieurs difficultés économiques. Et si le pays s?est toujours relevé, mieux, est devenu un exemple de réussite pour d?autres petites économies, c?est grâce à ses hommes et à ses femmes, ses seules véritables ressources.

Mais pour placer l?individu au centre du développement, slogan galvaudé par tous les partis politiques, il s?agit d?abord de le conscientiser, de le motiver. Un individu, dans l?étymologie latine, c?est l?équivalent du grec « atome ». L?individu, c?est l?atome de la société. Et de même que l?atome est le plus petit morceau de matière qui puisse exister, l?individu est le plus petit morceau de société...

Et Maurice aujourd?hui a besoin de mobiliser ses atomes.

Dans cette mouvance unificatrice, potentiellement salvatrice, le retour au pays de nos compatriotes Maurice Lam et Ali Mansoor pourrait servir de déclic. Grâce à leur ouverture sur le monde, ils ont la capacité de secouer le cocotier et ses préjugés tropicaux, de nous faire penser autrement...

Il est grand temps que chacun retrouve créativité, courage et envie pour sortir de l?impasse rouge, pour réussir un nouveau rêve. Pour cela il faut des projets politiques plus solidaires. Chefs d?entreprise et militants syndicaux doivent trouver assez d?abnégation pour travailler ensemble. Burt Cunningham, le Mauricien de l?année 2005 de « l?express », n?est pas un Mauricien de naissance, mais il est un patriote qui mérite d?être encouragé. Et dire qu?alors qu?il permet à l?Etat de ne pas perdre des centaines de millions de roupies, ce Canadien d?origine, mais Mauricien de coeur, est constamment hué par des syndicalistes de la douane, qui n?hésitaient pas à afficher leur bêtise sur leurs viles pancartes « Cunningham Go Home ».

Aujourd?hui, confortablement installé à la tête du pays, après trois éclatantes victoires électorales, le gouvernement Ramgoolam a besoin de transformer, grâce à une prise de conscience collective, l?adhésion populaire en une cohésion déterminée. C?est fini le temps des cadeaux, c?est celui des épreuves.

Il faut cesser de chercher à rassurer la population, il faut au contraire l?électrochoquer avec la réalité des indications économiques et leurs inquiétants corollaires. Il faut copier l?audace de nos pères et inventer à notre tour une « nouvelle architecture de l?économie », de nouveaux pôles de croissance pour rester à flot, au lieu de nous chamailler entre nous ou de nous agripper désespérément à des régimes préférentiels. Il faut prouver au monde et à ses investisseurs que le diagnostic de Moody?s; loin de nous abattre, nous provoque...

A l?aube de 2006, nous nous retrouvons à la croisée des possibles. Le pire peut advenir. Le meilleur aussi, c?est tout le mal qu?on peut nous souhaiter.

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