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La crise des pouvoirs
Notre pays aurait-il perdu le sens des réalités et des priorités, voire de sens de direction ? Par moments, on a le sentiment qu?on est dans un pays de fous. Certains comportements des acteurs de la scène nationale révèlent un mal profond : une dépression sociale aiguë et la tentation d?un mode paranoïaque de l?exercice du pouvoir comme remède.
La bulle virtuelle des élites est en train d?éclater sous la pression des manifestations de plus en plus pressantes d?une société mal dans sa peau et atteinte dans son c?ur. Et la peur est en train de s?installer subrepticement. Ils sont de plus en plus nombreux à s?inquiéter de l?état de santé de notre société et des remèdes proposés.
Ceux-là sont déchirés entre la sourde révolte et l?impuissance devant ce qu?ils considèrent être l?inconscience de nos dirigeants. Cette inconscience renvoie-t-elle à l?égocentrisme aigu de trop de nos acteurs institutionnels ?
La crise que traverse le pays serait-elle aussi une crise de l?exercice du pouvoir avec une absence du sens de l?État et de l?intérêt collectif ? Après avoir pris une décennie de retard pour s?attaquer aux nombreux défis sociétaux, les acteurs du développement semblent vouloir encore gagner du temps. Soit pour satisfaire leur agenda personnel et/ou partisan, soit pour tenter une stratégie de survie individuelle.
Quand l?économie est en panne d?essence et que l?imposition sans discernement des pratiques de « good governance » risque de se transformer en sabot de Denver pour les entreprises, « business won?t be as usual ». Les adeptes du « buy time » sont-ils au moins conscients de cela ? Le tout n?étant jamais la somme des parties, la solution de l?ensemble n?est certainement pas « bef dans disab, sakenn get so lizye ». Quand finira-t-on avec « sakenn rod so bout, so patente, so permis » ?
Une lecture attentive des tendances de « lavi qui pé déroulé » indique que notre société va très mal. Elle n?est pas sous la menace d?une révolte sociale. Elle est minée par une dépression aiguë que l?on aurait tort de voir comme un simple effet de la crise économique. Sans doute, avec un meilleur confort matériel, une sécurité de l?emploi et des débouchés pour les jeunes, la société se sentirait-elle moins fragilisée, mais les problèmes qui provoquent son état dépressif n?en seraient pas réglés pour autant. Le malaise est plus profond. Et les politiques doivent savoir que les grandes espérances qui font vivre les peuples ne se décident pas par décret.
Le dépressif est incapable d?anticiper l?avenir, de faire des projets ; bref, il se laisse conditionner par les événements immédiats sans pouvoir les réfléchir dans une interaction cohérente de son histoire. Le déprimé ne parvient pas à rejoindre la réalité et se trouve bloqué dans une impuissance structurelle et a alors recours à des replis stratégiques pour s?aménager une existence purement individuelle dans un rapport très court au temps. Il a perdu le sens de l?Idéal, et de l?autre.
La méfiance face à la vie et face aux autres l?amène à des conduites de défi ou de désespérance. Toute lutte contre la fraude et la corruption doit tenir compte du fond social dans lequel elle a lieu. Fondamentalement, une société corrompue est composée d?hommes qui ne savent plus exercer leur liberté.
Les valeurs et les pratiques ? honnêteté et sens de la justice, équité, respect de la dignité de la personne humaine sont vitales dans cette lutte. Les tensions inutiles, les angoisses alimentées, la peur suscitée par des bas instincts ne sont pas les remèdes. Les exigences de l?heure ne sont pas le faux jugement, la pseudo-logique, la psychorigidité qui fait de chacun d?entre nous un têtu. Elles ne sont pas non plus la susceptibilité et l?orgueil. Elles sont encore moins la rigidité et le manque de souplesse qui font de nous des indociles et nous poussent à transgresser la loi, aller au-delà d?elle pour chercher ses limites. Notre salut à tous n?est pas dans la tentation paranoïaque mais dans une psychothérapie sociale.
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