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La créolité à l?honneur
Les ravanne et l?ambiance chaleureuse du séga étaient au rendez-vous hier matin. En effet, le coup d?envoi du Festival International Kreol 2007 a été donné à La Plantation, à Balaclava. Le thème de cette année : Kréolité, le Reveil. Et jusqu?au 8 décembre, l?île Maurice vivra à l?heure de la créolité, tout cela autour d?un programme d?activités étoffé.
Même si l?heure était à la réjouissance hier, tous étaient dans l?expectative quant à la portée du discours que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, allait prononcer. Cela dans un contexte où des requêtes ont été formulées pour que l?identité créole soit reconnue en tant que telle dans la Constitution en remplacement au concept fourre-tout de « population générale ».
Durant cette journée inaugurale, Navin Ramgoolam devait exprimer « toute sa sympathie » à la requête du père Jocelyn Grégoire et de la Fédération créole mauricien (FCM) pour que les créoles mauriciens soient reconnus en tant que tels dans la Constitution et non comme membres de la population générale. « Il (NdlR : Jocelyn Grégoire) a raison et il faudrait des amendements constitutionnels. Mais il ne faut pas que cela soit utilisé par d?autres partis à des fins de division. Je ne comprends pas ce que signifie population générale. Un créole doit être reconnu en tant que tel », a-t-il déclaré sous les applaudissements nourris de l?assistance.
Dans son exposé, le Premier ministre devait s?appesantir sur la citoyenneté et l?égalité des chances, et lancer que « chaque citoyen est un Mauricien à part entière et a les mêmes droits et les mêmes devoirs. On ne démarre pas sur les mêmes bases dans la vie, mais on doit avoir une chance égale. C?est pourquoi nous allons amener une loi sur l?égalité de chances. »
Le partage et la cohésion</B>
Poursuivant sa réflexion sur l?identité nationale, il devait rappeler que l?histoire de Maurice est composée de peuplements différents, mais « s?il y a une affaire commune entre nous tous, c?est la langue créole. C?est la langue qui nous unit et ajoute à notre cohésion sociale ». Et d?étayer sa vision d?une société où le vivre-ensemble ne serait pas basé sur le cloisonnement ethnique, mais sur le partage et la cohésion. « Maurice est comme un chantier avec le multiculturalisme, mais il nous faut aller vers l?interculturel », a-t-il souhaité.
Selon lui, le Festival Kreol est un tremplin qui va permettre la célébration de la créolité et la restauration de la confiance en soi et l?affirmation de l?identité créole. Pour illustrer son propos,
Navin Ramgoolam s?est référé à Guy Rozemont qui aurait été qualifié de « Créole soulard », victime d?une campagne visant à « étouffer sa personnalité ».« Or, Guy Rozemont avait décidé le lendemain de poser devant une barrique de vin au Mimosa et de faire des affiches dans lesquelles il déclarait être soûlard et créole et capable de les représenter », devait-il faire ressortir. Et de conclure qu?il « faut être fier de notre culture créole qui enrichit la culture mauricienne ».
Dans le même registre de fierté et d?affirmation identitaire, le vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, s?est également attardé sur le « réveil d?intérêt et de curiosité par rapport à la culture créole ». Un intérêt qui se manifesterait, selon lui, par l?existence de plus de 15 festivals à travers le monde. Mais aussi grâce aux nouveaux moyens de communication qui permettent aux populations du monde de s?intéresser à cette culture.
Xavier-Luc Duval dit, par ailleurs, trouver « dans la communauté un regain d?intérêt pour l?éducation, le business, les arts et la culture ». Définissant la créolité comme le métissage des cultures et des populations, il a expliqué que « lorsque quelqu?un me dit que je suis un créole, c?est le plus beau compliment qu?on puisse me faire ».
Il devait aussi souligner l?art de vivre créole qui s?exprime dans le quotidien et le vécu créole : sa cuisine, sa rougaille, le poisson salé, ou encore l?architecture créole incarnée par les maisons créoles.
Xavier-Luc Duval a aussi plaidé pour le regroupement de la grande diaspora créole, d?ici et d?ailleurs, pour la création d?un espace culturel d?échange. « Ce festival est un moyen pour nous de mieux comprendre la créolité et de partager les points communs des îles respectives où la culture créole jouit d?un grand respect. Ces personnes des autres îles devraient servir d?exemple puisqu?elles ont rejeté les complexes qui auraient pu exister. »
L?intervenant qui devait aussi galvaniser la foule a été sans conteste Dev Virahsawmy, présenté comme « pionnier de la valorisation de la langue créole et de l?introduction de la langue créole dans le système d?éducation avec le Bureau de l?éducation catholique (BEC) ». Il a présenté la langue créole qu?il préfère appeler « langue mauricienne » comme « l?élément authentique et dynamique de notre culture nationale ».
Dev Virahsawmy a déploré la non-reconnaissance institutionnelle du créole et a indiqué que le prévok BEC a prouvé que les enfants qui ont échoué deux fois au CPE peuvent lire et écrire dans leur langue maternelle en l?espace de trois ans et développer un niveau d?anglais qui serait l?équivalent d?un élève de Form III.
Par ailleurs, il a estimé que le réveil créole, c?est aussi le fait d?« ouvrir les yeux et ne pas faire comme le hérisson. »
D?autre part, des conférenciers locaux et internationaux ont également animé cette première journée.
<B>Un festival à plusieurs volets</B>
Le Festival International Kreol 2007 sera riche en activités qui visent à englober toutes les facettes de l?identité créole. Outre la conférence intitulée Kréolité, le Réveil qui a eu lieu hier, ce soir, à La Citadelle, un spectacle réunira douze créateurs mauriciens qui présenteront une collection mauricienne inédite autour du thème de la créolité. Un défilé de mode sera également au programme de cette soirée. Du 3 au 8 décembre auront lieu une soirée poésie, une autre consacrée à la musique, une nuit Raconte Zistoire, un All Night Concert et une journée Dimanche bor la mer.
L?autre moment fort du festival sera le concert qui durera toute la nuit du 8 au 9 décembre et qui verra la participation des grands noms de la musique locale, régionale et internationale comme La Compagnie Créole, Pearl Lama, Jean-Marc Volcy, Baster, Ziskakan, et d?autres artistes locaux comme Cassiya, OSB et Eric Triton.
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