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La course contre la montre de l?Union européenne

2 mai 2004, 20:00

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L?Union européenne a entamé dès le lendemain de son élargissement une course contre la montre de six semaines pour se doter d?une Constitution et d?un président de la Commission capable de piloter cette institution centrale.

Les chefs d?Etat et de gouvernement de l?UE n?ont pas voulu gâcher par des marchandages obligatoirement peu glorieux la fête du 1er Mai, qui a vu les drapeaux des 10 nouveaux pays membres hissés sous un soleil radieux dans la capitale irlandaise.

Mais le Premier ministre irlandais Bertie Ahern, qui préside pour l?instant l?Union, a annoncé qu?il commencerait dès cette semaine sa tournée des capitales pour tenter de dégager des compromis sur les deux dossiers qui doivent faire l?objet d?un accord lors du sommet européen de Bruxelles, les 17 et 18 juin. L?homme d?Etat irlandais, qui est renommé pour ses talents de négociateur, doit en effet réunir des consensus sur des sujets qui sont désormais en grande partie liés.

Sa tâche est quelque peu compliquée par l?activisme de l?insatiable Valéry Giscard d?Estaing, qui noue ses propres contacts avec les dirigeants européens et propose ses propres solutions, non sans irriter la présidence irlandaise. ?Sans vouloir l?offenser, M. Valéry Giscard d?Estaing n?est qu?un simple citoyen de l?Union européenne?, a déclaré le ministre irlandais des Affaires européennes, Dick Roche.

Il n?empêche que l?ancien président français a lancé un beau pavé dans la mare en suggérant dans une interview au Financial Times que le commissaire européen aux Rela-tions extérieures, Chris Patten, ferait un excellent président de la Commission. ?Il a le talent, les convictions et la position politique pour être un bon président?, a-t-il expliqué.

<B>Tractations pour le poste de président</B>

Il pourrait ne s?agir que d?une idée personnelle condamnée à l?échec, le conservateur britannique, qui est âgé de 62 ans, ayant à maintes reprises réaffirmé sa volonté de se retirer de la politique active pour écrire des livres, profiter de sa ferme-château du sud de la France et savourer sa fonction de chancelier d?Oxford en prononçant de beaux discours.

Mais l?ancien gouverneur de Hong Kong et ministre de Margaret Thatcher, que l?on voyait souvent blasé ces derniers temps, n?a pas exclu samedi d?accepter cette fonction. ?Personne ne m?a demandé si je voulais être candidat pour ce poste?, a-t-il déclaré à l?hebdomadaire Welt am Sonntag. ?Cela demanderait probablement beaucoup de conviction. Mais si on me le demandait, je devrais compter jusqu?à 100 avant de répondre.?

Il ne s?agit donc absolument pas d?un démenti et plusieurs diplomates soulignent que la ?sortie? de ?VGE? ne peut avoir été faite qu?avec l?accord du commissaire britannique.

Tous les responsables européens ont d?ailleurs remarqué que Chris Patten avait récemment multiplié les interventions. La semaine dernière, il a fait à Bruxelles un discours touchant à tous les aspects de l?avenir de l?UE, fait assez inhabituel pour ce spécialiste des Affaires étrangères. Certes, les jeux ne sont pas faits.

Son pays ne fait pas partie de l?euro, ses dons linguistiques sont limités, notamment dans la langue de Voltaire, et ses virulentes critiques contre l?intervention américaine en Irak ne l?ont pas rendu très populaire auprès du Premier ministre britannique Tony Blair.

Mais ce dernier pourrait voir en ce conservateur modéré le meilleur ?vendeur? de la Constitution européenne au Royaume-Uni dans le référendum à haut risque qu?il a décidé d?organiser.

?Il serait parfait pour cela?, a dit un diplomate, selon lequel les lacunes du commissaire britannique pourraient être oubliées sur l?autel de l?intérêt supérieur de l?UE.

Chris Patten n?a pas caché samedi sur les ondes de la BBC que, pour lui, les Britanniques se prononceront à ce moment-là sur leur appartenance à l?Union européenne. ?Je me demande simplement combien de temps nous pourrons poursuivre ce psychodrame dans notre relation avec l?UE.?

La sélection de Chris Patten résoudrait en outre le dilemme des conservateurs, le groupe qui devrait être le plus important dans le nouveau Parlement européen, qui cherche en vain une personnalité capable de représenter leurs couleurs.

<B>L?optimisme est de mise</B>

Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker s?est désisté, de même que l?ex-Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene. Le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel, est quant à lui affaibli par son alliance avec l?extrême-droite.

Les négociations sur la Constitution se tiendront parallèlement à ces tractations sur la Commission. Bertie Ahern s?est déclaré optimiste. ?Il y a tellement de travail que ce dont nous avons besoin dans une Europe élargie est un système qui nous permet de fonctionner?, a estimé Bertie Ahern.

En décembre dernier, les dirigeants européens s?étaient déchirés sur le partage du pouvoir, mais la défaite électorale de José Maria Aznar en Espagne a changé la donne. Son successeur, José Luis Rodriguez Zapatero, se montre désormais ouvert sur le principe de la ?double majorité? (50 % des pays représentant 60 % de la population) proposé par la Convention européenne présidée par Valéry Giscard d?Estaing.

Le président polonais, Aleksander Kwasniewski, dont le pays était lui aussi opposé à la proposition de ?VGE?, s?est montré très optimiste samedi. ?Un compromis est possible, nous sommes près d?un compromis intelligent.?

Valéry Giscard d?Estaing, encore lui, croit avoir trouvé la formule magique en permettant à un pays qui est mis en minorité de recourir aux règles de vote actuelles, qui favorisent les petits et moyens pays, dont l?Espagne et la Pologne.

Pour le Premier ministre portugais, José Manuel Durao Barroso, l?accord final ne fait aucun doute après les attentats du 11 mars dernier à Madrid. ?Les gouvernements ont besoin de bonnes nouvelles.?

<B>Religions

Bénédiction solennelle de la nouvelle Europe</B>

Les trois grandes religions monothéistes ont béni l?élargissement de l?Union européenne samedi alors que les Européens se déchirent sur l?inclusion d?une référence à Dieu dans leur Constitution. La très catholique Irlande, qui préside pour l?instant l?UE, a organisé une cérémonie inédite rassemblant les autorités des communautés chrétienne, musulmane et juive du pays pour marquer les festivités officielles d?adhésion des ?Dix?. ?Nous voulons accorder nos salutations les plus chaleureuses à tous nos frères et soeurs de l?Union européenne, particulièrement aux 100 millions de citoyens des 10 nouveaux Etats membres?, a déclaré le cardinal Desmond Connell. Peu importe que, dans l?enthousiasme de cet événement oecuménique, il ait ajouté 25 millions d?âmes aux 75 millions d?habitants des 10 pays, dans un geste qui n?est pas sans rappeler la multiplication des pains par le Christ. Les trois autorités religieuses ont lu des passages de la Bible, de l?Ancien Testament et du Coran avant de procéder chacun à la bénédiction solennelle de la nouvelle Europe. Les autorités catholiques ont profité de l?occasion pour faire une référence au sujet qui divise encore les pays de l?UE, l?inclusion d?une référence à Dieu dans la future Constitution. ?Nous vous invitons à nous rejoindre pour renouveler notre engagement à promouvoir une Europe dont les valeurs prennent racine en Dieu", a lancé le cardinal Connell. Plusieurs pays, dont la Pologne, militent pour une telle inclusion et le Vatican en a fait un de ses chevaux de bataille, mais la France s?y refuse avec la plus grande énergie. Pour certains responsables européens, il sera impossible d?aller au-delà de l?accord trouvé au sein de la Convention européenne, dont le projet de Constitution adopté en juillet 2003 fait référence aux valeurs ?religieuses? qui font partie de l?héritage européen.

Yves Clarisse

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