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La convoitise américano-britannique

10 juillet 2004, 20:00

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L?histoire du démembrement des Chagos du territoire mauricien en 1965, c?est d?abord celle de la militarisation de cette partie de l?océan Indien dans le contexte de la guerre froide. C?est aussi l?histoire d?un « chantage » dans le cadre des tractations entre l?île Maurice et la Grande-Bretagne pour obtenir l?indépendance.

Jusqu?à son annexion le 8 novembre 1965 au British Indian Ocean Territory (BIOT), les Chagos ont fait partie du territoire mauricien. Un comité d?élite, institué en juillet 1982 et présidé par le ministre des Affaires étrangères, du tourisme et de l?émigration d?alors, Jean-Claude de l?Estrac, a établi, de façon rigoureuse, les circonstances éhontées de ce démantèlement territorial.

Londres n?offrait pas d?autre alternative à la délégation mauricienne qui s?était rendue à la Conférence constitutionnelle de septembre 1965 pour discuter de l?indépendance : choisir entre l?excision de l?archipel des Chagos du territoire mauricien ou l?indépendance. « What is of deeper concern to the Select Committee is the indisputable fact that a choice was offered through Sir Seewoosagur to the majority of delegates supporting independence and which attitude cannot fall outside the most elementary definition of blackmailing », s?indignait le président du comité d?élite.

Le comité de l?Estrac ne manquera pas non plus de condamner au passage les membres de la délégation mauricienne qui avaient participé à la Conférence constitutionnelle de Londres, avec SSR en tête. « Even more strongly, the Select Committee condemns the attitude of the then Ministers who gave their agreement to the excision of the Chagos Archipelago and to its use for US-UK defence interests. »

« À cette époque on n?accordait pas d?importance à ces atolls », concède aujourd?hui encore Sir Satcam Boolell. Il est, avec le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, l?un des deux seuls délégués à la Conférence de Londres encore en vie. Mais contrairement à ce que disent les membres de la délégation mauricienne à la Conférence constitutionnelle de Londres, l?archipel des Chagos a toujours fait l?objet de convoitises pour des raisons géostratégiques. Déjà en mars 1786, il y avait eu une tentative infructueuse de la Compagnie des Indes de convertir Diego Garcia en base militaire.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l?atoll s?est avéré un précieux port d?escale. Située stratégiquement à 5 471 km de l?Afrique du Sud, à 4 200 km des côtes australiennes et à 3 000 km des pays du Golfe, Diego Garcia aurait inéluctablement une importance grandissante dans la géopolitique moderne. Ce qui allait être confirmé lors de la guerre du Golfe en 1990.

Depuis 1982, avec l?avènement d?un nouveau gouvernement MMM-PSM, Maurice n?a jamais cessé de revendiquer sa souveraineté sur les Chagos. Elle avance que le détachement de l?archipel en 1965 viole la déclaration 1514 des Nations unies de déc-embre 1960 et la résolution 2066 de décembre 1965. Celles-ci stipulent qu?aucun pouvoir colonial ne peut démembrer un pays avant de lui donner l?indépendance.

Depuis, Maurice n?a cessé de marquer des points diplomatiques sur cette question. À une conférence du Mouve-ment des non-alignés à Delhi en 1983, une centaine de pays ont reconnu la souveraineté de Maurice sur Diego.

Petit à petit, la revendication mauricienne a gagné du terrain, jusqu?en Grande-Bretagne même. Il y a trois ans, la justice britannique a invalidé l?Immigration Ordinance de 1971. Celle-ci autorisait la déportation des Chagossiens. Par conséquent, la Haute Cour de Londres redonnait aux Chagossiens le droit de retour dans leur île natale. La cerise sur le gâteau : le Commonwealth a vendredi désavoué le gouvernement britannique.

Au début de l?année, des juristes britanniques ont estimé que notre demande de souveraineté était fondée en droit et ils ont proposé une stratégie. Au début du mois, le gouvernement a étudié la possibilité d?avoir recours à la Cour internationale de justice sur la question pour un « avis consultatif », ce qui a suscité le courroux de Londres. Jusqu?ici la question de souveraineté a été discutée dans le cadre des relations amicales avec la Grande-Bretagne.

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