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La condition féminine dans ses étapes

7 mars 2004, 20:00

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RELEGUEE au foyer et toujours au second plan, la femme a longtemps été définie comme la ?femelle de l?homme? ou comme une ?personne du sexe féminin? avec l?enfantement pour rôle. Socialement, elle n?est rien sans l?homme. L?église avec son autoritarisme n?a pas beaucoup contribué en faveur de sa reconnaissance. Bien au contraire, elle l?a réduite à sa fonction biologique, qu?est la procréation, tout en alimentant l?idée de la suprématie de l?homme. Même libérée sexuellement, elle a encore du mal à surmonter le sentiment de honte qui continue à gouverner sa libido.

L?hostilité masculine, accompagnant souvent l?interrogation sur la condition féminine, a davantage envenimé la situation. Certains hommes de lettres, ouvertement sexistes, ont manifesté une certaine misogynie à l?égard de la femme, l?enfermant dans un ghetto féminin, et la réservant au ?repos du guerrier?. ?Les femmes, écrivait Sacha Guitry, semblent (même) supérieurement douées pour les fonctions qui coûtent de l?argent au lieu d?en rapporter.?

Emancipation lente

D?autres, s?appuyant sur les travaux des phrénologues, prétendaient que le crâne féminin, étant plus petit que celui de l?homme, symbolise un esprit amoindri. Schopenhauer disait que ?La femme est un animal aux cheveux longs et aux idées courtes?.

Dans certains milieux culturels, la place de la femme se limite encore au choix d?être au foyer et d?être domestique ou ouvrière. Dans le premier cas, elle est assujettie à la puissance maritale, dénuée de toute capacité juridique, confinée au monde des balais et chiffons dépoussiérants. (Remarquons que le féminisme ne rejette pas l?idée de la femme au foyer mais cherche à lui donner la liberté de choisir une activité). Dans le second cas, elle passe de la domination du chef de famille à celle du chef d?atelier, où à travail égal, elle gagne la moitié du salaire d?un homme. La France est l?un des premiers pays d?Europe à éliminer la disparité dans les salaires entre les hommes et les femmes dans les années soixante. Heureusement qu?elle nous a légué son Code civil de 1804 dans son intégralité !

A Maurice, aujourd?hui, les choses ont changé. Les médias ont beaucoup sensibilisé la femme et ont contribué à la libérer du joug conjugal. Les spots publicitaires en témoignent. D?autre part, notre Code du travail garantit le droit solennel de la femme au travail, avec une égalité des salaires (même si dans la pratique c?est tout à fait autre chose), allant jusqu?à lui accorder des congés de maternité. Les critères d?embauche ne sont plus à caractère sexiste. On peut voir des femmes mauriciennes même dans la force policière. D?autre part, depuis 1948, elles jouissent d?un droit de vote ainsi que celui d?être candidates aux élections. Etant numériquement supérieures, elles représentent la majorité de votants.

Partout ailleurs dans le monde, on a vu la femme s?émanciper et progresser. En Inde, en 1966, une femme devient chef d?Etat pour la première fois dans les annales de la politique. Elle se nomme Indira Gandhi. En France, même si l?émancipation féminine est née avec la Révolution française (Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, d?Olympe de Gouges, 1791), il faut attendre 1945 pour que la femme obtienne son droit de vote, faisant de l?Etat français le dernier pays d?Europe à ramener la femme à la vie politique. Les deux premières femmes sous-secrétaires d?Etat en 1936, Mmes L. Brunswicq et Joliot-Curie n?avaient même pas le droit de vote.

L?inquiétude persiste

Il faut attendre 1972 pour que la Polytechnique française accueille la première femme (Anne Chopinet, major de sa promotion). Et c?est en 1974 seulement qu?on voit la première femme française, Arlette Laguillier, se présenter à la présidentielle tandis que Simone Veil devient la première femme ministre dans le gouvernement de Jacques Chirac. En Amérique, en 1974, pour la première fois, une femme est élue gouverneur (Connecticut). En Angleterre, un an après, Margaret Thatcher devient la première femme leader du Parti conservateur.

A Maurice, l?année 1975 est décrétée ?L?Année de la femme?. Le Premier ministre d?alors, Sir Seewoosagur Ramgoolam est honoré : il reçoit le prix des Droits de l?Homme pour ses efforts en faveur de l?émancipation de la femme. Il est clair que l?esprit de notre Constitution aussi refuse la discrimination entre l?homme et la femme, en ce qui concerne les droits. Néanmoins, si la conception de la femme a beaucoup évolué depuis, sa condition inspire toujours des inquiétudes. C?est pourquoi, cette Journée mondiale de la femme que nous célébrons aujourd?hui doit être est une invitation à la réflexion afin que nos mères, s?urs, femmes et filles cessent d?être le sexe faible destiné au service des hommes.

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