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La colère des pêcheurs
par Jean-Denis PERMAL
Les pêcheurs professionnels sont bien décidés à faire entendre leur voix. Ils étaient environ 800, hier, à participer à une assemblée générale spéciale au Centre social Marie-Reine-de-la-Paix. Il ont continué par une marche de protestation jusqu?au bureau du ministre de l?Agro-industrie et de la Pêche, Arvin Boolell.
La pomme de discorde : la nouvelle formule d?allocation de mauvais temps. Celle-ci divise le pays en quatre zones : Nord, Sud, Ouest et Est. Ainsi, s?il fait beau dans le Nord et que le temps est inclément dans le Sud, seuls les pêcheurs de cette région auront droit à l?allocation mensuelle.
Auparavant, l?allocation de mauvais temps était accordée de la même manière sur toute l?île. De plus, la nouvelle formule appliquée depuis le 1er juin tient en compte l?état de la mer au lieu de la vitesse du vent.
A la suite de la protestation de pêcheurs professionnels, Arvin Boolell a reçu à son bureau six représentants des pêcheurs. Il leur a expliqué que la décision d?appliquer cette nouvelle formule émane du bureau du directeur l?Audit. L?objectif est d?utiliser l?argent dédié à cette allocation de façon judicieuse.
Les pêcheurs professionnels ne partagent pas cet avis. Ils affirment que depuis que cette nouvelle mesure est appliquée, certains d?entre eux ont vu leur allocation diminuer de Rs 2 000 à Rs 145 par mois. D?autres ont touché Rs 400. Pour eux, cette allocation de mauvais temps est un moyen de joindre les deux bouts. Il s?agit plutôt d?une allocation de subsistance.
C?est du moins l?avis du syndicaliste Jack Bizlall qui est venu soutenir les pêcheurs dans leur revendication. «Tant que le ministre Boolell ne nous reçoit pas, nous allons rester devant son ministère», lance le syndicaliste, devant environ 300 pêcheurs massés au rez-de-chaussée du Reganaden Seeneevassen Building.
Quelques minutes plus tard, Arvin Boolell, accompagné de policiers, se fraye un chemin parmi les pêcheurs. c?est à ce moment qu?il invite six représentants des pêcheurs à une réunion à son bureau. Il leur fait comprendre qu?il ne reculera pas sur cette décision.
L?argent du contribuable
L?information est communiquée à Judex Ramphul, président du syndicat des pêcheurs. Il conseille aux membres de garder leur calme et de rester mobilisés jusqu?au 1er septembre. «C?est un ultimatum qu?on lui lance. S?il maintient sa décision, nous allons manifester dans la rue pour réclamer sa démission», déclare ce pêcheur de Bain-des-Dames. Il affirme que les pêcheurs professionnels ne peuvent pas payer pour toutes les promesses électorales du gouvernement. «Nous comprenons que la situation économique est difficile. Mais il faut admettre aussi que les pêcheurs ne mènent pas la belle vie. Cette allocation équivaut pour nous à une pension alimentaire.»
Judex Ramphul estime que toute décision doit être prise en accord avec les pêcheurs. «Pendant trop longtemps, on a pris les pêcheurs pour de l?argent comptant. Notre situation s?est détériorée. Nos enfants n?ont même pas les mêmes perspectives d?emploi en raison des préjugés. Le temps est venu pour qu?on ne fasse plus confiance aux politiciens.»
De plus, arguent ces professionnels pour insister sur la gravité de la situation, d?autres pêcheurs, à l?instar de ceux de Trou-aux-Biches, ont été poursuivis pour avoir bloqué des travaux de nettoyage du lagon.
Au ministère de la Pêche, on affirme que le ministre a animé plusieurs réunions avec les associations des pêcheurs à propos de cette allocation nouvelle version. Arvin Boolell leur a fait comprendre que la décision d?appliquer cette formule a pour but de faire une utilisation judicieuse de l?argent du contribuable.
Le ministère débourse annuellement environ Rs 95 millions pour des allocations de mauvais temps. La nouvelle formule concerne plus de 2 000 pêcheurs de Rodrigues et de Maurice.
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