Publicité
La clochardisation et l?ancien bureau du PTr
Par
Partager cet article
La clochardisation et l?ancien bureau du PTr
Ils sont une soixantaine de clochards nocturnes à errer dans les rues du Port-Louis, en 1981. Population fantôme le jour, ils prennent possession de la rue à la tombée de la nuit. Qui sont-ils ? Ils viennent de partout. Chacun a son histoire à raconter à qui veut l?entendre. Ils dorment à la belle étoile. S?alimentent comme ils peuvent. Ils se savent exclus, bloqués derrière des portes qui ne s?ouvrent jamais, derrière des bras qui ne les accueillent jamais. Ils ne sont pas assez nombreux pour inquiéter les autorités ni pour empêcher les bien-pensants de dormir du sommeil du juste.
Depuis mai 1978, un centre d?accueil fonctionne au Port-Louis. Le club de la Jeunesse Indépendante crée à leur intention le centre ?Pas zis pou nous?. José Allet réalise, pour l?Université de Maurice, une intéressante étude de la clochardisation à Maurice. Une enquête, menée sur le terrain, de novembre 1979 à avril 1980, la précède. Quelque 27 jeunes de l?IDP l?effectuent. Depuis juin 1980, trois jeunes de Caritas entreprennent une action d?accompagnement auprès des clochards. Ils maintiennent un contact régulier avec une vingtaine d?entre eux.
Rien n?est jamais acquis avec les clochards. Toute réalisation, tout progrès, peut être remis en question du jour au lendemain. Quand le clochard ne change pas d?avis sans prévenir, un autre se charge d?anéantir un début de réhabilitation. Et tout est à recommencer. Vol, troc ou perte, difficile de démêler le vrai du faux. C?est le royaume du mythe et de l?affabulation. Ils sont par excellence des non-relationnels, des hommes brisés, parfois irrécupérables. Nos jeunes de Caritas réussissent parfois à faire admettre un clochard dans un hospice ou de lui obtenir une pension. L?important c?est le contact établi. Le pire des clochards sait, s?il le veut bien, qu?il existe une porte à laquelle il peut frapper, à toute heure du jour et de la nuit, et que toujours elle s?ouvrira. Si ce n?est pas la fin du tunnel c?est déjà une lueur d?espoir au creux de la pire désespérance.
L?objectif fondamental demeure d?offrir sans tarder à tout clochard, le désirant, l?assistance morale voulue, à travers une relation teintée d?amitié, de rétablir autant que possible sa dignité humaine. La plupart des bénévoles agissent par conviction religieuse, sinon évangélique. Mais jamais de prosélytisme et le minimum possible de morale. La méfiance est de rigueur au sein de la cloche, surtout à l?égard de la police et des journalistes.
José Allet recense 121 clochards à travers l?île, dont 64 au Port Louis et 39 aux Plaines Wilhems. Les plus de 60 ans sont une trentaine. Une soixantaine ont entre 50 et 60 ans. Une quarantaine d?entre eux sont récupérables, à ses yeux. Le plus grand danger, selon lui, serait les jeunes en voie de clochardisation. A la genèse de toute clochardisation, il y a un rejet, familial ou conjugal. Sept sur 10 interrogés avouent s?enivrer volontiers. Peu de drogués en revanche. Un sur cinq ont pourtant un emploi à plein temps et un sur sept à temps partiel. La plupart sont ou ont été mariés et ont plusieurs enfants.
Il existe pourtant une Maison de la Solidarité au Port Louis mais les clochards n?y ont pas accès car elle se veut le point de ralliement des principales fédérations syndicales de 1981. Il s?agit d?une initiative de la Fédération des Syndicats des Corps Constitués (FSCC) de convertir en ?Solidarity House? une partie des bureaux de la Fédération des Syndicats du Service Civil, à l?étage d?un immeuble, situé à l?angle de La Chaussée et de la rue Célicourt-Antelme. Au rez-de-chaussée de l?immeuble se trouve la bijouterie Boodhoo. Ces locaux ont ceci de particulier et d?intéressant qu?ils ont abrité, après la Seconde Guerre mondiale, les bureaux d?Emmanuel Anquetil et de Guy Rozemont.
Dans son inoubliable livre consacré à Emmanuel Anquetil, Rivaltz Quenette parle de Ramoo Sooriamoorthy qui a le rare privilège de partager avec Emmanuel Anquetil le minuscule local du 18 de la rue Rémy-Ollier. Il s?agit d?une chambrette dont le loyer est payé par des associations ouvrières, dont la Mauritius Engineering and Technical Workers Union. Le mobilier fait défaut. Retnon Mareemootoo, qui tient, au 22 de la rue Farquhar, un salon de thé, offre une table et deux bancs, jugés inappropriés pour la clientèle par les autorités sanitaires d?alors. Voilà le premier mobilier du Parti Travailliste.
Après la victoire électorale du Labour en Angleterre, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Emmanuel Anquetil estime qu?il est nécessaire d?améliorer les infrastructures du PTr mauricien. Il obtient du Dr Sylvain Piarroux qu?il finance le loyer d?un nouveau local à l?étage de l?immeuble situé au 12 de La Chaussée et y place un nouveau mobilier. S?y installent le PTr, de nombreux syndicats et de jeunes intellectuels devant plus tard, fonder, avec Marcel Cabon et Guy Forget, le cercle Rémy-Ollier.
Après avoir servi de berceau aux pionniers du syndicalisme, le siège de la FSSC sert de berceau, en 1981, à la création d?un mouvement syndical plus solide et mieux structuré. Le siège de la FSSC abrite aussi les bureaux de l?Organisation de l?Unité des Artisans, la Telecommunications Workers Services Union, la Deputy Head Teachers Union, une association d?anciens fonctionnaires. Ce local a précédemment servi de restaurant et de salle de réunion.
Publicité
Publicité
Les plus récents