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La climatisation vous rafraîchit en réchauffant la planète
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La climatisation vous rafraîchit en réchauffant la planète
Jour après jour c?est désormais la même antienne : «pas d?amélioration pour demain». C?est-à-dire en nouveau langage météo «pas de baisse de température». Et après-après-demain ? Gêne. Les prévisions saisonnières sont compliquées. On aura «peut-être une baisse des températures à partir du 15 août», dit Dominique Escale, prévisionniste à Météo France. Peut-être. Car, officieusement, certains experts sont plus pessimistes. «Il n?y a aucune amélioration à attendre dans les jours et peut être les semaines qui viennent», finit par lâcher un spécialiste sous le couvert de l?anonymat. En attendant, l?Europe sue à grosses gouttes. Et l?atmosphère est de moins en moins respirable. Hier, le niveau de pollution dans l?agglomération lyonnaise a franchi le «seuil d?alerte européen» fixé à 140 µg/m3 d?air. De quoi amener le président du Conseil national de l?air, Jean-Félix Bernard, à demander aux pouvoirs publics la généralisation des expériences de gratuité des transports en commun et des contrôles de vitesse plus stricts.
Sans le savoir, les adeptes de la climatisation participent à l?inexorable réchauffement climatique. Jean-Louis Plazy, directeur adjoint de l?air et des transports à l?Ademe, est bien embêté. «Pour faire du froid, il faut absorber de la chaleur dans la pièce à rafraîchir, et la rejeter quelque part.» Et ce quelque part, c?est notre atmosphère. Selon le bon vieux principe du «rien ne se perd, rien ne se crée», lorsqu?on retire des calories d?une pièce ou d?une voiture, on les transfère ailleurs, c?est-à-dire à l?extérieur. Un phénomène bien connu des cyclistes qui pédalent à côté de voitures climatisées.
C?est un fluide réfrigérant qui joue le rôle du transporteur de calories. Les fluides sont principalement des hydrofluorocarbones, les HFC, des gaz qui, une fois relâchés dans l?atmosphère, ont un pouvoir réchauffant très fort. «Les systèmes par compression fuient toujours un peu, notamment dans les bâtiments en fin de vie.» Par comparaison, quand 1 gramme de HFC est délivré dans l?air, cela correspond à 1 300 grammes de CO2. Les chercheurs travaillent donc actuellement à des systèmes à base de dioxyde de carbone, 1 300 fois moins réchauffant, mais aucun produit ne sera prêt avant des années. Et, à ce moment-là, que fera-t-on du parc déjà équipé en clim HFC ? Aujourd?hui, les bâtiments neufs intègrent un système réfrigérant dans les locaux en dépit du fait qu?il augmente la consommation d?électricité de 20 % à 50 % selon les surfaces.
Autre cauchemar pour la planète : la climatisation automobile. Celle-ci est devenue incontournable : 3 véhicules sur 4 en sont équipés aujourd?hui, et 9 sur 10 le seront en 2010. Du fait de leur conception, les climatisations installées sur les voitures fuient beaucoup et rejettent beaucoup de HFC. Défaut supplémentaire, elles coûtent cher : du fait de leur poids, les climatisations augmentent la consommation des véhicules en carburant de 20 % à 30 %.
Seule option pour prévenir les méfaits de ces outils rafraîchissants : ne pas les utiliser. Un effort à fournir inadmissible pour la plupart des gens. «Il va falloir s?adapter aux fortes températures et y mettre du sien pour ralentir le réchauffement climatique : se déplacer avec les transports en commun au maximum, ne pas acheter de véhicule climatisé, même si cela devient impossible. Imaginez qu?en Inde et en Chine, bâtiments et véhicules commencent à être climatisés...», déplore Olivier Louchard, membre du Réseau Action Climat (RAC). Les malheureux militants n?ont pas d?alternatives réjouissantes. «Quand on a connu ce confort, on ne revient pas en arrière. Pourtant, il le faudrait, pour les générations futures.» Quand on étouffe sous 40 °, les générations futures semblent malheureusement bien loin.
Laure NOUALHAT
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