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La Cité Interdite de Zhang Yimou

24 mai 2007, 20:00

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On se demande quel pays autre que la République Populaire de Chine pourrait avoir les ressources humaines pour ce genre de production. La toute première séquence de La Cité Interdite nous fait assister au lever des servantes du palais impérial : quelques milliers de (belles) jeunes femmes réveillées au son de cloches en bois, qui sortent du lit, se coiffent et s’habillent en faisant toutes les mêmes gestes simultanément, dans une chorégraphie bien réglée et ponctuée par le son des cloches. Ce n’est qu’une mise en appétit, la visite aux appartements de l’Impératrice / Gong Li en passant par les couloirs du palais, est une véritable orgie pour les yeux. Intérieurs grandioses somptueusement décorés, costumes magnifiques, coiffures élaborées, bijoux, parures, etc. On devine le long travail d’une véritable armée d’ouvriers hautement qualifiés. Le cinéaste Zhang Yimou ne néglige aucun coin de l’écran et utilisant au mieux la profondeur de champ, il parvient soit à faire ressortir le gigantisme des décors, soit à donner cette sensation d’enfermement et d’étouffement. Tout, dans cet univers rouge et or, est luxe (ostentatoire), drame et subtilité et tout se déroule dans un univers clos, réglé par les rituels de la cour ; un peu comme dans Marie – Antoinette. Sauf qu’à côté, le film de Sofia Coppola a l’air d’un “film fait à la maison”.

Ce film de sabre est l’adaptation d’une pièce de théâtre dont l’action se situait à l’origine dans les années 1930. Zhang Yimou et ses co-scénaristes ont reculé l’action d’à peu près un millénaire pour l’installer dans la Chine du Xe siècle. Un empereur / Chow Yun Fat qui fait empoisonner à petites doses son épouse l’impératrice / Gong Li qui elle-même ourdit un putsch contre l’empereur. Leurs trois fils sont rivaux (interprétés par Jay Chou, Liu Ye et Qin Junjie), divisés soit par leurs loyautés, soit par leurs intérêts personnels. Et, les personnages secondaires que sont le médecin impérial, sa fille (Li Man) et son épouse se verront pris au piège des évènements. Trahisons, vengeances, complots, inceste, meurtres : certains parleront d’intrigues byzantines, d’autres plus érudits penseront à Hamlet, devant les indécisions du deuxième fils. Les intrigues passent à travers les rituels du palais, d’où leur importance et donc la séquence du début. Très réussi dans son écriture, La Cité Interdite est également, le film le plus équilibré de Zhang Yimou. Après Hero et Le Secret des Poignards Volants, il parvient (malgré quelques brefs passages un peu lourds) à faire coexister drame et action alternant séquences intimes et scènes de bataille spectaculaires. L’attaque nocturne des ‘commandos’ de l’empereur est exemplaire en ce sens.

Le scénario évitant toute caractérisation, on s’interroge jusqu’à la fin sur les motivations des personnages. Malgré l’excellence de toute la distribution l’attention reste alors focalisée sur l’affrontement entre Chow Yun Fat et Gong Li. Le premier est superbe dans son personnage de grand monarque, tout en masculinité bourrue avec un côté sinistre, mais on se souviendra surtout de sa collègue. Photographiée sous tous les angles, Gong Li porte bien son titre d’impératrice, radieuse de charme, belle et fatale. Le personnage est à la fois tragique et chargé d’érotisme et l’actrice est fascinante ; passant avec brio l’épreuve des gros plans, elle pourrait être la Dietrich ou la Garbo de notre époque.

La Cité Interdite est un film à voir sur grand écran, l’industrie cinématographique chinoise espèrerait ainsi faire échec au dvd pirates. Chez nous, les copies du film sont déjà en vente sur les trottoirs. Pourquoi ne pas sanctionner également les acheteurs ? Après tout, ces derniers sont bel et bien complices d’un délit.

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