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La cité en dérive

22 novembre 2003, 20:00

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Entre dérision et indifférence, les citadins assistent impuissants à la dégradation continue de l?administration municipale. Le MMM est le premier responsable de cette décadence. Il vient d?être victime, une fois de plus, des effets pervers de sa démagogie représentative mais il s?enfonce toujours davantage dans les marécages d?une stratégie communale de distribution des rôles qui emprisonne nos villes dans la gangue de l?incompétence gestionnaire et les étouffe dans les boursouflures du crétinisme glorifié. Les dirigeants politiques sont en train de tuer l?administration régionale, il faut dénoncer ce crime.

Il le faut d?autant plus que le pays vient de franchir une étape qui est censée démontrer que le mérite et la compétence en politique importent plus que le profil et le poids ethnique. Mais le comportement de la direction du MMM et les agissements personnels de son leader dans la sélection des chefs politiques de l?administration municipale contredisent souvent le principe déclaré. Les critères de méritocratie et de performance qui sont évoqués au MMM pour justifier la place et le rôle de Bérenger commencent et s?arrêtent avec lui. Pour les autres, tous les autres, ministres, maires, seules comptent les considérations de partage et de balance ethnique. Quitte, en l?occurrence, à abandonner nos villes entre des mains inexpertes et malhabiles ? ne parlons pas de têtes !

Ce jeu n?est pas totalement nouveau. Depuis l?arrivée partielle du MMM à la direction des villes en 1977, ce parti s?est montré soucieux d?assurer un certain équilibre de représentation sur l?ensemble du territoire municipal. Les dirigeants politiques avaient cru sage d?exprimer ainsi la prise en compte de toutes les sensibilités culturelles des administrés. Mais l?expérience pratique a démontré qu?en réalité, les citadins ? la grande majorité d?entre eux ? s?en moquent éperdument.

Ce que les administrés cherchent, ce qu?ils apprécient, c?est un bon maire, un gestionnaire compétent, capable de produire des résultats, d?améliorer la qualité de leur vie. Rajesh Bhagwan, maire de Beau-Bassin-Rose-Hill, un homme de terrain et d?action, peut témoigner de l?accueil qui lui fut fait par ses administrés, lui, premier magistrat improbable des villes-soeurs. C?est qu?en ce temps-là, le jeu communal cherchait à s?accommoder aussi de quelques exigences de performance ou d?expertise. Moins maintenant. D?abord, beaucoup de gens de qualité ont déserté les conseils municipaux devant l?envahissement vociférant de la médiocratie politicienne. Ensuite le critère communal est devenu le facteur déterminant et presque exclusif. À quoi s?ajoute maintenant la représentation des quartiers. On n?est plus maire pour diriger la ville, on veut devenir maire pour représenter son quartier !

Cette dérive risque de s?amplifier. Il y a rarement, dans les conseils municipaux, de chefs capables de tenir les équipes, d?orienter l?action municipale, et le cas échéant, de tenir tête aux commissaires politiques des partis qui se mêlent de tout. Comme la preuve a été donnée que n?importe quel quidam peut s?installer dans le fauteuil du premier magistrat de la ville, l?offre de service s?est multipliée. Pourquoi pas moi, représentant du quartier de la Folle Espérance, pourquoi pas moi, habitant de la rue des Bons Profils. Pourquoi pas ?

La majorité gouvernementale devrait repenser sa stratégie. Outre l?embarras politique et le ridicule des tractations annuelles qui entourent la sélection des maires, le système va à l?encontre de la volonté déclarée du régime d?accorder plus d?autonomie aux conseils municipaux. À partir de l?année prochaine, il y aura un nombre plus grand de maires, il y aura donc encore davantage de tensions, de chantages, d?exacerbation du sentiment communal même si l?opération doit désormais avoir lieu tous les deux ans. Il faut aller plus loin.

En raison même des nouveaux pouvoirs qui seront dévolus aux conseils municipaux, grâce à une réforme voulue par le gouvernement, du fait de la responsabilité accrue qui reposera sur les épaules du maire, il aurait été dans l?intérêt de tous de changer le mode d?élection du maire. Un maire élu au suffrage universel, au sein de l?équipe victorieuse aux élections municipales, épargnera aux citadins comme aux dirigeants politiques le pénible spectacle de la division, des marchandages, des promesses, des séquestrations. Dans des circonstances normales, il devra exercer un mandat de cinq ans.

L?amendement qui a été proposé et qui prévoit un mandat mairal de deux ans reste dans la logique d?un partage communal dont on voit bien qu?il n?est satisfaisant pour personne. Il l?est d?autant moins que la sélection est tributaire de considérations politiques subjectives et conjoncturelles. Il serait sain que le choix des partis soit validé par les administrés, les dirigeants politiques conservant en amont le pouvoir de sélectionner les mairables. On peut compter sur eux pour veiller à l?équilibre global de la représentation mairale. C?est possible et, dans une certaine mesure, souhaitable.

Mais si la sélection passe par la compétition démocratique, on peut espérer une amélioration des propositions de candidature. Sûrs d?eux et dominateurs, les dirigeants politiques ont souvent imposé aux conseils municipaux des choix d?un cynisme révoltant. Leur souci majeur, on le sait, c?est de régler les problèmes de partis, de concilier des impératifs de stratégie électorale ? du moins c?est leur espoir ? sans obligation de résultats administratifs, sans considération pour les citadins. Si les dirigeants politiques croient que certains de leurs nominés sont effectivement capables d?administrer les villes, de gérer des budgets de plusieurs centaines de millions de roupies, de diriger des centaines d?employés, il faudrait se méfier de leur capacité de jugement.

Le problème va se corser avec la mise en application de la nouvelle loi. Malgré ses faiblesses, cette loi accorde plus de pouvoirs aux élus locaux. Elle présuppose un encadrement politique de qualité. Si un effort conscient n?est pas fait pour rehausser le niveau de compétence gestionnaire tout en sauvegardant une représentation de proximité qui est la marque distinctive du gouvernement local, la réforme est vouée à l?échec. Ce n?est pas la loi qui changera la vie dans nos villes, ce sont les hommes et les femmes qui les administrent.

Si la dérive se poursuit, c?est aussi parce que les citadins se laissent faire. Ils n?ont jamais rien à dire. Cette question d?un mandat de cinq ans pour un maire élu directement est pourtant susceptible d?influencer fortement la qualité de l?administration municipale et de la vie au quotidien. Elle devrait mobiliser suffisamment de citadins pour obtenir des politiques la promesse d?une réforme. Ils n?ont qu?à prendre exemple sur Troylukho !

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