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La chute de l?aigle noir
Nouvelle France, 9 h 30. L?usine est déserte. Un silence de plomb est venu remplacer le bourdonnement des machines. Seule une poignée d?employés circulent dans l?entrepôt d?Universal Breweries Ltd (UBL) lorsqu?ils ne sont pas tout simplement à la cantine. « Actuellement, nous ne faisons rien de nos journées. Nous restons là, chargeons quelques camions lorsqu?ils sortent. Nous ne faisons qu?attendre », raconte l?un d?eux.
Dans l?entrepôt, les effluves de houblon ne sont plus. Les cuves servant à la fermentation sont vides. Le laboratoire, l?un des plus sophistiqués de la région, est devenu une simple vitrine. L?ensemble des équipements est propre, peut-être un peu trop pour une usine censée fonctionner à plein régime. « Nous en avons profité pour faire du nettoyage », explique-t-on du côté de la direction. « C?est comme une période destinée à la maintenance, les machines sont à l?arrêt et la production va reprendre d?ici deux à trois semaines », se rassure Sudesh Mungroosing, Human Resource Manager d?UBL.
« Nous ne voulons pas conserver du liquide dans les cuves, alors que nous avons déjà un stock suffisant, c?est pour cela que la production est stoppée », poursuit Sydney Ah Young, l?un des liquidateurs de la firme Kemp Chatteris Deloitte.
Si les activités sont actuellement interrompues, la situation diffère du côté de la vente. « Si la production est à l?arrêt, la vente continue », ajoute-t-il. Pourtant, ce matin-là, les camions destinés à la livraison étaient nombreux au garage.
Une situation difficile qui condamne près de 160 employés à vivre dans l?incertitude. Ils ont pour la plupart quitté un emploi chez Ph?nix Beverages Group, pensant obtenir une situation plus stable chez UBL.
« De l?eldorado à une situation critique »
« La majorité des employés viennent de Ph?nix Beverages, ils sont arrivés ici pensant trouver l?eldorado, mais au final ils se retrouvent dans une situation critique », confie l?un des responsables du groupe.
Il y a un mois, les travailleurs sont officiellement informés de la situation. « On a reçu une lettre nous informant de la situation catastrophique de l?entreprise », explique une employée travaillant pour le groupe depuis plus de trois ans. Un autre ajoute :
« Dans ce courrier, nous avons appris que les personnes travaillant depuis moins de trois ans seront licenciées à la fin du mois si UBL ne trouve pas de nouvel acquéreur. Ceux qui sont là depuis plus de trois ans, partiront en décembre. »
Interrogés à ce propos, les liquidateurs déclarent « qu?il s?agit d?une procédure légale dont l?objectif est de se protéger au cas où le groupe doit fermer ses portes ». Une attente insoutenable pour ses employés dont la plupart ont une famille. « J?ai 40 ans, deux enfants qui sont scolarisés, et mon époux est laboureur. Sans mon deuxième salaire à la fin du mois, ça va être très difficile. Si l?usine ferme, je ne sais pas ce que je vais faire. Je veux juste un travail, rien de plus », soupire notre employée.
Une situation que n?avait pas prévue Rajiv Sant, alors Chief Executive d?UBL, lors de son implantation à Maurice en 2005.
« Notre objectif est de pouvoir détenir 50 % du marché à terme », avait-il déclaré à l?express en juillet de cette même année. En effet, la nouvelle brasserie débarque sur le marché local à cette date et lance sa bière Black Eagle le mois suivant. Le groupe est représenté par trois businessmen étrangers : Ravi Jaipura, Avatar Lit et Raman Sood. Le premier, plus connu sous le pseudonyme de « Mister Pepsi », est l?embouteilleur du célèbre soda américain sur tout le territoire indien. Avatar Lit, célèbre dans le monde médiatique, est aussi promoteur de Top FM. Enfin Raman Sood est le propriétaire de la Multi Star Hotel Chain, en Inde.
Le groupe investit près de Rs 300 millions, un budget largement dépassé dès le départ. Il projette aussi de produire 15 millions de litres de bière durant sa première année et annonce générer près de 150 emplois. UBL est pleine d?ambition, son objectif : faire trembler Ph?nix Beverages Group, alors seul maître sur le marché de la bière locale. UBL prévoit, entre autres, de produire une marque internationale aussitôt que la mauricienne sera lancée. Une période prospère qui sera de courte durée.
Point de non retour atteint en janvier
En effet, car pendant trois ans, l?entreprise connaît des difficultés. Au mois de janvier, elle atteint son point de non-retour : elle est placée sous administration judiciaire. La Barclays Bank choisit la firme Kemp Chatteris Deloitte comme administrateur judiciaire de la brasserie. « L?entreprise a rencontré des ennuis dès le début. On a injecté de l?argent et au bout d?un certain temps, on a rencontré des difficultés financières », explique Twaleb Butonkee, liquidateur. « C?est à partir du mois de janvier que la situation est devenue critique », ajoute-t-il. Ainsi, la brasserie ne devra donc son salut qu?à un rachat potentiel (voir hors-texte).
Du côté des employés, au c?ur de la tourmente, on ne s?est quasiment pas manifesté depuis le début de l?affaire. Mais cela risque de ne pas durer s?ils n?obtiennent pas satisfaction. « Pour le moment, nous sommes calmes. Nous attendons de voir ce qui va se passer. Si à la fin du mois l?usine n?a aucun acheteur et que des gens se retrouvent sans emploi, il est fort probable que cette fois, on va nous entendre », prévient un employé.
LA DIRECTION VEUT APAISER LES TENSIONS?
« L?entreprise a été placée sous redressement judiciaire par la banque. A présent, notre seul objectif est de trouver une solution qui sera dans le meilleur intérêt de tous et plus particulièrement des employés », rassure Twaleb Butonkee, liquidateur. Ainsi, il ne reste que deux semaines à Universal Breweries Ltd pour trouver un acheteur. Le cas échéant, la brasserie devra fermer ses portes.
« Nous avons reçu beaucoup de demandes. L?appel d?offres étant international, nous avons des acquéreurs potentiels de l?étranger », souligne Sydney Ah Young. Afrique du Sud, France, Madagascar, voire Maurice, les demandes affluent. « Il faudra attendre la semaine prochaine pour être véritablement fixé. Nous allons recevoir des visites. Les équipements sont encore en bon état, ils suscitent un intérêt », ajoute-t-il. Une opportunité qui pourrait ne pas laisser de marbre le groupe Ph?nix Beverages. Interrogé à ce propos, le directeur de la brasserie, Richard Wooding, laisse planer le doute avec un : « No comment. » Du côté des salaires, l?ensemble des employés les ont obtenus pour le mois d?août. Concernant celui de septembre, aucune déclaration n?a été faite. « C?est une période de transition. Nous sommes dans l?incertitude, nous aurons des nouvelles plus concrètes à partir de la mi-octobre. En attendant, nous tentons de gérer cette situation difficile », conclut Twaleb Butonkee.
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