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La Chine victime du ?patriotisme économique? américain
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La Chine victime du ?patriotisme économique? américain
Le ?patriotisme économique? revendiqué par le premier ministre français, Dominique de Villepin, pour défendre Danone n?est pas une spécificité française. En Italie, le monde de la finance vient de montrer qu?il est prêt à utiliser des moyens peu orthodoxes pour protéger ses banques des prédateurs européens. En Allemagne, le gouvernement allemand s?inquiète actuellement de la crise à la tête de DaimlerChrysler, entreprise privée.
Aux Etats-Unis aussi le libéralisme peut être mis entre parenthèses. Interrogé sur le patriotisme économique des Français, le nouvel ambassadeur américain en France, Craig Stapleton, a déclaré, jeudi 28 juillet : ?Je trouve cela bien. Nous connaissons cela aux Etats-Unis aussi.? S?il n?en fallait qu?un exemple, les déboires de la China National Offshore Oil Company (Cnooc) le confirment. Le grou-pe pétrolier public chinois a en effet renoncé, mardi 2 août, à son offre hostile de 18,4 milliards de dollars (15 milliards d?euros) sur Unocal, la septième compagnie pétrolière américaine.
<B>?Les Etats-Unis ont un problème avec la Chine. Son économie est perçue comme une menace grandissante pour les emplois...? </B>
L?annonce, le 23 juin, de cette offre publique d?achat avait créé un choc aux Etats-Unis. ?Cnooc a étudié la possibilité d?améliorer les termes de son offre et l?aurait fait si le climat politique américain avait été différent?, affirme la société dans un communiqué. ?L?opposition politique sans précédent qui a suivi l?annonce de notre proposition est regrettable et injustifiée?, ajoute-t-elle.
Tout aura été fait pour faire barrage à Cnooc, à l?image d?un ajout de dernière minute à la loi sur l?énergie votée par le Sénat instituant un moratoire de quatre mois pour permettre au Congrès d?étudier la politique énergétique chinoise avant de permettre à l?offre de Cnooc de se poursuivre. La Commission des investissements étrangers avait été saisie. Dirigée par le secrétaire au Trésor, John Snow, elle a pour mission de considérer les acquisitions sous l?angle de la sécurité nationale. La Chambre des représentants avait adopté, le 30 juin, par 398 voix pour et 15 contre, une résolution affirmant que la transaction menaçait la sécurité nationale. L?ancien chef de la CIA (Agence centrale de renseignement), R. James Woolsey, déclarait publiquement qu?il serait ?naïf? de voir dans l?acquisition d?Unocal une simple opération commerciale et que la stratégie de Pékin était de ?dominer les marchés de l?énergie et contrôler l?ouest du Pacifique?. Il ajoutait que Cnooc avait obtenu pour l?opération un financement généreux de banques publiques et du gouvernement et que son président, Fu Chengyu, était un membre important du Parti communiste chinois.
Richard D?Amato, président de la Commission économique et de sécurité américano-chinoise, a demandé en juillet ?un système beaucoup plus agressif de contrôle des acquisitions, si la folie d?achats chinois dans l?économie américaine s?accélérait? .
Selon un sondage du Wall Street Journal, 74 % des Américains étaient opposés à la cession d?Unocal à Cnooc.
Finalement, Chevron Texaco, deuxième pétrolier américain, a rendu service à tout le monde en augmentant son offre initiale sur Unocal. Il a permis au conseil de ce dernier de recommander la proposition en titres et en numéraire de son compatriote. Elle était pourtant, à 17,6 milliards de dollars, encore inférieure à celle de Cnooc
Les Etats-Unis ont un problème avec la Chine. Son économie est perçue comme une menace grandissante pour les emplois et la suprématie américaine un peu comme celle du Japon a pu l?être dans les années 1980. Pékin est accusé de précipiter les délocalisations et d?avoir causé la perte de trois millions d?emplois industriels depuis 2001. Le sentiment que la Chine fausse le commerce international est d?autant plus fort que ce pays a dégagé, en 2004, le plus important excédent commercial avec les Etats-Unis de l?histoire (162 milliards de dollars).
L?offre sur Unocal a marqué les esprits, car elle touche à un domaine très sensible : l?énergie. L?acquisition auparavant, par le chinois Lenovo, des ordinateurs personnels d?IBM, pour 1,75 milliard de dollars, et celle du vénérable fabricant d?électroménager Maytag, pour 1,13 milliard, par Qingdao Haier, avaient provoqué des réactions mesurées.
Mais, quand il s?agit de pétrole et de gaz, les enjeux ne sont plus les mêmes. Ces besoins considérables ont déjà conduit Pékin à se rapprocher de pays considérés comme hostiles aux Etats-Unis, comme le Soudan, l?Iran et le Venezuela, et à signer avec eux des contrats d?approvisionnement peu appréciés à Washington.
L?administration américaine est engagée dans un jeu subtil de rapports de forces avec le gouvernement chinois. Elle insiste sur la nécessaire démocratisation du régime et entend limiter les exportations d?armes de ses alliés vers ce pays. Mais elle ne peut pas aller trop loin. Elle a besoin de la coopération chinoise pour contraindre la Corée du Nord à mettre fin à son programme d?armement nucléaire. Et, du fait de ses excédents records, Pékin est devenu l?une des premières sources de capitaux étrangers dont l?économie américaine a besoin pour financer ses déficits.
La crise autour d?Unocal a servi d?exutoire et à montrer à la Chine qu?il y avait des limites à ne pas franchir et cela même si cette société n?a finalement aucune importance stratégique. Elle contrôle 0,8 % de la production de pétrole des Etats-Unis et 0,3 % de la consommation.
<B>Eric LESER
© le monde 2005 Distribué par the new york times syndicate</B>
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