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La chasse aux sorcières est ouverte

6 septembre 2008, 20:00

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La série noire se poursuit. Les représentants syndicaux de l?Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA) et de l?Air Mauritius Staff Association (AMSA) ont été suspendus vendredi, après avoir relevé des « manquements dans la gestion de la compagnie aérienne » (voir hors-texte). À une semaine d?intervalle, chez Mauritius Telecom, deux présidents de syndicats ont été limogés au motif qu?ils ont « porté atteinte à l?image de marque » de la compagnie. Devant cette « cascade de limogeages », d?aucuns parlent de la « chasse aux sorcières » dont seraient victimes ces représentants des employés.

« Nous avons été élus pour être les porte-parole des employés, mais quand nous nous élevons contre la mal-administration, la direction ne trouve rien à faire que d?expulser ceux qui les gênent », se désole Raj Rughoonath, président de la Mauritius Telecom Employees Association (MTEA), une semaine après son limogeage de chez l?opérateur national des télécommunications. Et d?observer que le rôle d?un syndicat ne se limite pas à défendre les intérêts des employés. « Il faut y inclure des préoccupations de transparence et de bonne gouvernance au sein des entreprises où nous opérons. Il y va de l?intérêt public », insiste-t-il.Et il ne croit pas si bien dire. Car les entreprises d?Etat ou des organismes parapublics ont, hélas, la fâcheuse tendance à ne pas jouer carte sur table et à privilégier la rétention de l?information au détriment de la transparence. Ou encore à évoquer des clauses de confidentialité pour échapper aux questions difficiles et à l?examen public. « Cela met en relief l?archaïsme de nos institutions publiques », commentent les uns. « Dommage que le Freedom of Information n?existe pas encore », disent les autres.

Mais ces nuages de l?opacité ont tendance à s?épaissir lorsque les ministres de tutelle refusent de répondre aux questions soulevées au Parlement concernant ces mêmes compagnies, alors qu?il s?agit de l?argent des contribuables. « Cela relève des opérations commerciales d?une compagnie et je ne peux pas répondre », devait rétorquer un ministre lors d?une séance de questions au Parlement. Entre-temps, à défaut de transparence, ce sont les syndicats inquisiteurs qui s?attellent à lever des lièvres, à agir en contre-pouvoir et à mettre à rude épreuve le management de ces entreprises publiques.

« Un sentiment de répression dans l?air »</B>

Mais seulement voilà. Devant les déboires de leurs confrères, la classe syndicale affiche une certaine prudence. « Il y a un sentiment de répression dans l?air et c?est un mauvais présage au moment où une nouvelle législation (NdlR l?Employment Relations Act et l?Employment Rights Act) entrera en vigueur », commente Tulsiraj Benydin de la Fédération des syndicats du service civil.

Même son de cloche chez un autre syndicaliste qui tient, lui, à garder l?anonymat. « Il y a beaucoup d?intimidations et à cause des menaces de représailles, je préfère ne pas être cité nommément dans votre papier », insiste-t-il. Ou cet autre qui nous dit devoir consulter ses membres quant à une éventuelle déclaration à la presse. Preuve que le mouvement syndical est passablement ébréché depuis les événements des deux dernières semaines.

Équilibre entre transparence et confidentialité</B>

Cela dit, les syndicats semblent avoir trouvé le bon filon et avoir élargi leur périmètre d?action pour y inclure la bonne gouvernance. « Dans le passé, on nous cantonnait à des activités folkloriques. Désormais, un syndicat élargit le cercle de ses préoccupations à des questions de bonne gouvernance, de transparence et de démocratie d?entreprise. Nous agissons comme chien de garde, jouons le rôle de check and balance, et nous interpellons les dirigeants », analyse Tulsiraj Benydin. Il y va d?un syndicalisme résolu à retrouver sa gloire ancienne, alors que le taux de syndicalisation stagne à une pathétique moyenne nationale de seulement 25 %.

Du côté du patronat, l?évolution de cette aile dure du syndicalisme est vue avec cynisme et dérision. « Il s?agit de groupes qui n?ont aucun sens des responsabilités. Ne tirez pas des conclusions hâtives quant à la sincérité de leurs actions », juge un ancien directeur de compagnie. À le croire, le périmètre des syndicats se limite seulement à la défense de l?intérêt des employés et au dialogue social. « Ce n?est pas leur rôle de s?intéresser à des questions de bonne gouvernance ou de démocratie. Pour cela, il y a les actionnaires et le conseil d?administration », soutient un cadre.

Qu?importe. Les syndicats semblent creuser leur sillon pour s?assurer de l?application des pratiques de bonne gouvernance et d?accountability envers les employés et le public. « Lors des assemblées générales, les actionnaires sont mis devant les faits accomplis et c?est souvent trop tard pour réprimer les décisions prises par le management. Si les syndicats ont un rôle, c?est celui de mettre à jour des pratiques contestables et veiller à ce que la bonne gouvernance soit appliquée à tous les échelons », commente Bissoon Mungroo, l?un des actionnaires d?Air Mauritius.

Pour sa part, Jacques de Navacelle, président de Transparency International, propose que les compagnies d?Etat jouent cartes sur table. « Dans les entreprises d?Etat, il y a un équilibre à trouver entre la transparence et la confidentialité.

Il faut aussi de la transparence dans les motifs de sanction », explique-t-il.

Entre-temps, la classe syndicale fulmine et prépare la riposte. En se disant que représailles ou pas, elle reste un maillon indispensable pour veiller au bon fonctionnement des entreprises d?Etat.

<B>Air Mauritius :

Deux syndicalistes suspendus</B>

Narvada Beenessreesingh et Moteelall Manic, respectivement présidente de l?Air Mauritius Cabin Crew Association et président de l?Air Mauritius Staff Association ont été suspendus de la compagnie d?aviation nationale vendredi. C?est une lettre qu?ils ont adressée à la direction d?Air Mauritius qui leur a valu leur suspension. Awadh Balluck, conseiller technique auprès de ces deux syndicats, explique le fil des événements jusqu?à leur suspension.

« Tout a commencé par une lettre que les deux syndicats ont envoyée au CEO d?Air Mauritius avec copie au Chairman et membres du Board de la compagnie d?aviation. La lettre mettait en relief un certain nombre de manquements dans la gestion de la compagnie et les deux syndicats avaient sollicité une réunion avec la direction pour étaler leurs griefs. Or, ils ont reçu une lettre en tant qu?employés leur demandant les raisons pour lesquelles ils ne devraient pas être sanctionnés.

Ils ont rétorqué qu?ils avaient adressé la lettre en tant que syndicalistes et porte-parole des employés. Et vendredi, ils ont été suspendus. »

Du côté de la direction d?Air Mauritius, on soutient que les syndicalistes ont été suspendus d?après les dispositions juridiques et des procédures. « Ils seront convoqués prochainement devant un comité disciplinaire », explique Donald Payen, directeur de la communication de la compagnie aérienne. Et de soutenir « que les deux syndicalistes avaient été priés de s?expliquer en écrit par rapport à des allégations et des accusations qu?ils ont faites à l?encontre de leur employeur. Mais n?ayant reçu aucune réponse, la direction a enclenché les procédures qui s?appliquent selon les dispositions de la loi ». Narvada Beenessreesingh compte plus de 33 ans de service au sein de la compagnie nationale d?aviation, alors que Moteelal Manick en compte 16.

<B>MT : Curpanen et Rughoonath maintiennent la pression</B>

« La priorité pour le moment, c?est notre réintégration pour ne pas taire la voix syndicale », explique Indiren Curpanen, secrétaire de la Telecommunications Workers Union qui a été limogé avec son collègue Raj Rughoonath, président de la Mauritius Telecom Employees Association. Mais ils ne comptent pas baisser les bras. « Vendredi, nous avons fait une déposition au Human Rights Council pour dénoncer les conditions de notre limogeage et pour alerter l?opinion », soutiennent-ils. Alors que la nouvelle grille salariale des employés de Mauritius Telecom (MT) a été rendue publique vendredi ? elle préconise une augmentation de 24 % ? les deux syndicats comptent revenir à la charge puisqu?ils estiment qu?avec les nouvelles conditions d?emploi, les acquis sociaux des employés ne seront plus préservés. « Depuis juillet, nous avons logé une plainte auprès du Tribunal d?arbitrage permanent concernant ces nouvelles grilles salariales et une décision est attendue mercredi, jour où les employés de MT ont été invités à signer leur option form.

Nous comptons maintenir la pression », indiquent-ils. Raj Rughoonath et Indiren Curpanen sont dans le syndicalisme depuis plus de 15 ans.

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