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La bonne parole de l?abbé
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Son appel à la mobilisation a été entendu. L?abbé Grégoire a réuni hier au Champ-de-Mars une des plus grosses foules réunies en un seul lieu depuis plusieurs années. Ayant mesuré la force de son mouvement, le président de la Fédération des créoles mauriciens (FCM) portera maintenant haut et fort les revendications du groupe qu?il entend représenter.
Jocelyn Grégoire s?est fait hier le porte-parole d?un véritable projet politique. Mais son discours est mêlé de références religieuses. Ce mélange est fait avec virtuosité, tant et si bien qu?il est difficile d?évaluer la part du religieux parmi les facteurs expliquant le succès du rassemblement d?hier.
Il existe plusieurs points communs entre le mode d?action de l?abbé Grégoire et le développement du nationalisme noir aux USA. Cette ressemblance n?est pas le fait du hasard. Le président de la FCM a une formation théologique poussée et a vécu de nombreuses années aux Etats-Unis. Naturellement il s?est inspiré des méthodes des grands pasteurs qui ont lutté pour les droits civiques des afro-américains. Ces leaders mobilisaient les gens efficacement par le biais de la religion pour obtenir ensuite de grandes avancées politiques.
C?est également par pragmatisme politique que Jocelyn Grégoire a invoqué Dieu à plusieurs reprises hier. Il est clair que c?est sur le terrain politique qu?il situe ses objectifs à moyen terme. Il réclame l?affirmation de l?identité créole à travers la reconnaissance constitutionnelle de ce groupe. Il revendique une place plus importante pour la langue créole. Mais, avant tout, il pose la question de la prévalence de la pauvreté dans la communauté créole.
La question économique préoccupe toujours le président de la FCM, mais sa position sur le sujet évolue. Il réitère que les créoles n?ont pas accès aux meilleurs emplois, mais il ne rend plus l?Etat, le secteur privé et l?Eglise forcément responsables de la situation. Au contraire, il salue même, par moment, leurs efforts à aider les plus démunis à sortir de la pauvreté. Il prend soin, désormais, de ne plus se mettre à dos les autres sections de la population. Cette nouvelle posture favorisera considérablement une réflexion nationale sur le rattrapage des inégalités dans le pays.
Pour le président de la FCM, il appartient à l?individu de se prendre en charge lui-même. ?Nou pa bizin blame personne. Nou bizin dibout pou nou sorti de nou la mizer.? C?est le message essentiel de son discours. Il suit, en cela, l?analyse des historiens qui ont souligné que ce ne sont pas les pouvoirs publics mais la campagne d?éducation de l?Arya Samaj qui, chez les hindous, ?a permis l?émergence d?une génération de jeunes gens qualifiés issus de familles de petits planteurs?.
Ce message, plein de bon sens, fait naître beaucoup d?espoir. Comme un célèbre militant de bonnes causes, l?abbé Grégoire peut dire avec réalisme : ?I have a dream.?
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